Présentés depuis un an comme un risque majeur pour l’économie mondiale, les droits de douane imposés par Donald Trump auraient en réalité un impact limité, selon notre correspondant américain Enrique Abeyta. Il vous propose une analyse chiffrée d’un débat qu’il juge largement exagéré.
par Enrique Abeyta
La Cour suprême des Etats-Unis s’est enfin prononcée sur la politique tarifaire de Trump.
Vendredi 20 février, la Cour a rejeté les droits de douane généralisés que Trump avait imposés dans une série de décrets l’année dernière.
Cette décision a immédiatement donné lieu à des centaines de titres sensationnels, comme celui ci-dessous.
« A retenir : la Cour suprême s’oppose à Donald Trump sur les droits de douane d’urgence »
Source : cnn.com
Les médias traditionnels l’ont présentée comme la décision la plus importante du siècle.
Selon eux, les droits de douane imposés par Trump constituaient non seulement un abus de pouvoir, mais aussi une menace pour les Etats-Unis.
Et si la Cour ne les avait pas rejetés, ces droits de douane auraient pu plonger l’économie américaine dans une dépression totale, comme dans les années 1930.
Je ne me prononcerai pas sur le premier sujet. Mais je dis depuis longtemps que le second point est une absurdité.
Alors que les droits de douane font à nouveau la Une des journaux et que Trump redouble d’efforts dans son programme commercial, je voudrais donner mon point de vue sur la question.
Droits de douane : qu’avons-nous appris depuis la dernière fois ?
J’ai toujours dit que l’approche de Trump en matière de droits de douane était mal comprise. Voici ce que j’ai écrit à cette époque l’année dernière, lorsqu’il a commencé à évoquer cette idée :
« Les médias se trompent complètement sur la guerre commerciale de Trump. »
L’un des aspects les plus déconcertants de cette nouvelle administration et de la réaction des médias est leur surprise lorsque Trump fait ce qu’il a dit qu’il ferait.
Le week-end dernier, les médias ont largement couvert la menace de droits de douane sur les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, à savoir le Canada, le Mexique et la Chine.
J’ai délibérément utilisé le terme « menace » car, à maintes reprises, Trump a agi de manière très prévisible.
Il fait des déclarations fracassantes sur les changements radicaux qu’il va apporter sur le plan politique ou économique.
Comme on pouvait s’y attendre, ses adversaires politiques, les médias (bonnet blanc et blanc bonnet ?) et les membres de son propre parti réagissent rapidement en prédisant une apocalypse imminente s’il met à exécution ce qu’il vient d’annoncer.
Mais à chaque fois, il utilise ensuite la « menace » de ses grands changements pour obtenir une sorte de contrepartie en échange d’un assouplissement de sa position.
Je ne jugerai pas de la valeur réelle de ce qu’il gagne dans cette situation, car je ne suis pas sûr qu’il s’en soucie beaucoup – mais il obtient simplement QUELQUE CHOSE.
Ensuite, tous ceux qui ont protesté se retrouvent perplexes lorsqu’il s’avère qu’il n’y a finalement pas eu de catastrophe… et que la situation est peut-être même meilleure qu’avant.
C’est ce qui s’est passé lors de son premier mandat. Et maintenant qu’il en sait beaucoup plus sur la politique et qu’il n’a plus à se soucier de sa réélection, cela se produit dix fois plus dans ce mandat.
Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé.
Jetez un œil au graphique ci-dessous, qui montre le taux moyen des droits de douane américains depuis 1900.

Source : Economics Help
Avant la décision de la Cour suprême, nous étions soumis à des taux tarifaires qui n’avaient plus été observés depuis les années 1930. C’est la mauvaise nouvelle, si l’on peut dire.
La bonne nouvelle, dont personne ne parle, c’est que cela n’a objectivement pas un impact si important sur l’économie.
En 2024, les Etats-Unis ont importé environ 4 100 Mds$ de biens et de services, soit environ 13 % du PIB.
Le nouveau taux tarifaire effectif est d’environ 17 %. Cela signifie donc un impact d’environ 700 Mds$ en droits de douane, soit environ 2,4 % du PIB.
Ce n’est pas négligeable. Mais selon la plupart des économistes, cet impact serait ponctuel. Et quand on fait le calcul, l’impact réel est bien moindre.
Au cours du second semestre 2025, le gouvernement américain a perçu 151 Mds$ de droits de douane. Ce chiffre est à comparer aux quelque 40 Mds$ perçus au cours du second semestre 2024.
Cela signifie que l’impact net total des droits de douane a été plus proche de 200 Mds$ à 250 Mds$, et non de 700 Mds$. Cela représente moins de 1 % du PIB.
Pour mettre les choses en perspective, comparez ce chiffre aux plus de 700 Mds$ dépensés en investissements par les principaux hyperscalers [NDLR : géants du numérique] en 2026.
Malgré toute l’angoisse suscitée par les droits de douane de Trump, la réalité est qu’ils n’ont pas beaucoup d’importance. Un impact ponctuel de moins de 1 % n’est vraiment pas si important.
Deuxième couplet, identique au premier
L’administration Trump va désormais devoir revoir ces droits de douane après cette décision. Elle estime qu’elle devrait pouvoir imposer des taux similaires.
Cette incertitude quant à l’avenir des droits de douane a été exploitée à des milliers de reprises ces derniers jours par les médias grand publics pour générer des clics sur leurs sites.
Est-ce important ? Pas du tout.
Regardez ce graphique du S&P 500 depuis le début de l’année 2025.
Evolution de l’indice S&P 500 depuis janvier 2025
Source : Bloomberg
Le marché boursier s’est effondré en avril dernier lorsque Trump a annoncé ses premiers droits de douane.
Si ces taux, qui étaient plus proches d’un taux effectif moyen de 40 %, avaient été appliqués, ils auraient eu un impact considérable sur l’économie américaine.
Au lieu de 2,5 % du PIB, il aurait été plus proche de 10 %.
Ce résultat aurait eu un impact négatif sur les actions, et c’est ce que le marché boursier avait anticipé comme résultat potentiel.
Encore une fois, je n’ai jamais pensé que le taux de droits de douane initial était l’objectif final. Il s’agissait simplement d’une tactique de négociation.
Le résultat réel a été beaucoup moins spectaculaire et a eu beaucoup moins d’impact sur l’économie et les marchés.
Maintenant que nous disposons d’une année d’informations sur Trump et ses droits de douane, je suis encore plus confiant dans ma conclusion initiale…
Ignorez le bruit et concentrez-vous sur les fondamentaux.
Enrique Abeyta




Trump ,n’est sans aucun doute pas l’imbécile caractériel que beaucoup de médias français nous présentent. D’ailleurs s’il était un incapable il ne serait pas devenu riche AVANT d’arriver au pouvoir. Toute sa politique démontre qu’il est un excellent pragmatique.