Quand les marchés corrigent, les rendements des dividendes deviennent plus généreux… mais on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Si le printemps est souvent propice aux stratégies de portage, encore faut-il identifier les bons catalyseurs et les vrais risques. Illustration concrète avec deux dossiers au rendement élevé mais sous pression.
Alors que l’hiver tirera sa révérence en fin de semaine, l’arrivée du printemps rime souvent, pour moi, avec dividendes. L’idée n’est pas d’investir dans une logique de long terme en mode « buy and hold » – cela n’a d’ailleurs jamais vraiment correspondu à mon profil – mais plutôt d’adopter une approche opportuniste, sur un horizon plus court. Mon objectif consiste à acheter en amont, généralement au début du printemps (ou suffisamment tôt avant la date de détachement du dividende), puis à revendre en fin de printemps ou au début de l’été, afin de coller à l’adage boursier bien connu : « sell in May and go away ».
Statistiquement, cette stratégie offre des gains encore plus importants après une phase de correction. On l’a vu en 2022 avec le déclenchement de la guerre en Ukraine ou plus récemment, en avril dernier, après les annonces de tarifs douaniers de Donald Trump. D’ailleurs, le point commun de ces phases de stress de marché réside dans l’augmentation de l’asymétrie favorable du risque. Et pour cause : cours et rendement évoluent en sens inverse. Autrement dit, plus le cours d’une action baisse, plus le rendement de son dividende, exprimé en pourcentage, augmente. Pour la saison des dividendes 2026 qui s’ouvre, les tensions géopolitiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz font office de catalyseur tout trouvé. La rechute du CAC 40 depuis la fin février en est d’ailleurs une illustration tangible.
Dans ce contexte, je perçois à nouveau des opportunités d’achat à bon compte sur la thématique du dividende. Peut-être ai-je toutefois mis la charrue avant les bœufs la semaine dernière, en l’occurrence sur Wendel.
Dividendes : un « mauvais » stop sur Wendel
J’ai en effet sans doute été un peu trop prompt en achetant le titre en début de semaine dernière. La rechute rapide de l’action sous les 80 € dès la fin de semaine m’a coûté un stop (cf. croix rouge ci-dessous).
Evolution du cours de l’action Wendel depuis juillet 2025.
Source : ProRealTime
Rien de dramatique en soi – la moins-value se situe entre -5 % et -6 % sur l’opération – mais cet épisode rappelle que certains critères ne doivent pas être négligés.
La holding cochait plusieurs cases positives dans mes screeners. En termes de valorisation d’abord : même si l’ANR (Actif Net Réévalué) s’est inscrit en baisse l’an dernier par rapport à 2024, il représentait encore plus du double de la capitalisation boursière du titre en début de mois. Certes, une décote structurelle s’applique historiquement aux holdings – on retrouve le même schéma dans la sphère Bolloré, par exemple, Bolloré qui publie d’ailleurs ses résultats 2025 ce soir après Bourse – mais tout de même.
Autre élément favorable selon mes critères : la mise en place, depuis fin février, d’un programme de rachat d’actions portant sur 9 % du capital. Enfin, le groupe proposera un dividende de 5,10 € au titre de l’exercice 2025, soit un rendement d’environ 6 % sur les cours au moment de mon achat. Un niveau qui me paraissait suffisamment attractif au regard du risque assumé.
C’est précisément ce risque que j’ai peut-être mal évalué, et plus particulièrement celui lié au crédit privé. J’avais évoqué ce point dans mon précédent article. Or, Wendel n’a cessé d’accroître son exposition à ce segment depuis 2023, notamment avec l’acquisition de l’acteur américain Monroe Capital. Dans un contexte où le risque lié au crédit privé se retrouve clairement dans l’œil du cyclone – comme l’expliquait très justement Frédéric Rosier de Mirabaud France dans cette vidéo – la raison du sell-off observé prend alors tout son sens.
Wendel n’est toutefois pas un cas isolé parmi les sociétés d’investissement. On retrouve une configuration similaire chez Eurazeo. Le coupon attendu, proche de 3 €, fait ressortir un rendement d’environ 8 % sur un titre qui évolue actuellement sous les 40 €. Insuffisamment attractif ? C’est en tout cas le message que le marché semble envoyer, en lien avec les risques pesant sur la croissance future, notamment l’éventualité d’un choc disruptif lié à l’IA dans les ESN – un segment sur lequel Eurazeo est fortement exposé.
Evolution du cours de l’action Eurazeo depuis octobre 2025.
Source : ProRealTime
Pour l’heure, je continuerai de surveiller ces deux dossiers au cours du printemps pour leur coupon, mais j’attendrai que la poussière retombe sur le front du crédit privé avant d’envisager un retour à l’achat. Dans l’immédiat, cet épisode souligne une nouvelle fois l’importance de l’utilisation des stop loss… et surtout, de s’y tenir – d’autant que Wendel poursuit sa glissade depuis hier sous les 75 €.



