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« La banque d’Epstein » contre le Bitcoin

By 3 décembre 2025No Comments

Le Bitcoin fissure les murs du système financier officiel. Comme la partita doppia au Moyen-Age, il crée un registre parallèle qui échappe au contrôle des élites. Face à cette brèche, MSCI et JPMorgan resserrent les règles pour contenir l’expansion d’un actif devenu systémique.

 

En Europe, au Moyen-Age, la richesse n’était pas le seul élément contribuant à la puissance des grandes familles.

Elles étaient puissantes parce qu’elles contrôlaient une chose : les registres du commerce.

Si vous vouliez faire du commerce d’une ville à l’autre, vous deviez obtenir leur autorisation. Le contrôle était un service vendu par les élites.

Mais ensuite, les chiffres ont commencé à évoluer d’une façon qui n’a pas plu à ces familles. Les commerçants ont commencé à tenir les comptes à la façon vénitienne – la partita doppia (comptabilité en partie double) – avec un débit face à tout crédit. Et soudain, les livres de comptes s’auto-vérifiaient.

Les conséquences étaient terrifiantes, pour les élites… Les commerçants n’auraient plus besoin qu’un Médicis se porte garant pour eux. La confiance était devenue une propriété du système, et non un privilège accordé par des « contrôleurs ».

Bien entendu, les élites n’étaient pas stupides. Elles n’ont pas immédiatement proscrit ce nouveau système de registre : il se propageait déjà trop discrètement et efficacement.

Mais elles ont agi rapidement pour le contenir : à cette fin, elles ont créé de nouvelles normes définissant qui était « un commerçant légitime » et quels registres étaient « officiels ».

Si l’analogie ne vous a pas encore sauté aux yeux, voici ce que je veux dire : nous en sommes là, en ce moment, avec le Bitcoin.

 

La menace MSTR

Pour comprendre ce qui se passe en coulisses, il faut d’abord comprendre ceci :

L’investissement indiciel passif est l’élément vital des marchés mondiaux modernes. Si vous êtes intégré dans un indice, le flux vous maintient en vie [NDLR : les fonds qui répliquent ces indices détiennent automatiquement les actions qui en font partie]. Si vous êtes en dehors, l’oxygène est coupé.

Or, au moment où vous lisez ces lignes, MSCI (Morgan Stanley Capital International) – le gigantesque créateur d’indices de référence brassant des milliers de milliards de flux passifs – est en train de lancer une « consultation » concernant une nouvelle règle [éventuelle] :

Si une entreprise détient 50 % ou plus de ses actifs en bitcoins, ou en actifs numériques, elle pourrait être exclue des principaux indices MSCI.

Strategy Inc. (MSTR, anciennement connue sous le nom de MicroStrategy) –  la « chambre forte » cotée en Bourse dont Michael Saylor se sert pour accumuler du Bitcoin chaque fois que le marché boursier lui offre de l’oxygène – en est la cible manifeste [NDLR : l’action MSTR fait actuellement partie des indices MSCI World Index et MSCI Global Standard Index].

Et le fait que l’action soit intégrée à des indices lui a offert beaucoup d’avantages :

  • les fonds passifs sont obligés d’acheter l’action ;
  • cette demande fait grimper le cours de MSTR ;
  • MSTR lève alors de nouveaux fonds ;
  • avec ces nouveaux fonds, MSTR achète encore plus de bitcoins ;
  • le cours du Bitcoin grimpe ;
  • et ainsi de suite.

En gros, MSTR est une boucle qui s’autoalimente et se renforce en partie grâce aux rouages du système passif.

Si l’on brise cette boucle en éjectant MSTR des indices MSCI, on ne tue pas Strategy mais on casse une bonne partie de la machine.

 

Une série d’évènements malheureux

Observez ce timing.

  • Cette consultation a été annoncée le 10 octobre, soit le jour-même du bain de sang qui a frappé les cryptomonnaies.
  • Les analystes de JP Morgan ont rapidement signalé la sortie de capitaux importants le jour-même, également.
  • Le Bitcoin et MSTR ont subi un sell-off le jour-même, ainsi que le reste du marché.
  • (Bizarrement, la version v30.0 de Bitcoin Core a été officiellement diffusée le 10 octobre 2025, également).

Certains adeptes du Bitcoin regardent d’un œil soupçonneux tous ces éléments qui se superposent : la banque, le fournisseur d’indices, et la société ciblée… qui se télescopent tous le même jour.

Le problème, ce n’est pas que JPMorgan participe à une vaste conspiration contre le Bitcoin (même si certains l’ont suggéré), mais plutôt la force gravitationnelle qu’exerce naturellement cette banque.

Car observez les autres évènements qui se sont produits…

Au moment où Strategy s’expose à une pression de la part des indices, le P-DG de Strike [NDLR : application de paiement sur Lightning], Jack Mallers, déclare que JPMorgan a fermé ses comptes sans aucune explication.

Cela n’a peut-être rien à voir avec le Bitcoin. Peut-être que, pour Mallers, ce n’était qu’une question de temps. Après tout, il critique ouvertement JPMorgan depuis des années, en qualifiant cet établissement de « banque d’Epstein », et en narguant Jamie Dimon chaque fois que le Bitcoin grimpe.

Mais là encore… C’est le timing qui est suspect.

 

Bitcoin : un registre non officiel

Le Bitcoin n’est pas en dehors du système.

Il ouvre des brèches dans les murs.

Et chaque fois que des registres non officiels viennent perturber le fonctionnement d’un système fondé sur des registres officiels… les acteurs en place réagissent par le biais de politiques, de discours, de règles et de mesures techniques. A l’image des Médicis dans le contexte de la partita doppia.

Au Moyen-Age, le résultat, à court terme, a été l’émergence d’un système double (débit/crédit). Dans beaucoup de villes d’Italie et de la Hanse (ligue hanséatique), de petits commerçants ont adopté la comptabilité à partie double bien avant que les instances officielles l’aient reconnue, créant ainsi un système parallèle informel.

Et c’est exactement là que se situe le Bitcoin (et plus généralement les cryptomonnaies), aujourd’hui : les registres officiels tentent de circonscrire les registres non officiels.

Et les registres non officiels continuent de se propager.

Non, ce n’est pas une histoire de « JPMorgan contre le Bitcoin » mais d’un Bitcoin et de cryptomonnaies qui deviennent systémiques, et de personnes en place qui tentent de déterminer dans quelles proportions elles peuvent l’accepter.

 

Chris Campbell

Chris Campbell est constamment à la recherche de moyens pour vous aider à vivre une vie plus libre, plus saine, plus riche et plus épanouissante. Ses recherches l'ont conduit dans plus de 30 pays. Il a été à la pointe du Bitcoin, du tourisme médical, de la décentralisation, des villes autonomes, de la biotechnologie et de bien d'autres choses encore. Chris est l’analyste principal du service Cryptos Incubator de James Altucher, dans lequel il aide les abonnés à naviguer dans l’univers des cryptomonnaies. Vous pourrez également retrouver ses analyses dans la lettre Les Investissements d’Altucher.

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