Robots, automatisation, emploi, productivité… pendant que les prophètes annoncent des licenciements massifs, la robotique pourrait surtout éliminer les tâches ingrates, faire baisser les coûts et créer de nouveaux métiers. L’apocalypse attendra.
Vous en avez probablement entendu parler.
[En 1865,] William Stanley Jevons s’inquiétait de voir la Grande-Bretagne épuiser ses réserves de charbon. Tout le monde affirmait que l’amélioration du rendement des machines permettrait d’en préserver les réserves. De meilleures machines à vapeur consommeraient moins de combustible.Jevons a affirmé qu’il se produirait tout le contraire. Et il avait raison. En rendant le charbon plus utile et plus rentable, la machine de James Watt a conduit la Grande-Bretagne à en consommer davantage.
Les gains d’efficience élargissent le marché. Ils ne le réduisent pas.
Et maintenant, parlons de ce que tout le monde oublie à propos de l’automatisation.
Les distributeurs de billets ont automatisé la fonction principale des agents de guichet dans les banques. Le nombre de guichetiers par agence bancaire a chuté de 20 à 13. Alors que tout le monde avait prédit un bain de sang pour les guichetiers, c’est tout le contraire qui s’est produit. Il est devenu moins coûteux d’ouvrir des agences bancaires.
Par conséquent, les banques en ont ouvert partout : leur nombre a progressé de plus de 40 %. Et donc, le nombre de postes de guichetiers a augmenté d’environ 10 %. Et les guichetiers qui restaient ont pu consacrer leurs journées à gérer des prêts immobiliers et des prêts aux PME au lieu de compter des billets.
Cela a duré 50 ans.
Et nous sommes sur le point d’observer un changement similaire avec les robots.
Cela chamboule tout ce que l’on nous a dit à propos d’eux.
Hollywood vous a menti sur les robots
Dans combien de temps serons-nous fichus ?
Voilà la seule question que tout le monde se pose à propos des robots. Tout le reste ne fait que tourner autour du pot.
Le problème est le suivant : la technologie la plus puissante de l’histoire de l’humanité débarque auréolée d’une image très menaçante. Dans les films, on nous a présenté les robots comme des machines qui deviennent malveillantes car, sinon, l’intrigue aurait été nulle.
On est tous d’accord – incontestablement – sur le fait que les robots remplaceront la force physique. Mais la force physique est une ressource. On peut l’engager, la former, la déplacer et en programmer davantage. Toutes les économies de la Terre ont un levier pour en obtenir davantage.
Mais quid des cerveaux en plus ? Il se situe là, le grand goulet d’étranglement.
Les grands acteurs de la vente au détail perdent des heures de productivité par employé et par jour. Et pas toujours parce que les gens sont paresseux, mais surtout parce qu’il est extrêmement difficile de prédire ce qui doit être prioritaire.
Le manager doit posséder des compétences surhumaines lui permettant de passer dans toutes les allées tout au long de la journée en ayant une mémoire absolue et une infinie patience.
Cela n’existe pas.
Mais les robots qui en sont capables le font déjà.
Cela ne se limite pas à la vente au détail.
En prenant du recul, toutes les entreprises de tous les secteurs suivent le même schéma : identifier ce qui se passe, l’analyser, décider, exécuter.
L’exécution étant la partie visible de tous, c’est celle que tout le monde gère.
L’identification, c’est la partie que personne n’a jamais pu s’offrir.
On ne peut pas prendre de bonnes décisions concernant un magasin, un champ, un entrepôt ou un service hospitalier, si l’on n’en voit que des fragments.
La réalité dépasse toujours la capacité d’attention d’un individu.
Alors que tout le monde est obsédé par des robots capables de s’adapter et d’exécuter, la véritable valeur ajoutée réside dans un robot capable d’inspecter un bâtiment pendant la nuit et de remettre au personnel une liste hiérarchisée dès le lendemain matin.
Le scénario des robots contrariens
En bref, la plupart des tâches qui méritent d’être automatisées ne correspondent probablement pas aux emplois que les gens exercent déjà.
Il s’agit plutôt de tâches pour lesquelles personne n’a jamais eu les moyens d’embaucher : trop répétitives, trop constantes ou trop coûteuses pour les confier à des salariés. Des emplois qui n’existent même pas encore aujourd’hui.
D’ici à 2030, les analystes anticipent que 100 000 robots gestionnaires de magasin seront déployés rien que dans les magasins d’alimentation.
D’ici à Noël prochain, plusieurs millions de personnes en verront probablement un dans un magasin.
Il est probable que peu d’emplois seront détruits en cours de route.
Et ensuite, le même scénario se répètera dans les entrepôts, la logistique, l’agriculture, la santé, l’hôtellerie.
Tous ces secteurs fonctionnent grâce à une personne qui prend des centaines de décisions par jour en disposant du dixième des informations qu’il faudrait pour prendre de bonnes décisions. Même les gens les plus expérimentés se fient à des suppositions.
Si l’on offre à ces personnes un tableau complet et synthétisé, l’infirmière gagne des heures, l’agronome peut faire son vrai métier et le mildiou peut être détecté immédiatement au lieu d’une semaine trop tard.
Malheureusement, c’est une intrigue trop barbante, pour Hollywood.
Mais en réalité, cela signifie un plus grand nombre de magasins, plus proches des lieux où les gens vivent, des produits alimentaires meilleur marché, de meilleurs emplois, l’enfant de quelqu’un qui décroche son premier job d’été et la mère de quelqu’un qui commence une nouvelle carrière.
Voilà à quoi ressemble l’abondance.
Personne ne perd sa dignité dans cette affaire.
C’est la facette contrarienne du trade sur les robots.
Et c’est celle que je suis.
A bientôt !

