Hollywood tremble : l’intelligence artificielle est en train de bouleverser les règles du jeu. En quelques années, des outils capables de générer des effets visuels spectaculaires ont fait chuter les coûts de production et ouvert la voie à une créativité sans limite. Aujourd’hui, les studios traditionnels s’interrogent : comment préserver leur rôle et leur puissance alors que l’industrie du cinéma vit une mutation sans précédent ?
A Hollywood, tout le monde est sur les nerfs en ce moment.
Je le sais parce que j’ai récemment pris la parole lors d’une grande conférence sur l’IA qui s’est déroulée à Hollywood.
Les studios ne voulaient pas connaître mes prédictions sur le sujet. Voici ce qu’ils voulaient savoir : « Comment faire pour stopper ça ? » et « Est-ce que ça va aller pour nous ? ».
Et dans mon dernier podcast, j’ai parlé à deux personnes qui sont en train de construire cet avenir dont Hollywood a peur.
La semaine dernière, j’ai discuté avec l’acteur Tye Sheridan (que vous connaissez sous le nom de Cyclope dans X-Men, et pour son rôle principal dans Ready Player One), et avec Nikola Todorovic, cofondateur avec Tye Sheridan de Wonder Dynamics, une entreprise si performante qu’Autodesk l’a rachetée. (Vous pouvez accéder au podcast en cliquant sur le lien, en bas de cet article).
Voici ce qui m’a frappé avant tout : ils n’ont pas créé leur entreprise pour chambouler Hollywood, mais parce que réaliser leurs propres films devenait trop cher.
Je vous présente deux personnes qui sont en train de redéfinir Hollywood
Tye est acteur depuis l’âge de 12 ans environ.
Sélectionné par Terrence Malick parmi 10 000 enfants pour jouer dans The Tree of Life, il s’est retrouvé dans le bureau de Spielberg, en train de discuter nerveusement d’une expérience de réalité virtuelle (« VR ») à 10 000 $ qu’il avait mise au point avec Nikola…
Et Spielberg l’a choisi pour Ready Player One.
Nikola s’intéresse aux effets visuels [NDLR : ensemble de techniques permettant de modifier ou de générer des images] depuis l’université. Il faisait partie de ces gens capables de créer une vidéo à 360 degrés avec 10 caméras GoPro avant même que les casques VR n’existent.
Tous les deux (Tye et Nikola) voulaient réaliser un film de science-fiction très chargé en effets visuels, mais c’était trop cher. Alors au lieu de réduire les ambitions du scénario, ils ont créé une entreprise capable de réduire leurs coûts de 90 %.
Ensemble, ils ont créé Wonder Dynamics, une chaîne de production (pipeline) permettant à de petites équipes de faire ce qui exigeait autrefois des centaines d’artistes et des budgets de 150 M$.
Spielberg a adoré. Autodesk l’a rachetée. Et Hollywood a flippé.
La grande question : Hollywood est-il mort ?
J’ai posé directement la question :
« Est-ce que Hollywood est sur le point d’être remplacé par des ados qui bidouillent l’IA dans leur chambre ? »
Leur réponse n’a pas été pessimiste pour la survie d’Hollywood. Au contraire, elle a été optimiste et complexe.
Voici ce qui risque de changer :
- les coûts des effets visuels vont chuter de 100 M$ à 10 M$ ;
- de petites équipes pourront désormais réaliser des scènes qui exigeaient autrefois des studios entiers ;
- les acteurs compteront toujours, la qualité de leur jeu comptera toujours, les humains préfèreront toujours les humains ;
- mais la catégorie intermédiaire – les films dont le budget est de 50 M$ – se fera dévorer en premier.
L’IA ne peut pas remplacer une excellente histoire. Elle ne va pas remplacer la performance réelle des acteurs non plus. Elle ne peut pas échapper au « détecteur de navets » des spectateurs. Et l’IA ne peut pas remplacer la créativité humaine.
Nikola a déclaré ceci :
« Les gens ne plébisciteront pas les films qui n’auront été réalisés qu’en une semaine. Ils plébisciteront les effets visuels les plus impressionnants, ceux dont la qualité frôlera l’impossible ».
Il a raison. On ne regarde pas Inception en se demandant combien de temps il a fallu pour le réaliser mais parce que cela ressemble à de la magie.
L’IA ne tue pas la magie. Elle tue l’inefficience.
Les studios ne disparaîtront pas
Vous savez ce que possèdent les studios ? Des budgets marketing.
Et comme dans le secteur de la musique, nous nous orientons vers une ère où :
- les contenus inonderont le monde ;
- les outils démocratiseront tout ;
- mais dans ce nouvel environnement, se faire connaître deviendra impossible sans un mégaphone.
Or, les studios sont ce mégaphone.
Par ailleurs, si quelqu’un est sur le point de lancer la prochaine révolution de type Avatar, qui a les ressources pour le faire ?
Disney. Warner. Universal.
L’IA fixe un nouveau seuil de qualité minimale. Les studios repoussent les possibilités maximales.
Il est là le paradoxe.
Cinq grands points à retenir
- L’IA ne remplace pas les réalisateurs de films, elle élimine les blocages
Désormais, même les petites équipes peuvent réaliser des films de science-fiction. De la vraie science-fiction. Il n’est plus nécessaire de « couper telle scène pour des motifs budgétaires ».
- Le cinéma indépendant va exploser
Les films à 2 500 $ de budget sur YouTube offriront des univers visuels riches.
- Les navets ne pourront plus se cacher derrière un gros budget
Les scénarios peu exigeants seront impardonnables, une fois que n’importe qui pourra réaliser de magnifiques images.
- Les spécialistes des effets visuels survivront en adoptant l’IA, pas en la combattant.
Les budgets se réduisent mais pas les attentes. Ces nouveaux outils deviennent essentiels.
- La plus grande menace visant Hollywood n’est pas l’IA mais la mondialisation.
Les productions quittent Los Angeles parce que le Canada, l’Europe, ou l’Asie offrent des crédits d’impôt avantageux, notamment pour les emplois. Le secteur se décentralise.
Et maintenant ?
Tye joue dans un nouveau film (The Housewife, avec Naomi Watts).
Nikola dirige l’IA chez Autodesk, et déploie de nouveaux outils complètement dingues comme le « text-to-3D » [NDLR : génération automatique d’objets 3D à partir d’une description textuelle] et l’animation générée par l’IA.
Ils ont toujours l’intention de réaliser ensemble le film qu’ils ont écrit il y a des années.
Et Hollywood cherche encore les moyens de s’adapter.
Non, l’IA n’est pas en train de tuer Hollywood. Elle réinitialise Hollywood. Et, au bout du compte, c’est une très bonne chose.
Ecoutez la totalité du podcast avec Tye et Nikola ici.
Bien à vous,
James Altucher

