La volatilité du dollar masque un mouvement bien plus profond : un cycle de dédollarisation qui s’installe et redessine les flux mondiaux. Alors que les taux américains grimpent et que l’eurodollar s’envole, les matières premières entrent dans une nouvelle phase haussière qui pourrait durer des années.
Depuis quarante-huit heures, l’eurodollar enchaîne les mouvements brusques. La réunion de la Fed, qui se tenait au même moment, aurait pu expliquer ce regain de volatilité, mais à l’image du discours de Jerome Powell hier soir, l’événement s’est finalement révélé presque anecdotique. Comme souvent ces derniers mois, c’est plutôt du côté de Donald Trump et de son entourage qu’il faut chercher les véritables catalyseurs.
Un dollar sous pression
Mardi soir, interrogé sur l’évolution du billet vert, le président américain a jugé sa récente baisse « formidable ». Immédiatement, l’eurodollar a bondi au‑delà de 1,20 $. Mais dès le lendemain, Scott Bessent, son bras droit, a tenu un discours inverse en réaffirmant la volonté de défendre un dollar fort, symbole d’une économie américaine solide. Résultat : la paire est revenue vers 1,19 $ (cf. ellipse orange sur le graphique journalier).
Evolution de l’eurodollar depuis juin 2025
Source : ProRealTime
A l’image de la gestion de la crise récente autour du Groenland, Trump et ses conseillers soufflent le chaud et le froid. Et l’eurodollar n’est pas la seule paire à subir cette volatilité intraday. Le dollar/yen a lui aussi été secoué, après que le secrétaire au Trésor a balayé les rumeurs d’une intervention coordonnée avec la BoJ.
« Le yen poursuit sa chute face au dollar américain après les commentaires de Bessent sur une intervention. »
« Bessent affirme que les Etats-Unis n’interviennent absolument pas sur le dollar‑yen. »
Source : X / zerohedge
Une dédollarisation qui s’affirme
Plus largement, la dynamique de dédollarisation gagne en ampleur. Les BRICS (Chine en tête) affichent depuis plusieurs années leur volonté de réduire leur dépendance au billet vert. Le traditionnel carry trade dollar/yen perd également de son attrait, la remontée des taux japonais incitant moins les investisseurs nippons à se positionner sur les actifs américains.
Même l’Europe laisse planer la possibilité de réduire ses positions en dette américaine ; certains fonds de pension danois ont déjà commencé à le faire après l’épisode du Groenland.
Ce recul de l’appétit pour les Treasuries se reflète dans la hausse persistante des rendements obligataires américains, alors même que l’eurodollar progresse.
Evolution du rendement du T‑Note depuis septembre 2024
Source : TradingView
Historiquement, une hausse des taux longs soutient le dollar. Or, ces dernières semaines, c’est l’inverse : la remontée des rendements s’accompagne d’un affaiblissement du billet vert.
Un retournement structurel du dollar
Graphiquement, la tendance du dollar index continue de se dégrader. Comme je l’observais déjà l’été dernier, la sortie par le bas du vaste canal haussier de long terme (visible en pointillés noirs sur le graphique mensuel) en dit long sur la phase actuelle.
Evolution du dollar index depuis 2009
Source : ProRealTime
Très concrètement, la tendance haussière enclenchée après la crise des subprimes (plus de quinze ans de progression) semble avoir atteint son terme. Nous entrons dans un nouveau cycle, durable, qui se mesure en mois voire en années. D’un point de vue chartiste, la projection d’amplitude suggère encore une quinzaine de pourcents de baisse potentielle.
Le retour en force des « commodities »
Ce changement de régime favorise naturellement les actifs tangibles. On le voit déjà sur les métaux précieux (or et argent en tête), un thème que nous avons largement développé ces derniers mois dans Agora Trading Lab. Mais la dynamique s’étend désormais à l’ensemble du complexe des matières premières.
Selon nous, après les métaux précieux qui ont porté la performance, les relais de croissance devraient surtout venir des métaux de base. Le mouvement a déjà commencé cet automne sur le cuivre, et d’autres métaux industriels pourraient suivre dans les prochains mois…
(Pour aller plus loin, retrouvez nos analyses dans Agora Trading Lab.)






L’agora militent de longue date pour les matière première et particulièrement l’or et l’argent. Le problème pour l’investisseur moyen c’est le « véhicule » lorsque l’on sait qu’ils ne détiennent que peu de la matière première qu’ils vendent, sans parler des manipulations de cours. Un économiste « incorrect » cite le cas du lingot d’argent vendu plus de 300 fois. L’idée des petites minières est séduisante, mais le plus liquide et sûre est la détention physique, reste le problème du « stockage ». On a toujours un doute Merci pour les articles d’Agora, même si je ne comprends pas tout.