Malgré la fin de l’inflation et le ralentissement des hausses de prix, Danone parvient à garder le cap : le groupe affiche une croissance solide, des volumes en hausse et un résultat net par action en progression. Une prouesse dans un secteur où beaucoup craignaient l’érosion des marges.
Après trois années de hausse quasi ininterrompue des prix à la consommation – période durant laquelle les industriels de l’agroalimentaire ont pu relever leurs tarifs en misant sur le fatalisme des consommateurs – la fin de la vague inflationniste faisait craindre une contraction des marges pour le secteur.
L’époque particulièrement favorable de 2023, où Danone voyait son chiffre d’affaires progresser malgré des volumes en baisse, semble désormais révolue. Cette année-là, très avantageuse pour les actionnaires mais nettement moins pour les clients, le chiffre d’affaires avait bondi de 7 % alors même que les volumes reculaient de 0,4 %, la hausse s’expliquant par un relèvement des prix de 7,4 %.
Dans un contexte général de hausse des prix – bien supérieure à celle des coûts réellement supportés – Danone était parvenu à accroître de 23 % sa génération de cash-flow.
En 2024, le ralentissement de l’inflation a toutefois limité les hausses tarifaires du groupe à seulement 1,3 % sur l’année. Les investisseurs s’interrogeaient alors : que se passerait-il en 2025 ? Après avoir relevé les prix et réduit les quantités à prix constants, Danone pourrait-il encore maintenir sa dynamique ? Mieux encore, les volumes pourraient-ils repartir à la hausse ?
La réponse est tombée lors de la publication des résultats annuels fin février. Et elle s’est révélée très rassurante : le chiffre d’affaires a progressé de 4,5 % sur un an, soit près de cinq fois la croissance de l’économie française (0,9 % selon l’Insee).
Danone a une nouvelle fois réussi à augmenter ses prix plus vite que l’inflation (+1,8 % à volume constant), tout en enregistrant une hausse des volumes de 2,7 %.
Cette dynamique se reflète dans le résultat net par action, en progression de 4,6 %, à 3,8 € par action.
Danone : un groupe français de plus en plus international
Bien que son siège social demeure rue La Fayette à Paris, Danone réalise une part toujours plus importante de son activité hors de France.
L’Europe n’a représenté l’an dernier que 9,78 Mds€ de chiffre d’affaires, soit 36 % du total.
L’Amérique a généré plus de 9,1 Mds€, un niveau désormais très proche de celui du Vieux Continent. Si l’Amérique du Nord n’a progressé que de 2 %, l’Amérique latine a affiché une croissance de 6 % à données comparables.
La zone Chine – Asie du Nord – Océanie est cependant la plus dynamique, avec un bond de 11,7 % de son chiffre d’affaires, pour un total proche de 4 Mds€.
Particularité notable : cette progression s’est produite malgré un effet prix négatif de –0,2 %, largement compensé par la hausse des ventes de marques « fonctionnelles » comme Activia (Bio) ou Oikos.

Photos : Danone
Les alicaments : un moteur de croissance
La frontière entre plaisir alimentaire, nutrition et bénéfices médicaux est devenue l’un des principaux axes de développement du groupe, qui continue d’investir dans les alicaments.
L’année dernière, Danone a pris une participation majoritaire dans Kate Farms, une entreprise américaine spécialisée dans la nutrition médicale à base d’ingrédients biologiques d’origine végétale.
Avec Kate Farms, Nutricia, Real Food Blends et Functional Formularies, Danone renforce sa présence sur le marché de la nutrition médicale et complète son offre destinée aux patients hospitalisés ou à domicile.
Le groupe a également poursuivi sa stratégie d’acquisitions avec le rachat de The Akkermansia Company, spécialisée dans les compléments alimentaires visant à lutter contre le diabète et l’obésité.
En France, Danone a ouvert un laboratoire consacré au microbiote intestinal dans son centre de R&D de Saclay, et prévoit de relocaliser 45 000 tonnes de production dans l’Hexagone d’ici fin 2028.
Le « nouveau Danone » veut soigner son image, en misant sur la nutrition et la santé pour faire oublier sa réputation d’industriel de produits ultra-transformés. Il a d’ailleurs pleinement coopéré lors de l’enquête sanitaire européenne sur une possible contamination de laits infantiles à la toxine céréulide.
A l’instar de Nestlé et Lactalis, Danone a rappelé certains lots après le décès inexpliqué de deux nourrissons. Les analyses n’ont révélé aucune contamination dans les laits de Danone, rassurant ainsi les autorités sanitaires comme les consommateurs.
Une action de fond de portefeuille
Avec une croissance annuelle d’environ 5 %, le titre Danone n’a pas l’allure des vedettes de la cote parisienne.
Mais en parvenant à profiter des vagues inflationnistes tout en maintenant sa progression lorsque les hausses de prix ralentissent, Antoine de Saint-Affrique, Directeur général depuis 2021, a démontré la solidité de sa stratégie.
Les investissements dans l’alimentation-santé et le développement hors d’Europe insufflent un nouvel élan au groupe.
Avec un ratio cours/bénéfices de 25, l’action n’est pas particulièrement bon marché. Mais elle conserve toute sa place dans un portefeuille « de bon père de famille », comparable à un Air Liquide qui se traite à plus de 31 fois ses bénéfices annuels.
Et avec seulement 27 % de hausse en cinq ans – contre 50 % pour le CAC 40 – le potentiel d’appréciation est loin d’être épuisé.
En cinq ans, le titre Danone ne s’octroie que 27 %, une progression sage qui laisse au titre un potentiel de hausse significatif.
Source : TradingView



