L’année s’annonce explosive pour les marchés : au milieu de la volatilité persistante et de méga‑levées de fonds, trois géants de la tech se préparent à bouleverser Wall Street. A la clé, trois IPO ultra attendues, des valorisations vertigineuses et un choc qui pourrait transformer durablement la finance.
Le début d’année a été riche en rebondissements sur les marchés. Bien orienté dès le début du mois de décembre, c’est à l’occasion des fêtes de Noël que le CAC 40 s’est engagé dans une tendance haussière qui l’a amené à quelques encâblures des 8 400 points. Le seuil a été effleuré le 9 janvier, avant que la géopolitique ne vienne faire repasser les intervenants en mode panique.
Depuis, l’indice phare tricolore a perdu près de 400 points en ligne droite, avant de matérialiser un rebond jeudi dernier, qui lui a permis de terminer la semaine proche des 8 150 points. Un mouvement certes violent, mais qui ne fait en réalité que revenir l’indice au niveau qu’il avait le 30 octobre, soit trois mois auparavant.
Si ces mouvements de portes de saloon font le bonheur des traders (et ont de quoi rendre nerveux les boursicoteurs parfois pris à revers), leur importance ne doit pas être surestimée pour les investisseurs de long terme.
Ceux qui voient la Bourse comme un moyen de faire fructifier des sommes sur le temps long ne se préoccuperont donc pas, en ce mois de janvier, des mouvements de va-et-vient qui font et défont, en l’espace de quelques séances, des variations d’indices de quelques pourcents.
Ils se concentreront sur les grandes introductions en Bourse qui vont potentiellement changer le paysage boursier pour les années à venir. Avec trois IPO majeures prévues (OpenAI, Anthropic et SpaceX), les investisseurs ne manqueront pas d’opportunités pour placer leurs capitaux dans une optique de long terme.
OpenAI : votre argent devient nécessaire
Les rumeurs se font de plus en plus pressantes : OpenAI, la startup à l’origine du bien connu ChatGPT, prévoirait de s’introduire en Bourse dès cette année.
Surfant sur la vague autour de l’IA générative, qui lui a permis d’atteindre une valorisation de 500 Mds$, l’entreprise de Sam Altman compte faire appel à l’épargne publique pour financer sa croissance.
Il y a quelques jours, elle a annoncé avoir engrangé un chiffre d’affaires de 20 Mds$ en 2025. Il s’agit d’une multiplication par trois sur un an, et d’une multiplication par dix entre 2023 et 2025. Ce taux de croissance a de quoi faire rêver… mais les chiffres sous-jacents ne sont de leur côté pas des plus rassurants. La multiplication du chiffre d’affaires par 10 s’est accompagnée d’une multiplication de la consommation énergétique par 9,5. Cela signifie qu’OpenAI est encore incapable de réaliser des économies d’échelle sur ses coûts de fonctionnement – l’électricité étant un poste qui dépend directement de l’utilisation des services. A près de 2 GW consommés à fin décembre pour les seules capacités de calcul (hors refroidissement des centres de données), la firme engloutit l’équivalent de la production continue de 3 à 4 réacteurs nucléaires classiques.
De l’aveu même d’OpenAI, la consommation électrique augmente aussi vite que le chiffre d’affaires.
Infographie : OpenAI
Cela signifie que, contrairement aux entreprises de la tech qui ont fait fortune grâce au logiciel et à la dématérialisation de leur valeur ajoutée, OpenAI est un industriel énergivore au même titre qu’un aciériste, une raffinerie, ou un chimiste. Son produit n’est pas de l’intelligence immatérielle : c’est de l’énergie transformée.
Cette année, la startup prévoit en outre de perdre 14 Mds$, soit plus de 38 M$ par jour. Et elle continue de compter sur une promesse d’investissement de Nvidia de 100 Mds$ pour l’aider à construire ses centres de données. Autant d’éléments qui ne plaident pas en faveur d’une bonne santé financière.
Anthropic, l’IPO qui consacrera la bulle de l’IA ?
La débauche de moyens mis en œuvre par le premier de la classe ne décourage pas la concurrence. Anthropic, créateur de l’IA Claude, a déjà obtenu les faveurs d’Amazon et de Google qui lui ont versé chacun plusieurs milliards de dollars.
Bien que moins connue qu’OpenAI en Europe, la startup voit sa cote de popularité exploser outre-Atlantique. Fin janvier, le Financial Times a révélé que Sequoia Capital participerait à une levée de fonds d’Anthropic qui valoriserait la startup plus de 350 Mds$.
Le symbole est fort. Non seulement cet acteur secondaire du secteur de l’IA se retrouve valorisé plus cher que LVMH, qu’Hermès, mais aussi deux fois plus qu’Airbus et près de trois fois plus que BNP Paribas ; mais il accueille en plus en son capital un acteur du private equity qui avait déjà investi dans OpenAI et xAI.
La dernière étape de cette course à l’argent frais ne vous étonnera pas. Après avoir bien profité des poches profondes des acteurs du non coté, Wall Street prévoit qu’Anthropic fera bientôt appel à l’épargne publique en intégrant à son tour le Nasdaq dans le courant de l’année.
Valorisations au sommet d’entreprises non rentables, grosses mains qui saupoudrent leurs participations pour être sures de gagner même en cas de concentration du marché, et appel à l’argent des particuliers… tous les éléments d’une bulle prête à éclater sont réunis.
Mais c’est généralement lorsque la fête bat son plein et que rien ne semble plus pouvoir l’arrêter que l’ambiance change brusquement.
SpaceX : la Bourse avant Mars ?
La planète Mars ne sera à la portée de SpaceX que lorsque son vaisseau ultra lourd Starship sera fonctionnel. Mais la Bourse devrait lui dérouler le tapis rouge dès 2026, tant sa supériorité technologique est indiscutable.
Les fusées réutilisables de la firme d’Elon Musk ridiculisent la concurrence tant en termes de coût, de fiabilité, que de fréquence de lancements. Alors que l’Europe a péniblement réalisé 4 tirs d’Ariane 6 l’an passé (et prévoit de lancer au mieux 8 fusées en 2026), SpaceX a envoyé dans l’espace 13 fusées tous les mois, ce qui donne 165 lancements (en majorité réussis) dans l’année.
Avec sa constellation Starlink, SpaceX est également devenue un fournisseur d’accès Internet de premier plan. Son service s’avère incontournable pour accéder au réseau loin de toute infrastructure, et a même changé la donne dans les zones de conflits en rendant toute destruction des antennes 4G et autres centres de données inutiles.
Les satellites Starlink sont désormais lancés à un rythme industriel. SpaceX maîtrise toute la chaîne de valeur, de la conception des satellites à leur exploitation commerciale, en passant par la fabrication des lanceurs qui les mettent en orbite.
La situation est unique dans l’histoire de la conquête spatiale.
Photo : SpaceX
La mission ultime de SpaceX, Elon Musk n’en démord pas, reste d’envoyer l’humanité sur Mars. Ceux qui espèrent qu’une introduction en Bourse rendra l’entreprise plus terre à terre en seront pour leur frais : la part du capital ouverte aux investisseurs externes et la structure des droits de vote laisseront très certainement au fantasque milliardaire un contrôle absolu sur l’orientation stratégique.
Attendre le moindre dividende ou toute forme de remaniement du modèle d’affaires pour rémunérer l’actionnariat serait donc un vœu pieux. Ceux qui investiront dans SpaceX ne devront pas le faire en espérant toucher les dividendes de l’avance technologique de la firme, mais pour financer les rêves de colonisation extra-planétaire d’Elon Musk.
Ils pourront toutefois se rassurer grâce au fait que, contrairement à OpenAI et Anthropic, SpaceX rend un service plébiscité par des clients solvables, voit ses coûts décroître avec l’augmentation de son activité, possède une solide avance technologique, et génère des bénéfices. La différence est de taille, et permet d’espérer que l’entreprise rémunèrera ses actionnaires à plus ou moins long terme.
Pour les entreprises de qualité, la patience paye toujours : les actionnaires d’Apple n’ont pas touché le moindre centime entre 1995 et 2012… ce qui n’a pas empêché la firme d’être l’une des plus belles aventures boursières depuis le passage à l’an 2000. L’excellence de SpaceX dans le spatial n’a rien à envier à celle d’Apple dans la micro-informatique, et le pari industriel n’est pas insensé malgré la personnalité clivante de son dirigeant.




Monsieur Henri,
Vous êtes avec Philippe Bechade les deux personnes que je suis le plus au travers des publications et vidéos Agora.
Soyez assez aimable de nous dire quand ces trois IPO sur IA aurons lieu.
Bien à vous
Alain L.