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HighTechIntelligence artificielle

Botflation : la nouvelle mécanique de la hausse des prix

By 23 septembre 2026No Comments

Des algorithmes capables de faire monter les prix sans jamais se parler, des bots qui choisissent à votre place… et parfois contre vos intérêts. Avec la botflation, l’inflation entre dans une nouvelle ère, plus discrète et beaucoup plus difficile à voir venir…

L’entente sur les prix est l’une des plus vieilles combines qui existent.

Elle était déjà pratiquée par les marchands de céréales romains, les guildes du Moyen-Age ou encore les distillateurs de whisky. L’OPEP la pratique ouvertement – elle aussi. Et qui oserait s’en plaindre ?

Adam Smith nous avait mis en garde : « Il est rare que des gens du même métier se trouvent réunis, fût-ce pour quelque partie de plaisir ou pour se distraire, sans que la conversation finisse par quelque conspiration contre le public, ou par quelque machination pour faire hausser les prix. »

Pendant 3 000 ans, cela s’est toujours passé de la même façon : une réunion, un sous-entendu, quelqu’un qui finit par prononcer les mots à voix haute.

Puis, en 2017, quelque chose de nouveau s’est produit en Allemagne.

Certaines stations-service ont commencé à s’entendre sur les prix sans jamais se rencontrer, sans même le faire intentionnellement et sans qu’aucune loi puisse les sanctionner.

Bienvenue dans le monde de la botflation.

Les bots de paiement, comme ceux dont je vous ai parlé dans mon précédent article, arrivent, qu’on le veuille ou non.

Voici d’abord trois anecdotes que vous devriez connaître, puis une opportunité qui mérite d’être étudiée et, enfin, une façon de protéger votre porte-monnaie.

Le cartel silencieux de l’Allemagne

En 2017, toutes les stations-service d’Allemagne ont confié leur tarification à des logiciels.

Les algorithmes ont analysé la météo, les prix de gros et leurs performances respectives, puis déterminé eux-mêmes les prix à afficher.

Des économistes ont remarqué des envolées sporadiques des prix et ont creusé la question.

Sur un segment de route comptant deux stations-service, si une seule utilisait le logiciel, il ne se passait pas grand-chose. Mais si les deux l’utilisaient, les marges grimpaient de 28 %.

Il n’y avait pourtant pas eu collusion. Or, l’entente est illégale et suppose une collusion.

En l’espèce, il n’y en avait aucune, seulement deux programmes qui s’étaient observés assez longtemps pour découvrir une chose simple : la paix rapporte plus que la guerre.

Le petit coup de pouce aux bailleurs

Si vous êtes américain, il est possible que vous, ou quelqu’un que vous connaissez, en ayez fait l’expérience à vos dépens.

Une société appelée RealPage a vendu un logiciel à des propriétaires de biens locatifs. Il suffisait de lui communiquer les données de l’immeuble pour qu’il calcule le loyer à appliquer.

Présenté comme un outil d’optimisation, ce logiciel a permis à des bailleurs – censés être concurrents – de fixer leurs loyers à partir d’un même « cerveau » algorithmique partagé.

Le Département de la justice a intenté une action en 2024, qui s’est soldée par la conclusion d’un accord en 2025.

Si votre loyer a bondi pendant cette période aux Etats-Unis et que votre propriétaire vous a simplement répondu que c’était « la loi du marché », vous savez désormais à quoi vous en tenir.

C’était un logiciel, pas la loi du marché. Et il n’a pas joué en votre faveur…

Là où cela dégénère

Des chercheurs ont déjà produit la version la plus limpide de ce test.

Dans une étude intitulée Artificial Intelligence, Algorithms, and Collusion, publiée en 2020 dans l’American Economic Review, des bots de tarification ont été « lâchés dans la nature » avec un objectif : gagner de l’argent.

Voici ce que les chercheurs ont découvert : même sans pouvoir communiquer entre eux, les robots ont tout de même appris à s’entendre. Ils ont maintenu les prix à un niveau élevé, se sont sanctionnés mutuellement lorsqu’ils cassaient les prix et ont fini par s’installer dans un petit cartel confortable que personne n’avait prévu.

Il suffit de mettre deux algorithmes de tarification en concurrence et de retirer les humains de l’équation pour que le chiffre augmente.

Ce que l’on appelle la botflation

Et maintenant, votre propre bot entre en jeu.

Vous lui attribuez une enveloppe budgétaire – « 60 $ de courses alimentaires » – car approuver chaque achat constituerait une « friction », et les bots sont précisément conçus pour supprimer ces frictions.

Dès que vous fixez ce budget, vous cessez de surveiller le prix. Le produit fonctionne exactement comme promis. Mais les prix, eux, continuent d’être fixés par des machines pour des machines.

La question devient alors : dans quel camp se trouve votre bot ?

Le bot d’Amazon travaille en faveur d’Amazon. Celui de Walmart en faveur de Walmart. Celui de Google en faveur de Google. Aucun ne travaille en votre faveur.

Et bon nombre de bots de shopping gratuits gagnent de l’argent autrement : le magasin leur reverse une part sur chacun de vos achats. Cette somme doit bien venir de quelque part. Elle est donc intégrée dans le prix de vente.

Voilà le danger : le bot sélectionne le produit qui le rémunère, et vous payez plus cher sans jamais savoir pourquoi.

C’est cela, la botflation : une majoration progressive et imperceptible qui intervient lorsque les deux parties d’une transaction sont des machines et que vous avez décidé de ne plus surveiller les prix.

Soit… alors, que faire ?

Inutile de tout débrancher. Ce train est déjà en marche. Les bots de paiement seront rapidement aussi répandus que les cartes de crédit. Il faudra donc choisir avec soin ceux à qui vous confierez votre porte-monnaie.

Tout le monde est en train de créer des bots de shopping. Mais presque personne ne développe la partie qui vous prouve dans quel camp se situe réellement un bot.

Visa et Mastercard sont déjà en train de créer des canaux permettant de suivre ce qu’un agent fait avec votre argent, et le Département de la Justice vient de passer 15 mois à établir que « des prix secrètement fixés à votre détriment » pouvaient constituer une infraction fédérale.

Et quand les régulateurs fixent une limite, quelqu’un vend des outils.

Je n’ai pas de symbole boursier à vous proposer aujourd’hui. Il est encore tôt. Mais c’est précisément le type de précocité que j’apprécie : un problème qui se manifeste, un coup de pouce légal et une catégorie à peine existante…

Le premier outil capable de prouver sans l’ombre d’un doute que votre bot est bien dans votre camp vaudra son pesant d’or. Et il faudra être au courant avant tout le monde.

Chris Campbell

Chris Campbell est constamment à la recherche de moyens pour vous aider à vivre une vie plus libre, plus saine, plus riche et plus épanouissante. Ses recherches l'ont conduit dans plus de 30 pays. Il a été à la pointe du Bitcoin, du tourisme médical, de la décentralisation, des villes autonomes, de la biotechnologie et de bien d'autres choses encore. Chris est l’analyste principal du service Cryptos Incubator de James Altucher, dans lequel il aide les abonnés à naviguer dans l’univers des cryptomonnaies. Vous pourrez également retrouver ses analyses dans la lettre Les Investissements d’Altucher.

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