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La Bourse d’Athènes, meilleure opportunité d’Europe ?

By 7 avril 20262 Comments

Alors que les grandes places boursières occidentales restent chères malgré leur récent repli, la Bourse d’Athènes fait figure d’exception. Portée par une économie assainie et un reclassement imminent parmi les marchés développés, elle offre aujourd’hui des valorisations nettement plus attractives que le reste de l’Europe. Une opportunité… à condition de choisir les bons titres.

 

Malgré la récente baisse des indices, les actions occidentales restent historiquement chères. Leur valorisation exprimée en capitalisation boursière divisée par les bénéfices annuels dépasse les 26 aux Etats-Unis, 22 en Autriche, 19 en France, et 18 en Allemagne. Pour un investisseur qui se constituerait un panier d’actions représentant l’ensemble des valeurs locales, il faudrait patienter plusieurs décennies pour voir le montant de son investissement remboursé par les bénéfices générés.

Personne n’espérant attendre vingt à trente ans pour rentabiliser un investissement, ces multiples boursiers n’ont de sens que si les entreprises ont vocation à voir leurs bénéfices augmenter fortement dans les prochaines années : un scénario qui apparaît de moins en moins probable avec les effets en cascade sur l’économie mondiale de la guerre en Iran.

Pour les investisseurs souhaitant maintenir une exposition au marché actions, trouver des valeurs bon marché est pourtant crucial : les données prouvent que l’espérance de gain dépend fortement de la cherté des actions lors de l’achat. Plus les indices sont chers, moins l’investisseur peut atteindre de gains sur un horizon de dix ans (qui reste la durée conseillée de détention sur ce type d’actifs).

Aujourd’hui, le S&P 500, le Nasdaq 100 et même le CAC 40 ne peuvent pas être considérés comme bon marché. Leur baisse récente les a simplement fait passer de la catégorie « historiquement cher » à « cher », et elle ne reflète que partiellement le changement de situation économique de ces dernières semaines.

Dans ce contexte de raréfaction des bonnes affaires, il reste une Bourse européenne encore épargnée par la hausse démesurée des valorisations : Athènes.

 

Athènes : un retour en grâce après des années de crise

La place hellénique, encore marquée par les stigmates de la crise grecque, a été délaissée par les investisseurs pendant près de quinze ans. Aujourd’hui, l’indice national ne s’échange que sur la base de 12 fois les bénéfices annuels – un niveau qui n’a pas été vu en France depuis 2020, en plein cœur de la pandémie.

Après des années de mesures drastiques, l’économie locale est pourtant dans une dynamique favorable. Son PIB par habitant est en croissance quasi-ininterrompue depuis 2013. Le pays a assaini sa dette publique au rythme fulgurant de 45 points de PIB depuis la pandémie, la faisant passer de 221 % à 176 % du produit intérieur brut en quatre ans. Ses entreprises ont également retrouvé le chemin de la rentabilité, et la Bourse d’Athènes a vu sa capitalisation dépasser les 146 Mds€ en fin d’année 2025 – un niveau qui n’avait pas été atteint depuis la crise des subprimes.

 

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Evolution du PIB par habitant de la Grèce depuis 2000. Après la crise, l’économie a repris une trajectoire de croissance indéniable. Infographie : OWiD.

 

Signe de l’ampleur de la transformation, le gestionnaire d’indices MSCI a décidé la semaine dernière de faire passer l’économie grecque de la catégorie « marchés émergents » à la catégorie « marchés développés ». Treize ans après avoir déclassé le pays suite à la chute de 83 % de l’indice national, MSCI est prêt à le réintégrer dans le concert des pays développés dans les prochains mois.

Ce changement de classification va permettre à de nombreux investisseurs institutionnels de se positionner sur les valeurs d’Euronext Athens, qui ne seront alors plus considérées comme des valeurs émergentes.

En théorie, un alignement des valorisations avec les autres places de marché européennes conduirait à une hausse moyenne des valeurs de l’ordre de 30 % à 40 %. Mais en pratique, il est peu probable que l’ensemble des dossiers cotés à Athènes profitent de ce reclassement. Pire encore, certains titres pourraient paradoxalement souffrir de la sortie du statut de marché émergent.

Pour profiter du retour en grâce d’Athènes, un investissement indiciel risque d’avoir des performances décevantes, voire négatives. Le stock-picking sera une étape obligatoire.

 

Opportunité en or pour les uns, cadeau empoisonné pour les autres

La réintégration de l’économie grecque parmi les pays développés n’aura pas un effet bénéfique pour l’ensemble de ses entreprises.

Lorsque le pays était catégorisé comme économie émergente, la plupart de ses valeurs étaient considérées comme suffisamment importantes pour figurer dans l’indice MSCI Emerging Markets.

Cette visibilité leur assurait de profiter d’une partie des flux d’investissements qui se déversaient sur les marchés émergents. Mais une fois comparées aux valeurs occidentales, les entreprises grecques ne sont plus aussi impressionnantes. Selon les premières estimations, seules quelques valeurs du secteur bancaire local auraient la taille nécessaire pour figurer dans l’indice MSCI des pays développés.

Les autres, d’une capitalisation boursière trop faible, tomberaient dans les limbes. Grandes dans les économies émergentes mais trop petites dans les économies développées, elles ne seraient plus couvertes par les principaux indices internationaux de MSCI et ne profiteraient donc plus des flux colossaux se déversant dans la réplication indicielle.

Pour elles, la requalification sera synonyme de flux vendeurs du fait de la sortie de l’indice MSCI Emerging Markets, et d’absence de flux acheteurs équivalents. Du fait de cette double peine, les success stories de ces dernières années qui avaient propulsé la Bourse d’Athènes sur des niveaux inédits depuis plus de quinze ans risquent paradoxalement d’être les premières victimes de cette « bonne nouvelle ».

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Aktor, dont la valeur a été multipliée par 7,5 en cinq ans, fait partie des plus beaux parcours boursiers de la Bourse d’Athènes… mais aussi des valeurs les plus à risques dans les prochains mois. Source : yahoo!finance

 Jouer la réintégration de la Grèce dans le concert des pays développés nécessitera donc d’éviter d’investir de manière passive dans la Bourse d’Athènes, de choisir avec soin les valeurs suffisamment grandes pour figurer dans les grands indices, mais aussi suffisamment accessibles pour conserver un bon potentiel de hausse.

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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