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Bitcoin & cryptomonnaies

Marchés de prédiction : des gains trop beaux pour être légaux ?

By 2 avril 2026No Comments

A la croisée de la finance, du renseignement et du jeu, certains utilisateurs des marchés de prédiction affichent une précision inédite, jusqu’à anticiper des frappes militaires. Qu’elles soient le lieu de prévisions quasi infaillibles ou de délits d’initiés présumés, ces plateformes bouleversent l’équilibre du pouvoir en rendant l’information incontrôlable… au point d’inquiéter Etats, armées et industries.

 

En juin 1959, un sous-marin de la marine américaine a lancé un missile de croisière guidé en direction d’une base navale en Floride. L’ogive nucléaire de ce missile avait été remplacée par deux conteneurs de la Poste contenant 3 000 lettres.

Après cet essai, le ministre des Postes Arthur Summerfield déclara que l’événement était « d’une importance historique pour les peuples du monde entier ».

Il dit : « avant que l’homme n’atteigne la lune, le courrier sera livré en quelques heures de New York à la Californie, vers la Grande-Bretagne, l’Inde ou l’Australie par missiles guidés ».

Il pensait que les missiles guidés remplaceraient ou complèteraient le courrier aérien, et qu’ils assureraient la livraison de lettres et de colis physiques par fusée, à travers les pays et les continents.

Supersoniques. Sans pilotes. Ciblant les alentours des bureaux de poste.

Bien sûr, il avait tort.

Cela ne s’est jamais reproduit.

1959 fut la première et la dernière livraison de courrier par missile.

Pour des raisons évidentes, l’idée d’envoyer du courrier physique via des missiles est absurdement stupide. Mais Summerfield avait compris une chose : celui qui contrôle le mécanisme de diffusion contrôle l’information.

Longtemps après ces déclarations, l’information a fini par trouver un moyen de circuler plus vite – via un réseau qui n’appartient à personne (Internet). Et aujourd’hui, l’Etat fait face à un nouveau problème : parfois, l’information devance les missiles…

 

Un marché qui en sait trop

Bienvenue dans l’ère des marchés de prédiction [ces systèmes en ligne où des personnes misent de l’argent sur la probabilité qu’un événement se produise ; NDLR].

Dans ces marchés, par une coïncidence qui n’en est pas une, les prévisions les plus précises de l’Histoire côtoient peut-être le délit d’initié le plus lourd de conséquences jamais observé. Et pendant ce temps, le gouvernement tarde à décider s’il faut les fermer ou pas.

Pour moi, les marchés de prédiction ne fermeront probablement pas, et ce, malgré tout ce qu’on leur reproche.

Et ce n’est pas du tout anodin.

Je m’explique.

 

Un taux de réussite incroyable de 93 % !

Un mystérieux trader a récemment gagné près d’un million de dollars en pariant sur des frappes militaires.

Pas après les frappes.

Avant.

Quelques heures avant que les forces américaines et israéliennes ne frappent l’Iran en octobre 2024. Quelques heures avant les frappes aériennes sur des installations nucléaires iraniennes en juin 2025. Quelques heures avant l’attaque surprise qui a déclenché la guerre actuelle.

Taux de réussite sur des opérations militaires non annoncées : 93 %.

Autant dire que ce trader très bien inspiré avait probablement un accès direct à des informations classifiées.

Ensuite, des procureurs israéliens ont inculpé un réserviste de Tsahal et un civil pour avoir utilisé des renseignements militaires, afin de parier sur le moment de la frappe israélienne contre l’Iran. L’officier mis en cause aurait envoyé un message sur WhatsApp quelques minutes avant l’attaque, disant : « Ça commence. »

 

Quand l’Etat entre dans la danse

L’armée américaine a publié un rapport recommandant à ses analystes du renseignement d’utiliser les marchés de prédiction Polymarket et Kalshi pour détecter des menaces à la sécurité nationale.

La Réserve fédérale a publié une étude montrant que Kalshi a correctement prédit chaque décision de la Fed sur les taux d’intérêt depuis 2022.

Chacune d’elles.

La veille de l’annonce.

Ainsi, les marchés qui font fuiter des secrets militaires classifiés sont également utilisés par l’armée comme outils de renseignement.

Et les plateformes poursuivies pour pratiques illégales sont, selon la Fed, les outils de prévision les plus précis qui existent.

L’Etat est à la fois la source et le client de ces informations confidentielles.

 

Marchés de prédiction : l’éthique, toujours l’éthique

Outre-Atlantique, plus de 20 Etats ont intenté des poursuites contre ces plateformes. L’Arizona a engagé des poursuites pénales. Le Nevada a obtenu une décision de justice forçant Kalshi à retirer certains paris. L’Etat de Washington a déposé plainte vendredi dernier.

La raison officielle est « la protection du consommateur ».

Le gouverneur de l’Utah affirme que les marchés de prédiction « détruisent des familles ». Le procureur général de l’Etat de Washington dit qu’ils ciblent les étudiants.

Mais le problème, c’est que cette lutte contre les marchés de prédiction et leurs pratiques immorales est en réalité financée par… leurs concurrents directs : les géants du casino.

L’industrie des casinos du Nevada a déclaré devant les tribunaux que les marchés de prédiction représentent une « menace existentielle ».

Un groupe de lobbying pro-casinos appelé Gambling Is Not Investing a embauché Mick Mulvaney – ancien directeur du budget de Trump – pour combattre les marchés de prédiction à Washington.

Voilà votre mouvement de « protection des consommateurs » …

Ces procès n’ont rien à voir avec des considérations éthiques : ils portent avant tout sur des parts de marché !

Autre détail révélateur : les P-DG de Kalshi et de Polymarket sont des rivaux acharnés.

Ils co-investissent pourtant dans le même fonds de capital-risque de 35 M$, axé sur l’infrastructure des marchés de prédiction.

Le fonds est soutenu par Marc Andreessen et d’autres investisseurs majeurs.

Ces intervenants ne parient pas sur un acteur en particulier, mais sur la plomberie : les outils de données, la couche de conformité – en gros, l’infrastructure de marché qui survivra quelle que soit la décision des tribunaux.

Kalshi est désormais valorisée à 22 Mds$. Polymarket à 20 Mds$.

Comme l’industrie des cryptomonnaies avant elles, les deux entreprises ont décidé d’avancer malgré le vide juridique, convaincues que l’attente serait plus risquée que l’action.

Et toutes deux couvrent leurs paris.

 

Ce que j’en pense vraiment

Les marchés de prédiction ne vont pas disparaître.

Ils seront interdits dans certains Etats, autorisés dans d’autres, puis intégrés au système – comme beaucoup d’innovations financières décriées au premier abord.

Le problème du délit d’initié ne sera pas résolu par l’autorégulation des plateformes. Il le sera quand quelqu’un ira réellement en prison pour cela.

En attendant, les données produites par ces marchés sont réelles et utiles. Lorsque les initiés ne prennent pas de position avant les autres, les marchés de prédiction sont probablement l’outil de prévision le plus précis dont nous disposons.

Trop précis pour être ignoré.

Les règles du jeu s’écrivent en ce moment même. Dans les tribunaux. Au Sénat américain, avec six projets de loi concurrents et aucun accord.

Les casinos veulent leur mort, les Etats veulent les museler, l’armée veut les soutenir, le ministère de la Justice veut désigner un coupable…

Cela montre à quel point les marchés de prédiction ont de la valeur.

Chris Campbell

Chris Campbell est constamment à la recherche de moyens pour vous aider à vivre une vie plus libre, plus saine, plus riche et plus épanouissante. Ses recherches l'ont conduit dans plus de 30 pays. Il a été à la pointe du Bitcoin, du tourisme médical, de la décentralisation, des villes autonomes, de la biotechnologie et de bien d'autres choses encore. Chris est l’analyste principal du service Cryptos Incubator de James Altucher, dans lequel il aide les abonnés à naviguer dans l’univers des cryptomonnaies. Vous pourrez également retrouver ses analyses dans la lettre Les Investissements d’Altucher.

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