Abandonner les cryptos en 2026 ? L’idée paraît sensée pour ceux qui ne voient qu’un marché surévalué et saturé. Pourtant, derrière les métriques décevantes et le scepticisme ambiant, une autre lecture existe : celle d’un système encore loin d’avoir révélé son véritable potentiel…
Il n’y a pas si longtemps, au moment où le phénomène des meme coins a atteint son paroxysme, le marché crypto était coincé dans une sorte de nihilisme financier.
Rien n’avait d’importance. Tout était un meme. La valeur elle‑même était une blague.
Au début, c’était implicite.
Puis, avec la montée de jetons comme $NOTHING, c’est devenu explicite.
Il n’y avait ni utilité, ni avenir. L’idée même de valeur s’était totalement effondrée dans l’ironie.
Le coup de grâce fut probablement lorsque Yahoo Finance a publié un article sur USELESS, un meme coin inutile qui avait atteint une capitalisation de 100 M$.
C’était l’état d’esprit sous-jacent de la frénésie des meme coins.
Cet état d’esprit a… comme tous les états d’esprit… en grande partie disparu.
Comme Haseeb Qureshi, managing partner chez Dragonfly l’a justement observé, cette mentalité a laissé place à un autre climat…
Le scepticisme financier.
Le nouvel état d’esprit en vogue se résume ainsi : peut‑être que certains jetons ont de la valeur, mais ils sont surévalués.
Pour nous, investisseurs, il ne reste plus qu’un seul test valable : les évaluer comme des entreprises, et voir ce qui survit.
Aujourd’hui, prenons du recul pour examiner les deux perspectives (le scénario haussier et le scénario sceptique) de manière équilibrée.
Et voyons pourquoi il pourrait être parfaitement logique de rester en dehors du marché crypto en 2026.
Ou pas.
Cryptos : retour vers le futur
Présentons clairement les deux camps.
Pendant longtemps, les blockchains n’étaient pas comparées à des entreprises. Elles étaient vues comme des bases de données organisées en couches neutres, sur lesquelles d’autres entreprises, marchés et instruments se construisent et fonctionnent.
Cette approche plaçait les blockchains dans la même catégorie que les systèmes d’exploitation, les protocoles et les bases de réseaux.
Si on persiste à croire que les blockchains relèvent uniquement de « l’infrastructure », alors leurs valorisations continueront à sembler exagérées voire indéfendables. Jusqu’au jour où elles ne le seront plus.
Pourquoi ?
Parce que leur valeur économique réelle dépend de leur niveau d’activité au fil du temps. Pas strictement des profits qu’elles dégagent sur une période donnée.
Et ?
Même utilisées pour seulement quelques pourcents des transactions mondiales (qu’il s’agisse de paiements ou de titres), les blockchains publiques représenteraient déjà un enjeu économique de plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars par an.
Alors, où est le problème ?
Lorsque vous exigez des valorisations plus raisonnables, plus « à l’ancienne » sur les blockchains, vous ne tenez pas compte de l’horizon temps.
Vous partez du principe que le système financier actuel est bien construit, que la surface adressable est largement connue, et que désormais, la croissance de l’activité des blockchains ne se fera que par petits paliers, de façon linéaire.
Oui, il est possible que vous ayez raison.
Et si vous avez raison, et que vous investissez quand même, vous obtiendrez – AU MIEUX – des rendements normaux et banals, avec un peu de chance.
Donc rester en dehors du marché crypto en 2026 est rationnel. Vous pouvez obtenir des rendements ajustés au risque comparables ou meilleurs ailleurs, avec moins de volatilité et moins d’inconnues.
Mais si vous aviez tort ? Si vous étiez en train de parier contre une croissance exponentielle ? Voilà la question.
La probabilité n’est pas un vœu pieux
Les marchés évaluent des probabilités, pas des certitudes.
Un médicament issu d’une biotech avec une faible chance de guérir Alzheimer peut valoir des milliards. Cela ne rend pas sa valorisation irrationnelle.
Les blockchains suivent la même logique.
Même si la plupart stagnent ou échouent, certaines deviendront des infrastructures financières critiques. Et ça, ça justifie des valorisations supérieures à la moyenne aujourd’hui, parce que leur rôle dans l’économie pourrait un jour être immense.
Les adeptes du scepticisme diront : « même si c’est vrai, les blockchains ne vaudront pas beaucoup plus, vu les métriques actuelles ».
Le point de vue contrarien dit autre chose : « la crypto est toujours dans une phase exponentielle ».
Dès que vous acceptez une probabilité même modeste que la crypto soit encore dans une phase d’adoption exponentielle, les niveaux de valorisation standard deviennent inadaptés.
Les exponentielles ne sont pas impressionnantes au début. Elles semblent désordonnées. Inefficaces. On leur applique des cadres de valorisation inadéquats qui ratent souvent l’essentiel.
Imaginez qu’on ait jugé Internet à l’aune des seuls frais de connexion dial‑up, ou l’électricité à partir des marges initiales des compagnies. Ces chiffres existaient, ils avaient leur importance, mais ils ne disaient rien de l’ampleur réelle de l’infrastructure qui était en train d’émerger.
Quand les systèmes grandissent, l’échelle écrase les inefficiences initiales.
L’échelle change l’économie. L’optionalité se cumule. De nouveaux usages apparaissent.
Abandonner les marchés crypto revient à décider que le plafond est bas. Que la croissance crypto est désormais linéaire.
Qu’elle s’intégrera poliment dans le système financier existant, mais ne remplacera rien de substantiel.
Encore une fois, vous pouvez avoir raison. Mais voici ce que vous laissez de côté…
Ce que les blockchains font réellement
La crypto transforme les actifs financiers en logiciel. Elle rend les marchés globaux, continus, interopérables et ouverts.
Avec le temps, les systèmes ouverts ont tendance à avoir un avantage asymétrique. Ils génèrent plus d’activité, plus d’innovation, plus de participants. La résistance les ralentit, mais elle ne les arrête pas.
Les crypto-sceptiques croient à la croissance, mais pas à la transformation.
Ils croient aux produits, pas aux plateformes. Aux flux de revenus, pas au recâblage financier. Aux modèles linéaires, pas aux systèmes exponentiels.
Mais il se pourrait que ce ne soit qu’un état d’esprit passager. Les sentiments de marché temporaires limitent l’imagination, mais ils n’annulent pas durablement l’adoption ou les avantages structurels.
Croire au marché crypto signifie croire que son influence et son ouverture continuent d’améliorer les systèmes… au‑delà de ce que la plupart imaginent.
Cela signifie croire que la phase la plus importante n’est pas encore arrivée. Cette croyance était autrefois commune dans la cryptosphère.
Aujourd’hui, dans certains cercles, elle est démodée.
Mais les marchés ne récompensent pas la mode. Ils récompensent la patience.
Si la croissance exponentielle continue, les prix actuels de certains actifs paraîtront minuscules rétrospectivement, et ce, pour une raison simple : les systèmes sous‑jacents ont continué à croître après que la plupart ont cessé d’y croire.
C’est ça, le pari.
À la fin, bien sûr, ce sera à vous de voir quelle voie vous choisirez :
- vous tenir à l’écart des cryptos en 2026 si vous pensez que ce marché a atteint ses limites ;
- rester exposé si vous pensez que ce marché est prometteur et que ses limites restent inconnues.
En tout cas moi, mon choix est fait…


Bonjour Monsieur Campbell.
Merci encore pour vos articles qui sont toujours très intéressants.
Je reste patient, investi et à l’écoute de vos conseils.
Bien que je m’attends à une sérieuse correction des marchés.
Mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.
François Rospape.