Depuis cinquante ans, la protection des données financières les plus sensibles repose sur quelques problèmes mathématiques que personne n’est parvenu à résoudre. Mais l’arrivée de l’IA change la donne. Des systèmes capables d’explorer des millions de pistes, d’assister la recherche mathématique et de vérifier des raisonnements complexes commencent à s’attaquer à ces mêmes problèmes à une vitesse sans précédent. Pour la première fois depuis longtemps, le grand pari mathématique qui protège l’économie mondiale est soumis à une pression nouvelle. Et personne ne sait encore jusqu’où cela ira…
Je déteste être porteur de mauvaises nouvelles, mais… sachez que la sécurité de votre argent repose sur un simple pari.
Chaque fois que vous consultez votre compte en banque, achetez une action ou envoyez un e-mail, c’est un problème de maths qui monte la garde.
Le principe est simple : certains problèmes cryptographiques sont censés être trop difficiles à résoudre. Voici quelques exemples :
- décomposer un nombre en facteurs premiers ;
- retrouver un point précis sur une courbe ;
- démêler un réseau de points, etc.
En résolvant l’un de ces problèmes, vous mettez la main sur les mots de passe, les clés et les codes d’accès.
En cas d’échec, le coffre-fort reste fermé.
Toute l’économie mondiale repose sur ce pari : quiconque s’y attaquera, humain ou machine, s’y cassera les dents.
Mais voici ce que presque personne ne sait : nous n’avons jamais prouvé que ces problèmes de mathématiques étaient insolubles.
Nous l’avons simplement supposé. Pendant des décennies, des cryptographes, des pirates et peut-être des millions de personnes dans le monde ont tenté de casser ces systèmes.
En vain. Alors, on les a déclarés sûrs. En somme, la sécurité des données financières tient parce que quelques milliers d’esprits brillants se sont dit : « Bon, ça devrait tenir. »
Et ça a tenu. Jusqu’ici.
IA : un pari à 1000 Mds$
L’IA s’est mise à exceller en mathématiques. Des machines vérifient désormais les démonstrations de grands théorèmes d’une complexité qui dépasse l’entendement de la plupart d’entre nous.
L’une d’elles aurait même trouvé un contre-exemple à la conjecture jacobienne, un problème que les mathématiciens croyaient impossible à résoudre.
C’est une vérité implacable : l’IA sera bientôt capable de faire tomber les barrières cryptographiques que les humains ont construites jusqu’à présent.
Notre confiance dans la cryptographie se mesure au nombre d’heures nécessaires à des humains pour l’attaquer. Or, un seul mois de calcul d’IA pourrait produire l’équivalent d’un siècle d’efforts humains. Personne ne sait ce qui en découlera.
Les grands médias en ont à peine parlé. Ils ne savent pas par quel bout prendre le sujet.
Mais passons maintenant… aux bonnes nouvelles.
La catastrophe n’a pas (encore) eu lieu
Depuis des années, les experts annoncent que l’IA va provoquer des piratages apocalyptiques : avions cloués au sol, banques paralysées… Les modèles sont devenus très performants, et pourtant, rien de tel ne s’est produit.
Certains experts avancent une explication convaincante : les pirates humains sont tous différents et raisonnent chacun à leur manière. Les modèles d’IA, eux, pensent tous de la même façon. Ils sont entraînés sur des données similaires et explorent les mêmes pistes.
Si la Corée du Nord et la Russie investissent chacune 1 M$ dans des opérations de cybersécurité assistées par l’IA, elles découvriront probablement des vulnérabilités similaires.
En revanche, une équipe de défense combinant IA, expertise humaine et un budget de 2 M$ a de fortes chances de les identifier avant elles.
Autrement dit, dans la course à l’IA, ce sont surtout les ressources financières et le niveau d’expertise qui créent l’avantage. Or, selon moi, les défenseurs disposent généralement de ces atouts en plus grande quantité. Ce qui nous amène aux cryptomonnaies…
L’étonnant avantage des cryptos
Pour une banque, la cybersécurité est avant tout un poste de dépenses : elle est nécessaire, mais elle ne constitue pas le cœur de son activité.
Dans l’univers des cryptomonnaies, c’est différent : la cryptographie est le produit lui-même. Si les mécanismes de signature cryptographique sont compromis, les actifs peuvent être volés et tout le système perd sa valeur.
C’est pourquoi l’industrie crypto a été la première à prendre cette menace au sérieux, en la confrontant publiquement et avec des sommes considérables en jeu.
Regardez ce qu’elle a fait.
Il y a plusieurs années déjà, certains projets ont intégré des mécanismes permettant de remplacer leurs algorithmes cryptographiques, ainsi que des signatures résistantes aux attaques quantiques. Beaucoup ont payé des pirates et mobilisé l’IA pour attaquer leurs propres fondations avant que quelqu’un d’autre ne s’en charge.
Certes, les institutions s’arment elles aussi. Certaines banques testent des IA chargées de traquer leurs propres faiblesses.
Depuis avril, un programme lancé par des acteurs du secteur a mis au jour plus de 10 000 failles de sécurité majeures. Les agents d’IA de Google ont aidé Chrome à déployer plus d’un millier de correctifs en un mois. L’un des bugs repérés était resté caché pendant 13 ans.
Mais regardez ce qu’ils ciblent.
Wall Street utilise l’IA pour débusquer les vulnérabilités de ses logiciels.
L’écosystème crypto va plus loin : il l’utilise pour tester la solidité des hypothèses mathématiques sur lesquelles reposent ses systèmes.
La différence est fondamentale. Un bug logiciel peut être corrigé. Mais si une hypothèse cryptographique s’avère fausse, c’est tout l’édifice construit sur elle qui est fragilisé.
Détecter une faille n’est donc qu’une première étape. Le véritable défi consiste à gérer les conséquences lorsque ce sont les fondations elles-mêmes qui sont en cause.
Qui va l’emporter ?
Les systèmes conçus pour ne pas bouger sont solides en temps de paix, et fragiles dans une guerre éclair.
Les blockchains qui se vantaient d’être immuables doivent désormais évoluer. Les banques aussi. Les gouvernements aussi.
Alors, qui l’emporte ?
Ceux qui détiennent les défenses, la puissance de calcul, les outils de vérification et les budgets de sécurité.
Les entreprises et les protocoles capables de se mettre à niveau rapidement.
Pariez contre ceux qui en sont incapables. Savoir distinguer les uns des autres n’a jamais été aussi important. Car ce grand pari tient depuis cinquante ans.
Et l’IA s’apprête à le mettre à l’épreuve. Il y a de bonnes chances que les maths tiennent bon.
Mais quoi qu’il arrive, ceux qui s’y seront préparés garderont la main.
Affaire à suivre.

