Les géants des télécoms, de la 5G et des satellites se livrent une véritable bataille pour le contrôle d’une ressource devenue stratégique : les fréquences radio. Alors que SpaceX vient de braquer les projecteurs sur la bande des 900 MHz, deux petites sociétés détentrices de licences convoitées pourraient se retrouver au cœur de cette « guerre du spectre »…
Une compétition féroce se joue actuellement dans le secteur des télécoms : la course aux fréquences radio, aussi appelée la « guerre du spectre ».
Pourquoi est-ce important ?
Parce que les fréquences radio sont une ressource limitée. Or, avec le développement de la 5G, des satellites, des objets connectés et des futurs réseaux de communication, leur valeur ne cesse d’augmenter.
Les grands groupes du secteur en sont parfaitement conscients.
Ces derniers mois, les exemples se sont multipliés :
- SpaceX a conclu un accord portant sur les fréquences d’EchoStar pour près de 17 Mds$ ;
- AT&T a également récupéré des actifs de fréquences valorisés à plusieurs dizaines de milliards de dollars ;
- UScellular a été progressivement démantelée au profit de T-Mobile, AT&T et Verizon ;
- Rocket Lab (RKLB) a mis la main sur certaines fréquences d’Iridium ;
- AST SpaceMobile a obtenu l’autorisation d’exploiter les fréquences d’opérateurs mobiles terrestres depuis l’espace grâce à sa future constellation de satellites ;
- Les grands opérateurs télécoms multiplient les initiatives pour empêcher SpaceX de renforcer davantage son contrôle sur certaines bandes de fréquences.
Dans le même temps, le secteur se prépare à la Conférence mondiale des radiocommunications de 2027 (WRC-27), au cours de laquelle les règles d’attribution du spectre pourraient être profondément modifiées.
Deux petites sociétés assises sur un trésor
Au milieu de cette bataille, deux entreprises relativement peu connues se retrouvent dans une position potentiellement intéressante :
- NextNav (NN)
- Anterix (ATEX)
Toutes deux possèdent des fréquences dans la bande des 900 MHz, une portion du spectre particulièrement recherchée.
Cette bande est utilisée dans de nombreuses applications du quotidien : compteurs intelligents, capteurs industriels, systèmes de surveillance ou encore certaines infrastructures de communication.
Ces deux entreprises ont un point commun : elles détiennent des actifs potentiellement très précieux, mais ne les exploitent pas encore pleinement.
C’est pourquoi certains investisseurs estiment qu’elles pourraient devenir des cibles de rachat.
NextNav : une valeur qui dépend d’une décision réglementaire
Le cas de NextNav est particulièrement intéressant.
L’entreprise détient d’anciennes licences radio qui remontent aux années 1990. Aujourd’hui, ces autorisations ont peu de valeur sous leur forme actuelle.
L’objectif de NextNav est donc de convaincre le régulateur américain des télécommunications (la FCC) de les convertir en une licence nationale plus attractive, pouvant être utilisée pour des réseaux de nouvelle génération.
La société avance également un argument stratégique : son système pourrait servir de solution de secours au GPS américain.
Cette fonction n’est pas anodine. Des secteurs entiers, comme les transports, les réseaux électriques ou les marchés financiers, dépendent du GPS pour leur géolocalisation et leur synchronisation.
Si la FCC valide la demande de NextNav, certains analystes estiment que la valeur de ces licences pourrait grimper fortement.
Mais le dossier reste controversé. De nombreux acteurs du secteur ont déposé des objections auprès du régulateur, ce qui rend l’issue encore incertaine.
En résumé :
- si l’autorisation est accordée, le potentiel de valorisation pourrait être important ;
- si elle est refusée, une grande partie de la thèse d’investissement disparaît.
Anterix : l’actif existe déjà
La situation d’Anterix est différente.
Après plusieurs années de discussions avec les autorités, l’entreprise a déjà obtenu les autorisations nécessaires pour exploiter ses fréquences.
Autrement dit, elle possède aujourd’hui ce que NextNav cherche encore à obtenir.
Le problème est ailleurs.
Anterix commercialise principalement ses services auprès des entreprises de distribution d’électricité et des gestionnaires d’infrastructures. Ces clients prennent souvent plusieurs années avant de signer de gros contrats.
Résultat : malgré la qualité de ses actifs, la croissance commerciale demeure lente.
Pour certains investisseurs, c’est justement ce qui rend l’entreprise intéressante : elle possède déjà un actif stratégique validé par les autorités, mais le marché semble lui accorder relativement peu de valeur.
« Guerre du spectre » : SpaceX s’en mêle
Le véritable élément nouveau est venu de SpaceX.
Dans une récente communication adressée à la FCC, l’entreprise d’Elon Musk a demandé que les fréquences sous-utilisées soient mieux exploitées.
Plus important encore, elle a explicitement cité la bande des 900 MHz parmi les ressources qui mériteraient davantage d’attention.
Pour les observateurs du secteur, ce signal est loin d’être anodin.
Lorsque SpaceX commence à s’intéresser publiquement à une catégorie de fréquences, cela rappelle à tout le marché la valeur stratégique potentielle de ces actifs.
La société a également plaidé en faveur de règles plus strictes du type « utilisez-les ou perdez-les ».
Une telle évolution pourrait mettre la pression sur les détenteurs de fréquences :
- soit ils investissent rapidement pour développer un réseau ;
- soit ils les vendent à une entreprise capable de les exploiter.
Quelle opportunité pour les investisseurs ?
L’idée défendue par certains investisseurs est simple.
NextNav ressemble à un pari réglementaire. Si la FCC approuve son projet, la valeur de ses actifs pourrait être réévaluée à la hausse. En revanche, le risque reste élevé.
Anterix, de son côté, possède déjà les autorisations nécessaires. Son principal problème n’est pas réglementaire mais commercial. Son potentiel dépend davantage d’une accélération de la demande ou d’un éventuel intérêt d’un acquéreur.
En pratique, ces deux sociétés sont exposées au même thème : la hausse de la valeur du spectre radio.
Si la concurrence pour les fréquences continue de s’intensifier, les actifs qu’elles détiennent pourraient attirer de plus en plus d’attention de la part des grands groupes des télécoms, du spatial ou de la défense.
L’investissement reste toutefois spéculatif. Rien ne garantit qu’un rachat aura lieu. Mais dans un marché où les fréquences deviennent un actif stratégique de plus en plus rare, ces deux entreprises occupent aujourd’hui une position que beaucoup d’acteurs plus importants pourraient finir par convoiter.

