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Guerre en Iran : qui seront les gagnants et les perdants ?

By 16 mars 2026No Comments

La guerre au Moyen‑Orient ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. En paralysant le détroit d’Ormuz et en faisant flamber les prix de l’énergie, le conflit en Iran commence déjà à produire des effets en cascade sur l’économie mondiale. Pour les investisseurs, l’équation se complique :  certains secteurs seront particulièrement exposés… quand d’autres pourraient tirer leur épingle du jeu.

 

Le conflit en Iran qui s’éternise va avoir des effets croissants sur le monde économique. A mesure que la guerre se prolonge, ses effets vont se diffuser bien au-delà du Moyen-Orient. Les investisseurs tricolores, s’ils sont fort heureusement à l’abri des effets les plus dramatiques d’un conflit armé, voient cependant leur épargne menacée. Certains secteurs ne sortiront pas indemnes d’une prolongation des hostilités, et d’une fermeture potentiellement longue du détroit d’Ormuz.

Alors que le conflit entre dans sa troisième semaine, il apparaît de plus en plus évident que la situation ne sera pas réglée en quelques jours – ni même en quelques semaines. Si le président américain a indiqué à ses alliés du G7 que l’Iran était « sur le point de se rendre » mercredi dernier, les jours qui ont suivi ont plus tenu de l’escalade que de l’armistice.

Dans ce contexte, alléger son exposition à certains secteurs peut permettre d’éviter d’essuyer de fortes pertes dans les prochains mois. A contrario, la guerre va très certainement faire des gagnants, dans l’armement comme dans le monde de l’énergie. Mais là encore, il conviendra de bien choisir ses véhicules d’investissement tant les idées qui semblent parfois évidentes peuvent devenir de véritables pièges.

 

Secteur n°1 menacé par la guerre en Iran : le transport aérien

La fermeture de l’espace aérien russe causait déjà de graves difficultés aux compagnies occidentales, notamment sur les routes reliant l’Europe à l’Asie. Les grands acteurs européens du secteur se sont ainsi retrouvés en situation de concurrence déloyale avec les compagnies asiatiques. Situées dans des pays entretenant de bonnes relations avec la Russie, elles ont pu continuer à voler en suivant les routes les plus directes et économiser ainsi jusqu’à 20 % de temps de vol sur ces trajets.

Dans un secteur où la marge apportée par un passager voyageant sur des milliers de kilomètres ne représente que quelques euros, et où les clients sont toujours à la recherche du meilleur prix, cette situation asymétrique a mis les compagnies européennes en grande difficulté.

En perdant la possibilité de survoler les zones les plus dangereuses du Moyen-Orient, elles doivent désormais rallonger encore leurs routes. Dans les premiers jours qui ont suivi l’attaque, elles ont dû en prime annuler des dizaines de vols, nécessitant de prendre en charge des milliers de passagers.

Le fait que les compagnies du Moyen-Orient soient elles aussi mises en difficulté ne suffit pas à soulager nos fleurons européens. Sur un mois, le groupe Lufthansa (FRA:LHA) cède plus de 16 % tandis qu’Air France-KLM (EPA:AFKL) voit sa capitalisation boursière baisser de plus de 17 %.

Et comme si la situation n’était pas assez difficile, les compagnies aériennes vont désormais devoir faire face à une explosion du coût du carburant. Si cet effet ne sera pas visible sur les comptes trimestriels, la plupart du carburant d’aviation étant acheté en avance grâce à des contrats à terme, c’est à la fin de l’exercice 2026 que la hausse des prix de cet hiver se fera sentir. La baisse pourrait donc être de longue durée.

 

Secteur n°2 : la production agricole

La fermeture du détroit d’Ormuz a arraché à la hausse le prix du baril de pétrole. Un cinquième des barils consommés chaque jour passant par le détroit où la circulation maritime est désormais interdite, le prix du brut s’est envolé sur les marchés, approchant les 120 $ lundi dernier.

Cette hausse a été abondamment commentée dans la presse et par les hommes politiques. Il est vrai que le pétrole reste la mère de toutes les énergies, et que les citoyens comprennent bien les effets de sa hausse à chaque fois qu’ils font le plein de leurs véhicules.

Dans le même temps, le prix du gaz naturel s’est envolé de manière encore plus impressionnante – mais dans l’indifférence générale. Le TTF hollandais, référence sur le Vieux continent, a ainsi vu sa valeur doubler entre le 27 février et le 3 mars.

Si la hausse s’est assagie depuis (il ne gagnait « que » 58 % vendredi), son prix a tout de même augmenté 1,5 fois plus rapidement que celui du WTI.

 

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Evolution comparée du prix du gaz naturel (TTF, en rouge) et du pétrole (WTI, en jaune) depuis le 27 février.
Infographie : TradingView

 Cette hausse du prix du gaz va conduire à une augmentation significative du prix des intrants agricoles, comme nous avons pu le constater il y a quatre ans de cela en Europe suite à l’invasion de l’Ukraine.

Notre agriculture intensive ne peut fonctionner sans l’utilisation d’engrais, qui nécessitent du gaz naturel, et les coûts de production risquent de s’envoler. Si les agriculteurs et industriels ne parviennent pas à répercuter cette hausse des coûts aux consommateurs, c’est toute la filière qui risque de se retrouver en difficulté.

 

Secteur n°3 : les énergéticiens mal positionnés

Le sort des énergéticiens est assez paradoxal. Tous ne profiteront pas de l’envolée des prix du brut, contrairement à ce que le sentiment de marché pouvait laisser penser au début du mois.

D’une part, les producteurs d’électricité risquent de se retrouver dans une position similaire à celle des producteurs d’engrais. Si la demande n’est pas suffisante pour faire s’envoler les prix de l’électricité, les producteurs qui disposent de centrales à gaz ou au fioul seront confrontés à une explosion des coûts d’approvisionnement sans pouvoir augmenter leurs facturations à volume constant. Pour eux, les conséquences seront dramatiques.

De même, tous les producteurs de gaz et de pétrole ne sont pas dans une situation enviable.

Le Qatar, qui produit plus de 200 milliards de mètres cube de gaz naturel, exportait la quasi-totalité de sa production par le détroit d’Ormuz. Cette voie n’étant plus navigable, le pays a été contraint de suspendre la production de l’unité de liquéfaction de gaz de Ras Laffan, la plus grande au monde. De même, la compagnie saoudienne Aramco (TADAWUL: 2222) que l’on pensait inébranlable fait les frais de la fermeture du détroit d’Ormuz. Si elle dispose bien de la possibilité de dérouter une partie de son pétrole par la Mer Rouge en passant par le méga-port de Yanbu, les chiffres qui circulaient la semaine passée faisaient état d’une augmentation des volumes de 1 mb/j. Une goutte d’eau à l’échelle des 7 mb/j exportés chaque jour par le détroit d’Ormuz jusqu’à la fin février, et qui explique que le titre ne se soit pas envolé comme celui d’autres pétroliers depuis quinze jours.

A contrario, le groupe Shell (LON: SHEL) qui a eu la chance de se désengager du GNL qatari pour se focaliser sur la production australienne et américaine ne sera pas contraint de diminuer ses volumes suite à la fermeture de la route maritime. Il profitera en revanche à plein de l’augmentation des prix de marché. Sa stratégie industrielle peu lisible, qui laissait les investisseurs dubitatifs depuis plusieurs mois, s’avère aujourd’hui un atout inattendu.

Son action, qui végétait depuis un an, s’octroie près de 18 % sur un mois.

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Evolution du cours de Bourse du pétrolier Shell sur un an.
Source : Google Finance

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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