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Google : un pari fou (et payant) dans l’IA

By 16 février 2026No Comments

En engageant jusqu’à 185 Mds$ supplémentaires dans l’intelligence artificielle, Alphabet (Google) joue gros. Mais, à la différence de nombreux acteurs de la tech encore en quête d’un modèle rentable, le groupe de Sundar Pichai a déjà transformé la menace de l’IA en moteur de croissance. Un pari colossal – et, pour l’instant, payant.  

Le gigantisme des investissements dans l’intelligence artificielle (IA) a de quoi donner le tournis. Les sommes mobilisées par les grands acteurs de la tech se comptent en dizaines, voire en centaines, de milliards de dollars, et dépassent l’entendement.  

Qui se souvient, en écoutant les promesses de Nvidia d’investir jusqu’à 100 Mds$ dans OpenAI, que le programme spatial Apollo n’a coûté que 25 Mds$ à l’époque ? Que l’Etat français n’a dépensé « que » 125 Mds€ de plus que ses recettes l’an passé ? Que le coût du nouveau porte-avions nucléaire, destiné à remplacer le Charles de Gaulle, est estimé entre 5 Mds€ et 10 Mds€ ?  

C’est un fait : des acteurs privés dépensent, pour la seule course à l’IA, des sommes qui étaient jusqu’ici l’apanage des Etats. Il faut y voir, d’une part, une manifestation de l’envergure financière inédite des grandes entreprises de la tech et, d’autre part, leur implication tête baissée dans ce secteur vu comme la prochaine révolution technologique et économique.  

Après la phase d’euphorie qui a suivi la sortie de ChatGPT 3.5, les marchés ont commencé à s’émouvoir de ces dépenses illimitées pour une activité qui n’a, à ce jour, absolument pas prouvé sa capacité à créer de la richesse. Fort naturellement, les grands noms de l’IA ont connu d’importants dégagements lorsque les investisseurs ont commencé à douter de leur capacité à rentabiliser les capitaux ainsi mobilisés.  

Aussi, les marchés auraient pu marquer leur effroi lorsque le P-DG d’Alphabet (maison-mère de Google) Sundar Pichai a annoncé qu’il comptait investir entre 175 Mds$ et 185 Mds$ supplémentaires en infrastructures. Lors de l’annonce des résultats annuels du groupe, le patron pourtant réputé pour sa prudence a officialisé son intention de mobiliser l’équivalent du PIB annuel du Maroc pour construire de nouveaux data centers.  

Le montant est d’autant plus significatif qu’il représente une part importante des performances financières du groupe. Même après avoir augmenté de 15 % par rapport à 2024, le chiffre d’affaires total d’Alphabet dépasse à peine les 400 Mds$. Son bénéfice annuel, qui a bondi de près d’un tiers en un an, s’est établi à 132 Mds$. Les investissements en infrastructure engloutiront donc plus que l’ensemble du résultat net dégagé l’an passé.  

Alors que d’autres grands noms de la Silicon Valley, comme Apple, font preuve de prudence et préfèrent éviter d’immobiliser des capitaux dans la course à l’IA, les investisseurs seraient en droit de sanctionner durement l’annonce qui ne laisse pas droit à l’erreur. Alphabet est, après tout, un groupe qui profite d’une rente de situation qu’il serait dommage de gaspiller en paris hasardeux – l’exemple malheureux de Facebook dans le métavers est encore dans toutes les mémoires…  

Pourtant, malgré le repli sectoriel, l’action Alphabet s’est contentée de se replier sur ses niveaux de fin décembre. Elle reste en hausse de 50 % sur six mois. La raison en est simple : le groupe fait partie des très rares entreprises à avoir déjà prouvé sa capacité à générer des bénéfices grâce à l’IA. 

 

La récente baisse de l’action Alphabet doit être considérée comme une correction après 50 % de hausse en six mois plutôt que comme une sanction (infographie : TradingView)  

 

Quand Alphabet transforme la menace en opportunité  

Lors de l’arrivée de ChatGPT, Alphabet a fait face à une menace majeure : celle de la disparition des flux de revenus issus de la publicité en ligne.  

Jusqu’en 2023, les ventes d’annonces payantes sur les résultats du moteur de recherche Google représentaient en effet 70 % du chiffre d’affaires du groupe – les autres activités n’ayant, prises individuellement, qu’une contribution anecdotique.  

Rapidement, l’engouement des particuliers pour les discussions sans fin avec les IA génératives a laissé craindre une perte d’importance de Google dans les habitudes d’achats en ligne.  

Jusqu’en 2023, les internautes faisaient une confiance quasi-aveugle aux résultats de recherche présentés sur Google – dont une grande partie est pourtant sponsorisée et donc réservée aux sociétés les plus offrantes plutôt qu’aux sites les plus pertinents. Le risque était qu’ils cessent d’utiliser les moteurs de recherche et fassent désormais confiance aux suggestions de ChatGPT. Le modèle d’affaires de Google, et par voie de conséquence celui de l’ensemble du groupe Alphabet, aura été mis en péril.  

Mais Alphabet a su transformer cette épée de Damoclès en opportunité.  

Après un léger retard à l’allumage, son IA Gemini est désormais considérée comme aussi performante, voire plus, que ChatGPT. Mieux encore, son intégration dans la barre de recherche de Google vient gommer la frontière entre moteur de recherche et robot conversationnel. Aujourd’hui, les internautes qui posent une question en ligne voient s’afficher soit les résultats classiques d’une recherche textuelle, soit une réponse de circonstance générée par IA. Il est alors possible d’affiner la recherche, ou d’entamer une discussion avec le robot.  

Chaque mois, ce sont désormais 750 millions de personnes qui interagissent avec Gemini – un chiffre non loin des 900 millions d’utilisateurs revendiqués par ChatGPT. Fidèle à la stratégie initiale du groupe, qui consiste à offrir gratuitement un service pour monétiser les données, les échanges avec le robot sont ensuite utilisés pour affiner les ciblages publicitaires. Grâce à un profilage inédit des internautes, la régie publicitaire du groupe peut alors proposer des encarts qui seraient autrefois restés dans les tiroirs. Selon les estimations de la direction, l’utilisation des données recueillies par Gemini a contribué à augmenter les revenus publicitaires de 17 % sur un an.  

Les excellentes performances techniques de Gemini ont également tiré la croissance des services aux entreprises. La division Google Cloud a augmenté ses revenus de moitié sur un an, apportant 17,7 Mds€ au dernier trimestre 2025.  

Même les concurrents potentiels reconnaissent la supériorité technique du LLM d’Alphabet. Plutôt que de développer sa solution maison, Apple a choisi l’IA d’Alphabet pour alimenter la prochaine version de son assistant Siri. Un désaveu technique lorsque l’on se souvient que la firme à la pomme faisait partie des pionniers des agents conversationnels grand public, et que l’on constate le retard inacceptable accumulé par Siri… mais une décision tout à fait justifiable financièrement : selon Bloomberg, l’accord de sous-traitance ne coûterait que 1 Md$ par an à Apple. Au vu des coûts d’infrastructure nécessaires au développement d’une IA de dernière génération, une mutualisation des dépenses dans l’industrie apparaît inévitable.  

Avec cet accord, Apple s’évite une dépense qu’elle rentabiliserait au mieux en un siècle. Dans le même temps, Alphabet s’arroge un rôle de référence industrielle en termes de sous-traitance d’IA.  

Le temps où l’arrivée des IA génératives menaçait la survie du groupe est bien loin. Elles sont désormais une source significative de croissance. 

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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