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HighTechIntelligence artificielle

Anthropic : cas symptomatique de la bulle ambiante ?

Anthropic vaut-elle vraiment près de 900 Mds$ ? A Wall Street, l’intelligence artificielle continue d’alimenter une euphorie spectaculaire, portée par les géants de la tech et des valorisations qui s’envolent. Mais, entre emballement boursier, signaux d’excès et souvenirs de la bulle Internet, la frontière entre révolution technologique et frénésie spéculative devient de plus en plus mince.

Lors de mon dernier passage sur le plateau de l’émission Trade ou pas Trade, le cas Anthropic a été évoqué. Et il faut dire, qu’à l’image de son homologue OpenAI avec ChatGPT, il est difficile de passer à côté.

Fondée – d’ailleurs – par d’anciens développeurs d’OpenAI, Anthropic est surtout connue pour être la société à l’origine de Claude, son modèle d’intelligence artificielle (IA) concurrent.

Concrètement, lorsque l’on observe la courbe d’évolution de sa valorisation, il y a de quoi (me) laisser perplexe. Un rapide retour en arrière suffit pour comprendre pourquoi : les bases de valorisation sur lesquelles les levées de fonds ont été réalisées ont connu une progression parabolique. Une envolée qui n’est pas sans rappeler l’arrachage haussier, quasi linéaire, du Nasdaq depuis la fin mars.

Voilà l’historique.

En mars 2025, Anthropic avait réalisé une première levée de fonds de 3,5 Mds$, sur la base d’une valorisation alors estimée à 61,5 Mds$. Puis, à l’automne dernier, nouvelle opération : 13 Mds$ levés, cette fois sur une valorisation de 183 Mds$. Autrement dit, un triplement en à peine six mois. Et, en février dernier, la société d’intelligence artificielle a encore franchi un cap, avec 30 Mds$ supplémentaires levés sur la base d’une valorisation atteignant désormais 380 Mds$.

Et la tendance ne s’est pas arrêtée là. Bien au contraire…

Dernièrement, on apprenait que la startup envisageait une nouvelle levée de fonds de 50 Mds$, cette fois sur la base d’une valorisation proche des 900 Mds$ !

Si l’on se rapproche ainsi des niveaux de valorisation d’OpenAI, les questions, elles, continuent de s’accumuler…

Anthropic : une exubérance à 900 Mds$

C’était déjà le cas fin avril.

Depuis, cela n’a certes pas empêché le compartiment technologique de poursuivre sa frénésie haussière, mais certains comportements commencent franchement à me faire tiquer.

Que ces tendances soient majoritairement suivies – et soutenues – par des géants de la tech comme Amazon, Google, Broadcom ou Nvidia, cela peut encore s’entendre. Après tout, ces groupes ont les moyens, les infrastructures, les clients et l’intérêt stratégique pour se positionner sur l’intelligence artificielle.

Mais lorsque l’on commence à voir fleurir certaines histoires, le signal devient plus trouble. Exemple : ce banquier d’affaires qui souhaite vendre sa maison de luxe, estimée à près de 5 M$, non pas contre du cash… mais contre une participation dans Anthropic.

Difficile, dans ce cas, de ne pas repenser à certaines dérives observées dans les cryptomonnaies ces dernières années. Certes, quelques-uns ont su tirer leur épingle du jeu. (Je pense notamment à ce Néerlandais qui avait fait un véritable « all-in » sur le Bitcoin…) Mais toutes les histoires ne se sont pas terminées ainsi.

Loin de là.

Même le P-DG d’Anthropic semble, à demi-mot, s’inquiéter – ou du moins s’interroger – sur la vitesse du processus en cours…

IA : Wall Street rejoue-t-elle la bulle Internet ?

Et il y a de quoi.

En effet, cette accélération se traduit déjà par des écarts de performance pour le moins spectaculaires. Il suffit de comparer l’évolution du S&P 500 avec et sans sa composante IA pour mesurer l’ampleur du phénomène (cf. graphique ci-dessous).

Source : X / zerohedge

En outre, nous entrons dans une période de saisonnalité qui, statistiquement, n’est pas forcément la plus favorable.

C’est tout le sens du fameux adage boursier : « Sell in May and go away ». Une formule qui rappelle que le S&P 500 tend historiquement à mieux performer entre octobre et avril qu’entre mai et septembre.

Enfin, à titre personnel, je me demande jusqu’où le parallèle avec la bulle Internet peut être poussé. Avec, en toile de fond, une question centrale : sommes-nous davantage dans une configuration de type 1999 (lorsque la hausse avait encore continué pendant plus d’un an) ou déjà plus proches de celle de 2000 ?

C’est tout l’enjeu des ellipses orange tracées sur le graphique mensuel du S&P 500 Cash (cf. ci-dessous). Le rectangle bleuté, lui, correspond à l’année 1998, marquée par l’épisode LTCM.

Désormais, plus le temps passe, plus chaque séance à Wall Street semble apporter son lot d’exubérance.

Et celle de vendredi dernier n’a pas fait exception. Bien au contraire – comme l’illustre le screenshot ci-dessous…

Source : X / FP Blackbird

Bref.

L’IA reste sans doute le grand récit porteur du moment… mais plus les valorisations s’envolent, plus il devient nécessaire de distinguer la révolution technologique de l’excès de marché.

Mathieu Lebrun

Mathieu Lebrun est analyste financier. Il commence sa carrière chez Fortis Banque pour intégrer la table de négociations sur devises au sein de la salle des marchés du groupe Natexis Banques Populaires. En 2004, il intègre un cabinet de conseil sur produits dérivés en tant qu'analyste technique et obtient son diplôme d'Analyste Technique délivré par la STA (Society of Technical Analysis). Depuis près de 10 ans, il s'est forgé une solide expérience sur les marchés financiers. En juin 2013, il décide de créer un service de trading simple et efficace : Agora Trading. Pour ses abonnés, il combine à merveille sa lecture des différentes classes d'actifs et leur corrélation pour en tirer le meilleur. Vous pouvez ainsi vous positionner en toute simplicité, en exploitant des outils de trading ultra-efficaces, les certificats Turbos.

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