Le 4 juillet dernier, un événement inattendu a secoué la blockchain : 80 000 BTC issus de portefeuilles inactifs depuis plus de dix ans ont été déplacés. Une opération mystérieuse qui relance les spéculations autour de l’identité du créateur du Bitcoin, et de son retour sur le marché…
Le 4 juillet, alors que les politiciens [américains] célébraient la liberté en inventant de nouvelles façons de la limiter… quelque chose de très ancien s’est réveillé, au fin fond de la blockchain du Bitcoin : 80 000 bitcoins ont disparu de 8 portefeuilles qui n’avaient pas bougé depuis 14 ans.
Sans crier gare, sans fanfare ni trompette… la bagatelle de 8,6 Mds$ s’est volatilisée.
L’univers des cryptomonnaies s’est embrasé. Beaucoup de gens se sont demandé : Est-ce que Satoshi (le créateur du Bitcoin) est de retour ?
Avant d’examiner ce que cela signifie pour le Bitcoin, revenons sur l’Histoire de la reine des cryptomonnaies.
Satoshi, le retour ?
Si vous venez de vous abonner, on va faire un petit récapitulatif.
Personne ne sait qui a créé le Bitcoin. On sait simplement que le concerné se fait appeler « Satoshi Nakamoto ». C’est peut-être une personne, un collectif, une IA du futur qui tourne sur un ThinkPad enfoui dans une grotte en Islande.
En tout cas, qui que ce soit, il a miné plus d’un million de BTC, au tout début, avant de disparaître. Aucune interview. Aucun selfie. Aucune conférence TED.
Envolé.
Et ces jetons ? Ils n’ont jamais bougé. Jamais. Ils sont restés là, comme un pistolet chargé, déposés sur la table basse d’Internet.
MAIS…
Interlude important pour briser le mythe
Contrairement à la croyance populaire, les jetons de Satoshi ne sont pas dans un gigantesque portefeuille mais dispersés sur des milliers d’adresses, par tranches de 50 BTC (car c’est ainsi que le minage fonctionnait aux premiers temps du Bitcoin).
Satoshi a miné à peu près 20 000 blocs pour 50 BTC chacun. Il n’a jamais réutilisé les adresses, jamais dépensé un seul jeton. La célèbre réserve de Satoshi est un tombeau numérique contenant un trésor intact.
Or, bien qu’ils soient anciens, les 8 portefeuilles du 4 juillet ne proviennent pas de là.
Alors pourquoi les gens ont-ils pensé que cela venait de Satoshi ? Parce qu’il s’agissait de bitcoins datant de l’ère Satoshi, restés intacts depuis que le mystérieux créateur du Bitcoin avait disparu des forums.
Ce type de jetons n’est pas censé bouger, à moins que quelque chose d’énorme ne se produise.
Le truc le plus bizarre
Avant le déplacement de ces 80 000 jetons, quelque chose de bizarre s’est produit : les portefeuilles ont reçu un message.
La plupart des gens l’ignorent, mais… le Bitcoin possède une fonctionnalité appelée OP_RETURN qui vous permet d’écrire un court message directement sur la blockchain, comme un graffiti dans un registre.
Or, quelqu’un s’en est servi pour envoyer de minuscules « dust transactions » [NDLR : envois de très petites quantités de Bitcoin, souvent de l’ordre de quelques satoshis] à ces vieux portefeuilles, en laissant des messages du genre :
« LEGAL NOTICE : We have taken possession of this wallet ».
(« MENTION LEGALE : Nous avons pris possession de ce portefeuille »).
Et « If it’s not abandoned, prove it with a signed transaction by Sept 30« .
(« S’il n’a pas été abandonné, prouvez-le avec une transaction signée d’ici le 30 septembre »).
Le message était relié à un site « Salomonbros.com » revendiquant une « constructive possession » (« détention légale », en quelque sorte).
En résumé, le message était le suivant : Prouvez que ces bitcoins sont à vous ou bien vous les perdrez.
Quel que soit le détenteur des clés, il a apparemment reçu le message et déplacé les jetons : 80 000 BTC.
Mais ce n’était pas un piratage. C’était du bluff. Un coup psychologique. Alors pourquoi procéder ainsi ?
Théorie N°1 : la chasse aux baleines (les « whales », grands détendeurs de cryptomonnaies)
C’est la même tactique que ces impostures par SMS : « Hé Ruth, tu songes toujours à cette affaire ? ».
L’expéditeur sait probablement que vous ne vous appelez pas Ruth. Il veut juste savoir (1) si le numéro est actif, (2) si vous êtes assez naïf pour réagir et (3) si vous avez tendance à paniquer : il veut savoir s’il peut exploiter cela dès maintenant, ou plus tard.
Et dans le cas que nous examinons, c’est la même chose.
Théorie N°2 : un test du gouvernement
Ce n’était peut-être pas du tout une arnaque, mais un acte discret du gouvernement : sonder la chaîne pour voir ce qui bouge. Et quelque chose a bougé.
Théorie N°3 : je me trompe. Le site Salomon Bros est un site fiable
Je ne me trompe pas. Salomon Bros est bien une arnaque.
Suivre les jetons
Les analystes de la blockchain ont pisté ces BTC.
Ils ne sont pas allés sur des « plateformes de mixage de transactions suspectes » (qui masquent ce que vous faites), ni sur des plateformes d’échange décentralisées douteuses dans la jungle des cryptomonnaies, mais sur Galaxy Digital, une plateforme de trading de gré à gré de qualité institutionnelle.
C’est le type d’endroit où vont les milliardaires quand ils veulent se débarrasser de milliards sans faire sombrer les cours.
Or, à ce jour :
- Galaxy a pris 40 000 BTC, et les a peut-être déjà vendus.
- Binance et Bybit détiennent 6 000 BTC.
- Le reste n’a pas bougé.
Ce n’est pas une vente sous l’emprise de la panique mais une démarche professionnelle.
Et si c’était bien Satoshi ?
Ce n’est pas Satoshi qui a déplacé ces jetons, mais…
Exposons les faits.
Si le moindre jeton du trésor identifié comme celui de Satoshi Nakamoto bougeait, cela déclencherait probablement une panique.
Ce serait un véritable cataclysme médiatique, avec des points d’exclamation comme vous n’en avez jamais vu de votre vie :
« Satoshi vend !!! La confiance vis-à-vis du Bitcoin s’effondre !!! »
« Le Dieu du Bitcoin vient de parler !!! Les traders pètent un plomb !!! »
« Satoshi vient de faire tomber Internet !!! (Et le marché) !!! »
« TOUT CE QUE VOUS SAVIEZ A PROPOS DU BITCOIN ETAIT UN MENSONGE !!! »
Panique. Ventes. Tweets redirigés.
Et au bout du compte ? Une reprise.
Pourquoi le Bitcoin en sortirait-il renforcé ?
Ironiquement, le plus grand test, pour le Bitcoin, ce n’est pas la réglementation ou un effondrement de marché, ni même l’informatique quantique.
Le véritable et ultime patron du Bitcoin, c’est celui qui y a cru en premier.
Tous les discours entourant le Bitcoin – ce qui lui confère sa force d’attraction culturelle – c’est qu’il a été créé… puis abandonné.
L’absence de Satoshi a conféré au Bitcoin quelque chose qu’aucun altcoin, aucune banque centrale, aucune startup de la Silicon Valley ne pourra jamais reproduire.
La pureté. L’immaculée conception.
Mais cette pureté a un prix. C’est également une épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête des fervents adeptes du Bitcoin.
Et si Satoshi revenait ?
Si le Bitcoin est capable de survivre au fait que Satoshi vende – même un seul petit bitcoin – cela prouve que le système fonctionne même si le mythe est brisé.
Alors, non, ce n’était probablement pas lui.
Mais si jamais c’était lui ? J’espère qu’il les encaissera.
Car qu’est-ce qui est plus fort qu’une légende ? Ce qui lui survit.
Et moi, personnellement, j’achèterai sur les replis.


Je préfère la relique barbare: stable et venant de la nature.