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HighTechIntelligence artificielle

IA : grand remplacement ou catastrophisme sous stéroïdes ?

By 18 février 20262 Comments

L’IA va-t-elle réellement remplacer l’humain, ou assistons-nous à une nouvelle vague de catastrophisme exagéré ? Entre crainte du déclassement et promesses de révolution productive, le débat s’intensifie. Reste à savoir s’il s’agit d’une rupture durable… ou d’une transition mal interprétée.

« Bientôt, un humain ne pourra plus accomplir une tâche mieux qu’une IA ou un robot. » 

Ces dernières années, une notion autrefois étrange s’est glissée discrètement dans les conversations : les humains se rapprochent vite du moment où, même nos dernières bribes d’avantage compétitif, seront allègrement aspirées par les machines, idée désormais ressassée sur Internet avec un degré de conviction habituellement réservé à la météo ou à la dette nationale.

Cette idée engendre énormément de messages catastrophistes et se trouve au cœur de la vision du monde de Murad Mahmudov.

Mais qui est Murad ? Et qu’est-ce qui le distingue des agitateurs du Moyen-Age qui ont tenté de réprimer la Renaissance ?

Creusons un peu.

Le roi des memecoins

Murad – si vous ne le connaissez pas – a passé ces trois dernières années à expliquer à ses 730 000 abonnés que le système était irrémédiablement défaillant, qu’un déclin rapide était inévitable, et que la seule réaction rationnelle consistait à s’en extraire via les memecoins, ultime échappatoire ironique face à un système voué à vous broyer.

Dans son intervention la plus ambitieuse, « The Power of Belief », il passe près de deux heures à présenter ses arguments haussiers sur un memecoin appelé SPX6900.

memecoin SPX6900

Inflation. Shrinkflation [N.D.L.R. : Réduction de la quantité d’un produit sans baisse proportionnelle de son prix, ce qui revient à une hausse déguisée du prix unitaire]. Elites vieillissantes. Solitude. IA remplaçant le travail. Déclin de la santé mentale. Emergence sous nos yeux d’une sous-classe durable.

Selon Murad, ce ne sont pas les effets secondaires du système mais LE nouveau système.

Et une fois que vous adhérez à ce postulat, la conclusion s’impose : les voies traditionnelles ne vous sauveront pas, investir sérieusement ne changera rien, et la seule réaction rationnelle est de croire collectivement en quelque chose d’assez absurde pour renverser la table.

Voilà pour l’hypothèse.

Bien entendu, un memecoin ne paraît pas très sérieux, mais il sert de vecteur à une croyance très sérieuse, qui commence à se propager dans la culture populaire : le système ne mérite plus que l’on y participe.

L’art du catastrophisme

Les messages catastrophistes sont populaires parce qu’ils transforment la confusion en certitudes.

Ils prennent une légère angoisse diffuse – la vie devient plus dure, les efforts sont moins payants, les institutions en place sont vieillissantes – pour la transformer en une seule histoire.

Pour Murad, les memecoins sont une solution à ce malaise en offrant un scénario d’échappatoire au lieu d’une perspective de progression crédible.

Il ne s’embête pas à faire passer les memecoins pour des entreprises viables, puisque toutes les entreprises sont faites pour vous désavantager. Et il ne les présente pas non plus comme des technologies, puisque la technologie est quelque chose qui va vous remplacer.

Il les présente comme une échappatoire, une façon de s’extraire psychologiquement et financièrement d’un système qui ne récompense plus les efforts, la compétence et la participation, comme une façon de s’extraire de la stagnation des salaires, de la dévalorisation des qualifications, et d’un futur où « tout faire correctement » ne fonctionnera toujours pas.

Quand les systèmes sont défaillants, nous dit Murad, les croyances circulent plus vite que la raison. Si rien n’est fondamentalement juste, alors un sens partagé a plus d’importance que les principes fondamentaux.

Murad est loin d’être seul.

Malgré sa solution incohérente, il raconte une histoire cohérente.

Voilà pourquoi cette même histoire – des politiques populistes à la panique face à l’IA, en passant par le fatalisme financier – se propage partout où les gens ont l’impression que les systèmes qui gouvernent nos vies ne répondent plus ni aux efforts, ni aux prises de parole, ni à la participation.

MAIS, si le passé nous enseigne quelque chose, c’est que les catastrophistes décrivent généralement une transition déjà en cours en disant que c’est la fin.

Et quand on les suit régulièrement, c’est comme si l’on regardait arriver l’avenir en restant sur le banc de touche.

Brûlez tout

Toutes les grandes transitions engendrent des catastrophistes.

Ils voient – à juste titre – le système se dégrader, puis en concluent que rien d’adaptatif ne peut le remplacer.

Malthus pensait que nous allions mourir de faim.

Marx pensait que le capitalisme ne pourrait pas s’adapter.

Spengler pensait en 1908 que l’Occident était sur le déclin.

Ehrlich pensait que la surpopulation scellerait notre destin.

Mais c’est l’Europe, à la fin de l’époque féodale, qui nous offre peut-être l’analogie historique la plus pertinente.

Prenons l’exemple de Jérôme Savonarole, un dominicain enflammé ayant vécu à Florence, et qui a brièvement pris le contrôle de la ville en prêchant l’apocalypse… avant d’être avalé par le système qu’il avait tenté de détruire.

Dans les années 1490, Savonarole a observé Florence et vu tout ce que Murad voit en ce moment :

  • des élites amassant des richesses ;
  • des institutions en perte de légitimité ;
  • une impression de vacuité culturelle ;
  • des gens que le coût de la vie empêchait de vivre dignement.

L’ordre féodal était en train de se briser. La Renaissance commençait à se former. Il a vu clairement les failles, et tenté de les colmater au lieu de passer au travers.

Sa solution était très proche de celle de Murad :

  • la croyance collective au lieu du développement ;
  • l’unité symbolique au lieu d’un changement structurel ;
  • l’autodafé au lieu de la reconception des systèmes.

Il disait de tout brûler… le fameux « bûcher des vanités ». Les objets culturels jetés au feu, des livres, des œuvres d’art… tous des symboles de la décadence, sacrifiés en place publique.

Un retour à une foi partagée.

Murad observe l’IA, les inégalités, la solitude et l’effondrement de l’emploi, et tire la même conclusion… La seule réponse viable, c’est la croyance collective en un seul objet unifiant, pas en tant que passerelle vers un nouveau système, mais en tant que substitut aux systèmes.

C’est le même discours que celui de Savonarole : l’ordre est infâme, refusez-le totalement.

Les adeptes de Savonarole refusaient de construire ou de voir ce qui était en train de se construire. Ils ont choisi de brûler.

L’Histoire est impitoyable.

L’autre facette

Mais voilà… L’affaiblissement de l’ordre féodal était visible bien avant qu’il ne se soit effondré. Un petit nombre de personnes en avaient remarqué les signes de bonne heure, sans faire la morale ni paniquer.

Ils ont réorienté leurs efforts et les capitaux vers des fondamentaux utiles et évolutifs : les réseaux commerciaux, le crédit, la comptabilité à double entrée (actif/passif), l’information (imprimerie), la logistique, les compétences.

Ceux qui ont suivi ces tendances au lieu du catastrophisme ont prospéré. Pas uniformément. Pas sans risque. Mais de manière écrasante.

De plus, cette transition a rendu possible un monde organisé autour de mécanismes de coordination à grande échelle plutôt qu’une autorité fondée sur l’hérédité.

Elle a jeté les fondations nécessaires à l’apparition du commerce mondial, de la science moderne, de l’industrialisation, des corporations, des marchés financiers, de l’éducation des masses, et des Etats modernes.

L’Histoire a favorisé ceux qui s’étaient adaptés de façon précoce, et non ceux qui annonçaient la fin du monde.

La fin de la fin (de la fin)

A posteriori, ce qui est considéré comme une désintégration totale devient l’indicateur retardé d’une transition déjà en cours.

Si l’on accepte ce cadre d’analyse, la transition actuelle pourrait également permettre de nouvelles formes de travail, de formation de capitaux, de gouvernance et de créativité qui fonctionneraient en dehors des métiers, qualifications et institutions traditionnels.

Rejeter l’idée que la décadence est une fatalité comporte un risque limité, tandis que le potentiel de gain demeure immense.

Traditionnellement, les gagnants ne crient pas partout que rien ne marche plus mais posent plus calmement cette question : si le système actuel ne coordonne plus correctement la réalité, alors qu’est-ce qui le remplace ?

Et ensuite, ils vont de l’avant.

Quelle est la partie la plus épineuse ?

Cette transition se produit en dehors des annonces ou des débats publics. Elle se produit en marge. Où existent des choses encore plus étranges et folles. Et où meurent d’autres choses plus prosaïques…. comme l’aspirateur Roomba.

Chris Campbell

Chris Campbell est constamment à la recherche de moyens pour vous aider à vivre une vie plus libre, plus saine, plus riche et plus épanouissante. Ses recherches l'ont conduit dans plus de 30 pays. Il a été à la pointe du Bitcoin, du tourisme médical, de la décentralisation, des villes autonomes, de la biotechnologie et de bien d'autres choses encore. Chris est l’analyste principal du service Cryptos Incubator de James Altucher, dans lequel il aide les abonnés à naviguer dans l’univers des cryptomonnaies. Vous pourrez également retrouver ses analyses dans la lettre Les Investissements d’Altucher.

2 commentaires

  • Avatar Koquely dit :

    Vous n’indiquez pas la solution…!

    • Avatar La rédaction dit :

      Bonjour Robert,

      Chris Campbell montre dans cet article comment la peur d’un effondrement généralisé nourrit des discours catastrophistes autour de l’IA et de l’économie. Murad Mahmudov, figure des memecoins, affirme que le système est irréparable et que seule une croyance collective — même absurde — peut offrir une échappatoire. Comme les prédicateurs apocalyptiques du passé, il interprète une transition comme une fin du monde. Chris rappelle pourtant que les grandes mutations historiques ont surtout récompensé ceux qui s’adaptent tôt, pas ceux qui brûlent le système. La période actuelle pourrait ouvrir de nouvelles formes de travail, de coordination et de création, à condition de regarder ce qui émerge plutôt que ce qui s’effondre.

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