Parier sur la baisse d’une action peut sembler séduisant, surtout quand certains fonds déclenchent des chutes spectaculaires. Mais la vente à découvert n’est pas un jeu sans conséquences : mal maîtrisée, elle peut anéantir un portefeuille. Avant d’y toucher, mieux vaut comprendre précisément le mécanisme… et les risques illimités qu’il implique.
Dans mon dernier article, j’évoquais le sujet de la vente à découvert, en lien avec le terreau qui a conduit au short squeeze que nous avons ensuite connu. Soit dit en passant, ce phénomène de rachat de positions vendeuses n’est pas propre aux marchés anglo-saxons : il a par exemple touché l’action Vusion en milieu de semaine dernière.
De notre côté, nous avions d’ailleurs allié la parole aux actes avec une application pratique et concrète sur la valeur, achetée mercredi dernier pour être précis… la veille de son envolée (cf. encadré jaune sur mon screenshot de l’alerte ci‑dessous).
Alerte Agora Bourse Pro du 22/04/2026
Source : Publications Agora
Comme vous m’avez demandé d’être plus explicite sur le process, je reviens aujourd’hui sur ce concept de vente à découvert.
Le principe de la vente à découvert
En pratique, vendre à découvert une action consiste à parier sur la baisse de son cours. Concrètement, on emprunte d’abord les actions (auprès de son courtier ou d’un investisseur qui en est détenteur), puis on les revend immédiatement sur le marché, en espérant que le cours recule par la suite. Si nous avons raison et que le titre baisse dans les jours ou semaines qui suivent, nous pouvons alors racheter ces mêmes actions – mais moins cher – avant de les restituer à l’intermédiaire financier qui nous les avait prêtées, et empocher ainsi la différence.
Vous pouvez décider de prendre des positions en vente à découvert par vous‑même ou en suivant de plus gros acteurs. Pour vous informer, il existe des sites permettant de suivre l’évolution des positions vendeuses importantes, comme celui de l’AMF ou encore celui‑ci. Vous y trouverez des listes d’actions telles qu’Ubisoft, Vallourec ou Teleperformance (valeur que je surveille d’ailleurs pour le rendement de son dividende fin mai, alors que sa publication trimestrielle sera à suivre ce mardi soir après‑Bourse).
Vous pouvez également tenter de suivre – ou de répliquer – les mouvements de certains fonds ou investisseurs célèbres, comme Muddy Waters (qui s’était fait connaître en France avec son attaque contre Casino et Jean‑Charles Naouri) ou encore Michael Burry, qui avait anticipé le retournement du marché lors de la crise des subprimes.
Vente à découvert : les risques
Attention toutefois à ne pas suivre aveuglément ce type d’acteurs, pour deux raisons.
D’une part, lorsqu’ils communiquent publiquement leurs avis, ils sont déjà positionnés à la baisse. Conscients de leur impact sur le marché – l’action chute souvent à l’annonce – ils se retrouvent mécaniquement en plus‑value latente, dans un phénomène presque auto‑réalisateur à court terme. Ce fut par exemple le cas en 2024 avec Muddy Waters, qui avait alors fait trébucher Eurofins Scientific (cf. ellipse orange ci‑dessous).
Évolution du cours de l’action Eurofins Scientific depuis janvier 2024
Source : ProRealTime
Plus récemment, nous avons eu un autre exemple mi‑mars 2026, après le communiqué d’un fonds spéculatif : Grizzly Research (Grizzly en référence au « bear », l’ours, symbole d’un marché baissier, par opposition au « bull », le taureau, symbole de la hausse). Petite question au passage : savez‑vous pourquoi l’ours et le taureau sont utilisés pour représenter les tendances de marché ? Cela vient du sens de leurs attaques : l’ours griffe vers le bas, tandis que le taureau projette ses cornes vers le haut.
Mais revenons à notre ours et à ce fameux fonds – Grizzly Research – qui a communiqué sur sa position vendeuse sur Accor.
Personnellement, je ne le connaissais pas auparavant. Et en plein conflit ouvert au Moyen‑Orient, difficile de trouver meilleure cible qu’un géant hôtelier international. En termes de timing, Accor n’est d’ailleurs pas allé plus bas que ce fameux 19 mars, jour de la publication (cf. ellipse orange + flèche rouge sur le graphique journalier).
Évolution du cours de l’action Accor depuis janvier 2026
Source : ProRealTime
Je me trompe peut‑être, et je suis probablement mauvaise langue, mais je pense surtout que le fonds était déjà vendeur et qu’il a profité du sell‑off qu’il a lui‑même déclenché pour commencer à se racheter…
Autre bonne pratique à retenir : si vous faites de la vente à découvert, placez systématiquement des stops – c’est‑à‑dire des ordres de rachat stop, puisque vous êtes vendeur. Contrairement à l’achat classique d’une action où, même dans le pire des cas, votre perte est limitée à 100 % (si l’action tombe à zéro), en position vendeuse, votre perte potentielle est illimitée.
Si vous vendez à découvert une action cotant 10 € et que vous avez tort, rien n’empêche qu’elle double (+100 %), triple (+200 %) ou davantage. Sans coupe‑circuit préalable (stop‑loss), c’est le meilleur moyen de voir votre compte de Bourse se désintégrer…
Vous avez sinon la possibilité de passer par des produits de Bourse (comme les turbos), qui présentent l’avantage d’avoir un risque maximal connu : la perte de la prime.





peut etre mieux comprehensible avec des exemples non?