Skip to main content
Analyses IndicesIndices & Marchés

Investir en Chine : le nouveau plan quinquennal qui change tout

Les marchés se félicitent du retour en force des indices chinois, mais la dynamique des douze derniers mois ne dit rien de celle à venir. Le quinzième plan quinquennal redéfinit les priorités : certains secteurs vont être propulsés, d’autres marginalisés. Ceux qui n’ajusteront pas leurs thèses d’investissement risquent de payer cher leur inertie…

 

Les investisseurs internationaux ont toujours eu une relation compliquée avec la Chine. Lors de son ouverture au monde, le pays a été considéré comme une usine géante à peine capable de produire du textile et des produits électroniques jetables. Cette mauvaise réputation, associée à la difficulté d’investir dans des entreprises locales, a maintenu les flux de capitaux internationaux à un niveau ridicule par rapport au potentiel du pays.

La fin des années 2010 a vu l’image de la Chine changer du tout au tout alors que l’industrie locale bouleversait son positionnement. Finie la stratégie qui consistait à reproduire les produits et services européens et américains pour un prix inférieur : les entreprises chinoises ont commencé à proposer des produits plus performants que ceux de leurs concurrents occidentaux dans des secteurs toujours plus nombreux. Mais la lune de miel n’a duré qu’un temps : la tentative de découplage de l’économie associée à une fermeture des frontières stricte durant la pandémie a de nouveau tétanisé les marchés, et le Hang Seng Index a perdu près de la moitié de sa valeur entre janvier 2021 et janvier 2024.

Il a fallu attendre le printemps 2024 pour que les indices chinois retrouvent le chemin de la croissance, et celle-ci fut au rendez-vous. Un investisseur ayant misé sur le CAC 40 il y a un an aurait gagné 7,7 %, contre 17,9 % à Hong Kong et 26,2 % en Chine continentale. Mais les recettes de ces derniers mois ne seront pas transposables aux cinq prochaines années.

 

Chine_comparaison_indices_040526

Evolution du CAC 40 (en vert), du Hang Seng Index (en bleu) et du CSI 300 (en rouge) sur 12 mois.
Infographie: TradingView

Le pays a en effet publié son nouveau plan quinquennal, qui va bouleverser l’activité des entreprises. Ce qui a été présenté dans la presse occidentale comme un événement de politique intérieure, aura en réalité des répercussions profondes sur le tissu économique.

Les gagnants de la période 2026-2030 ne seront pas ceux de la période 2021-2025. Les investisseurs qui auront pris la mesure du changement pourront profiter de cette reconfiguration, tandis que ceux qui conserveront leurs thèses d’investissement inchangées risquent d’essuyer de fortes pertes.

 

Chine : quand le PCC désigne les gagnants à l’avance

Il est souvent difficile, pour les investisseurs occidentaux, d’intégrer à quel point l’économie chinoise est administrée. Alors que l’Europe et les Etats-Unis se contentent d’orienter les capitaux en jouant de la taxation et de la subvention, la Chine décrète quelles activités doivent être prioritaires sur des périodes de cinq ans.

Le pays a dévoilé il y a quelques semaines son quinzième plan quinquennal, et des changements significatifs ont été apportés par rapport à l’itération précédente. S’il est toujours préférable d’avoir une bonne dose de scepticisme quant à l’effet des mesures incitatives dans une économie de marché libre, leur importance dans une économie administrée ne fait aucun doute. En Chine, les décideurs nationaux comme les représentants à l’échelon local se voient récompensés si les indicateurs jugés prioritaires évoluent de la manière souhaitée. De Pékin au fin fond des provinces, les intérêts individuels se retrouvent alignés – ce qui crée un effet incitatif impossible à obtenir dans un marché libre.

Aussi, orienter ses investissements en fonction des objectifs des plans quinquennaux est une stratégie non seulement nécessaire, mais aussi très souvent lucrative pour qui veut être exposé au marché chinois.

 

Les priorités de la période 2026-2030

Depuis quinze ans, priorité était donnée à l’augmentation exponentielle de la production d’énergie renouvelable et à la protection de l’environnement. Pour passer d’une économie basée sur l’industrie lourde à une activité à plus forte valeur ajoutée, le secteur de la tech a également été fortement subventionné, conduisant à l’émergence d’Alibaba (NYSE:BABA), Baidu (NYSE:BIDU), SMIC (HKG: 0981) ou encore Xiaomi (HKG: 1810).

Ces priorités ont changé dans le nouveau plan quinquennal. Si la migration vers l’industrie de pointe était un objectif-clé pour la période 2021-2025, Pékin souhaite désormais voir le pays renforcer sa souveraineté technologique. Attendez-vous donc à un effort important sur les entreprises en amont dans la chaîne de valeur pour que l’industrie de pointe, désormais compétitive à l’échelle internationale, soit de moins en moins dépendante des fournisseurs occidentaux. De manière symétrique, les exportateurs européens et américains risquent de voir un effondrement de leurs volumes à destination de l’Empire du Milieu. Les grands gagnants de la course à l’IA (ASML, TSMC) qui profitaient des achats des acteurs chinois de la tech n’auront certainement pas la trajectoire de croissance qu’ils avaient ces dernières années.

De même, la politique intérieure d’urbanisation touche à sa fin. Le nouvel objectif est désormais de moderniser les campagnes. Cela signifie que les grands programmes de construction de villes nouvelles risquent de ne pas rebondir de sitôt. Dans le même temps, les infrastructures à grande échelle (réseaux routiers, 5G) devraient recueillir des flux d’investissement massifs.

Le pays compte également se mobiliser pour faire naître des « industries émergentes ». Les traitements médicaux innovants, l’hydrogène vert, l’IA embarquée et les organes de synthèse sont des domaines qui devraient recevoir les faveurs des pouvoirs publics.

La bonne nouvelle est que le pays confirme son ouverture aux capitaux étrangers. Pékin continue, année après année, de réduire la taille de la liste d’entreprises pour lesquelles il existe des restrictions en termes de détention de capital par les étrangers.

Chine_restrictions_investissement_040526

Evolution du nombre d’entreprises soumises à des restrictions d’investissement étranger. Année après année, le pays s’ouvre aux flux de capitaux.
Infographie : China Briefing/SimplyWallStreet

 De même, les courtiers en ligne occidentaux offrent un accès de plus en plus facile aux actions chinoises. Nombre d’entreprises cotées à Hong Kong peuvent même être achetées directement en euros à la Bourse de Francfort.

Pour un investisseur particulier français, investir en Chine n’a jamais été aussi aisé. Les options sont de plus en plus nombreuses pour accéder au potentiel de cette économie bien plus dynamique que celle de l’Europe ou des Etats-Unis. Mais après deux ans de progression spectaculaire (+56 % pour le Hang Seng Index, +50 % pour le CSI 300), les investisseurs étrangers risquent une nouvelle fois d’être pris à contre-pied par la réalité économique de l’Empire du Milieu. Il convient donc de s’assurer d’investir en accord avec le mode de fonctionnement du pays, et ne pas tenter de transposer les recettes de l’actionnariat occidental à la Bourse de Shanghai ou de Hong Kong.

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Laisser un commentaire

5 Valeurs pour doubler votre PEA

X