La mécanique de l’IA ne repose pas seulement sur des processeurs et des data centers : elle dépend aussi d’un marché du crédit devenu plus exigeant. Broadcom rejoint désormais Oracle et SpaceX dans la liste des hyperscalers qui inquiètent. Entre rendements obligataires en hausse, montages hors bilan et prudence accrue des institutionnels, les investisseurs découvrent que la révolution IA a aussi un talon d’Achille financier.
Comme je l’évoquais mardi, l’évolution du marché obligataire américain va constituer l’un – sinon le – principal point de vigilance des opérateurs en cette rentrée. À la veille de l’allocution de Kevin Warsh à Jackson Hole, plusieurs voix reconnues ont d’ailleurs réagi aux propos tenus la semaine dernière par Scott Bessent. Des institutionnels de premier plan, comme JP Morgan vendredi, ou encore Citadel Securities, ont exprimé leurs réserves, ce dernier soulignant notamment son scepticisme quant à la pérennité des mesures évoquées par le secrétaire au Trésor (cf. screenshot ci‑dessous).
Source : X / Walter Bloomberg
Même son de cloche du côté de Stanley Druckenmiller, ancien mentor de Scott Bessent.
Un second foyer de tension : le risque de contrepartie
Le deuxième point d’achoppement de cette fin d’été est indirectement lié au marché obligataire. Il concerne le risque de contrepartie au niveau microéconomique. C’est désormais Broadcom qui rejoint la liste des sociétés à « surveiller de près », aux côtés de SpaceX ou Oracle. En cause : la hausse de ses CDS (Credit Default Swaps).
Ces instruments permettent de se couvrir contre le risque de défaut d’un émetteur. Lorsqu’un hyperscaler (un géant du cloud capable d’ajouter ou de retirer des milliers de serveurs en un clin d’œil pour répondre à la demande) présente un endettement faible au regard de sa taille – comme Alphabet ou Microsoft – le marché reste serein. Mais lorsque les ratios sont moins favorables, les opérateurs deviennent plus attentifs.
Risque de crédit : Oracle avait ouvert la voie
Au printemps, Oracle avait été le premier à ouvrir la boîte de Pandore en raison du poids de son endettement, ce qui avait rapidement mis le titre sous pression en juin (cf. ellipse orange ci‑dessous).
Évolution du cours de l’action Oracle depuis avril 2025
Source : ProRealTime
Récemment, les inquiétudes se sont déplacées vers un autre acteur clé de l’IA : Broadcom, dont le titre a été chahuté une bonne partie du mois d’août (cf. rectangle bleuté ci‑dessous).
Évolution du cours de l’action Broadcom depuis décembre 2025
Source : ProRealTime
Des signaux de tension visibles dans les marchés de crédit
Symbole de ce regain de prudence :
- le rendement des obligations Broadcom 2031 a progressé de 15 points ce mois‑ci, pour atteindre 5,15 % ;
- tandis que le prix des CDS de même échéance s’est tendu de 28 points de base.
Parallèlement, le lien avec le marché obligataire souverain reste central : plus le taux sans risque (ici celui de la dette américaine) demeure élevé, plus le coût relatif du crédit augmente pour l’ensemble du marché obligataire. À titre d’illustration, le rendement du 5 ans US n’a quasiment pas bougé ce mois‑ci.
Évolution du rendement de l’obligation américaine à 5 ans depuis avril 2026
Source : Investing
Le sujet sensible du hors‑bilan
Selon Bloomberg, Broadcom discuterait d’un investissement massif pouvant atteindre 100 Mds$ pour financer les infrastructures de calcul d’Anthropic. Ce qui fait tiquer le marché, c’est la notion de hors‑bilan, avec la création d’un SPV – un véhicule d’investissement qui n’apparaît pas nécessairement au bilan comptable.
Ce point me semble crucial pour la suite. Je vous encourage vivement à lire la note de recherche disponible ici sur le hors‑bilan, d’autant que certains parallèles avec les montages actuels – notamment l’explosion des volumes sur les ETF adossés à des CLO – rappellent des schémas historiques qui ont mal tourné (référence à la titrisation de dette lors de la crise des subprimes).
Espérons que les projections d’Anthropic en matière de marché adressable se révèlent exactes : la société derrière l’intelligence artificielle Claude évoque un potentiel de 30 000 Mds$ de revenus.





