Alors que beaucoup réduisent encore GTA 6 à un simple jeu vidéo, l’industrie s’apprête à vivre le plus grand lancement culturel de l’histoire moderne. Un événement capable de déplacer des milliards… et de créer une fenêtre d’investissement que Wall Street commence seulement à mesurer.
Vous ne jouez pas aux jeux vidéo ?
Parfait, moi non plus. Ce n’est pas grave. Lisez tout de même cet article.
Après tout, Michael Lewis n’a jamais été joueur de baseball professionnel et pourtant, il a gagné une fortune en écrivant le livre Moneyball.
Peter Lynch n’a jamais piloté un chariot élévateur et pourtant, il a gagné une fortune en investissant dans Home Depot.
Pas besoin d’utiliser un produit pour gagner beaucoup d’argent grâce à lui.
Ce que les gens ne comprennent pas
L’an dernier, les Américains ont plus dépensé en jeux vidéo qu’en films. Six fois plus.
Dans le monde, le secteur du jeu vidéo représente environ 200 Mds$. C’est plus que les industries de la musique, du cinéma et du livre… réunies. Deux fois plus.
En comparaison, Hollywood n’est qu’un amuse-gueule. Le jeu vidéo, c’est le plat de résistance.
Et le 19 novembre 2026, le plus grand lancement de toute l’histoire du divertissement va avoir lieu : celui de Grand Theft Auto VI (GTA 6), un jeu vidéo de gangsters.
Ce jeu a été interdit dans trois pays et il fait l’objet de débats au Congrès américain… mais 200 millions de personnes l’achèteront quoi qu’il arrive.
Et vu qu’un certain nombre de gens l’ignorent encore, le sous-estiment ou le considèrent comme « un jeu vidéo sans plus », nous sommes face à l’une des configurations les plus intéressantes depuis celle du laboratoire Eli Lilly avant le lancement des médicaments GLP-1.
Et elle est là, l’opportunité.
GTA 6 : les chiffres
La version précédente de ce jeu, GTA 5, sortie en 2013, s’est vendue à 205 millions d’exemplaires.
Chiffre d’affaires sur la durée de vie du jeu : entre 9 Mds$ et 10 Mds$.
Cela dépasse les recettes des trois films les plus rentables de l’Histoire… réunis.
La série Final Fantasy – vieille de quarante ans, et qui a donné lieu à des dizaines de jeux – s’est vendue à dix millions d’exemplaires de moins que le seul GTA 5.
Quand la première bande-annonce est sortie sur YouTube en décembre 2023, elle a généré 90 millions de vues en 24 heures. Le « Guinness des records » l’a homologuée comme record du monde.
La deuxième bande-annonce, sortie en mai dernier, a généré 475 millions de vues sur toutes les plateformes en 24 heures.
Et comme la musique de fond de ce trailer était une chanson des Pointer Sisters datant de 1981, les streams sur Spotify ont bondi de 182 000 % du jour au lendemain sur ce titre. Une bande-annonce de jeu vidéo a ressuscité un tube oublié plus efficacement que n’importe quel spectacle de mi-temps au Super Bowl.
Ce que disent les analystes
Jason Schreier est le journaliste le plus crédible du secteur du jeu vidéo, auquel il a déjà consacré trois livres. Voici ce qu’il a publié sur Bloomberg Business Week : « [GTA 6 sera] très certainement le plus grand jeu de la décennie – et peut-être même le produit culturel le plus rentable de tous les temps ».
Pas le plus grand jeu. Le plus grand produit culturel de tous les temps.
Selon DFC Intelligence, 40 millions d’unités seront vendues rien que la première année, ce qui représente un chiffre d’affaires de 3,2 Mds$, avec 1 Md$ de précommandes.
Konvoy, une société de capital-risque, estime que le jeu génèrera 7,6 Mds$ au cours des 60 premiers jours.
Sur 28 analystes, 26 recommandent d’acheter l’action. Le cours ciblé est compris entre 277 $ et 300 $.
Aujourd’hui, les investisseurs institutionnels détiennent 90 % des actions de la société.
Strauss Zelnick est le P-DG de Take-Two Interactive (Nasdaq: TTWO), le propriétaire de Rockstar Games, qui est l’éditeur du jeu GTA.
Lors de la conférence iicon (« Interactive Innovation Conference ») de Las Vegas, il a confié à Variety que l’objectif est de créer « le jeu le plus spectaculaire de tous les temps ».
Il a ajouté : « Je pense vraiment que beaucoup de gens vont se mettre en arrêt de travail le 19 novembre pour profiter du jeu ».
On s’attend à ce qu’il dise ce genre de chose, évidemment.
Mais imaginez… Hideo Kojima, le plus célèbre créateur de jeux vidéo vivant, organise le calendrier des sorties de son propre studio de développement en fonction de GTA 6. Sony également.
Selon Bloomberg, « c’est une gigantesque partie d’échec en 4D qui se déroule dans tout le secteur des jeux vidéo ».
Le scénario du système d’exploitation
Joost van Deunen enseigne à NYU Stern [NDLR : l’école de commerce de l’université de New York]. Il a écrit un livre sur l’économie du jeu vidéo.
Selon lui, [GTA 6] « n’est pas un jeu parmi tant d’autres mais une mise à jour de plateforme. Une mise à jour de système d’exploitation ».
Lisez bien. Quelle est son hypothèse ?
Les streamers [NDLR : joueurs qui se filment en direct et retransmettent leur partie sur les réseaux sociaux] vivront le jeu à fond.
Les « modders » [NDLR : développeurs/joueurs qui font des modifications au sein du jeu] construiront à l’intérieur du jeu.
Les musiciens paieront pour que leurs musiques soient diffusées dans le jeu, comme ils le faisaient autrefois pour qu’elles passent sur la chaîne MTV.
La tournée « Eras Tour » de la chanteuse Taylor Swift, qui a rapporté 2 Mds$, a été qualifiée d’événement culturel de la décennie. GTA 6 devrait générer la même chose au cours des 60 premiers jours suivant sa sortie.
Le premier GTA est sorti en 1997. Des dizaines de millions d’Américains ont grandi en jouant à ce jeu vidéo, se sont mariés, ont arrêté de jouer, eu des enfants… et achèteront cette version.
Ma prédiction
Vous vous en doutez, tout n’est pas rose non plus.
Les arguments baissiers sont bien réels.
La sortie du jeu a été reportée deux fois.
La concurrence engendrée par l’IA représente une nouvelle préoccupation : Musk a déclaré que l’IA générative pourrait créer des jeux comme GTA 6 « en quelques minutes ».
Mais selon Michael Pachter (Wedbush) – analyste le plus cité depuis 20 ans, à Wall Street, dans le domaine du jeu vidéo – cette crainte d’un remplacement rapide des grands jeux par l’IA relève d’une mauvaise appréciation du risque à court terme.
Traduction : plus les contenus générés par IA vont se banaliser, plus les œuvres culturelles rares, faites à la main par l’être humain et dont la réalisation exige dix ans, prendront de la valeur. Elles n’en auront pas moins.
Wedbush table sur un revenu global de 10 Mds$ sur toute la durée de vie du jeu, plus 500 M$ par an provenant de GTA Online.
C’est trop prudent.
Voici ma prédiction : GTA 6 génèrera un chiffre d’affaires de 10 Mds$ au cours des six premiers mois. Et la société TTWO pourrait dépasser la capitalisation boursière de Nintendo en 2027.
L’économie culturelle de 2026 repose sur les formats courts et viraux : TikTok, les « Reels » d’Instagram, les « Shorts » de YouTube et les extraits sur Twitch.
Or GTA 6 est taillé pour produire précisément ce type d’extraits courts et viraux, dans un écosystème médiatique qui les fait circuler à une vitesse inédite, et qui encourage les contenus dérivés.
Nintendo ne laissera pas la franchise Mario lui faire de l’ombre sur ces formats.
Lorsque le centre de gravité culturel se déplace, la capitalisation boursière suit.
Comment jouer cette carte
Le plus grand lancement de jeu vidéo de l’Histoire.
Des investisseurs institutionnels qui détiennent 90 % des actions.
26 analystes haussiers sur 28.
Des concurrents qui planifient leurs propres sorties un an à l’avance.
Et une action que la plupart des investisseurs de plus de 50 ans n’ont jamais envisagé d’acheter.
C’est le scénario. TTWO. Take-Two Interactive.
Beaucoup d’enfants diront qu’ils sont malades et rateront l’école ce jour-là pour pouvoir jouer à GTA 6, tandis que les grands investisseurs sont déjà en train d’acheter l’action TTWO avant la sortie du jeu.

