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La guerre des « perps » : COIN contre HOOD

By 9 septembre 2026No Comments

Les contrats à terme perpétuels ne sont plus un simple phénomène crypto. Leur arrivée sur des indices comme le S&P 500 ouvre un marché autrement plus vaste – et attise déjà les rivalités entre Coinbase, Robinhood et le CME. Derrière la bataille réglementaire, c’est une nouvelle manne du trading à effet de levier qui se dessine…

La semaine dernière, nous avons parlé du fruit défendu des cryptomonnaies : les contrats à terme perpétuels, ou « perps ».

Pour rappel, ces « perps » – des paris sur les cours avec effet de levier et sans date d’expiration – sont devenus si follement populaires qu’ils représentent un volume de 60 000 Mds$ par an. Mais les Américains n’en avaient probablement jamais entendu parler, puisqu’ils en étaient exclus.

Cette anomalie touche à sa fin.

La CFTC les a validés au mois de mai et le CME, la grande place de marché de Chicago, a intenté une action contre la CFTC pour stopper le processus. Dans le détail, tout s’est joué le 29 mai dernier : le régulateur a donné son feu vert au contrat BTCPERP de Kalshi, un « perp » sur le Bitcoin, devenant ainsi le premier produit de ce type approuvé par un régulateur américain.

Fait notable : le dossier a été bouclé en une seule journée, alors que certains dossiers similaires avaient mis des années à être examinés par le passé.

Dans la foulée, la CFTC a publié une déclaration de politique générale ouvrant la voie à toutes les places de marché réglementées désireuses de lister des « perps » similaires, sans avoir à repasser devant la Commission à chaque fois.

Le CME n’a pas digéré la nouvelle. Le 18 juin, l’exchange a assigné la CFTC devant un tribunal fédéral de Washington, estimant que ces contrats sans échéance devraient être classés comme des « swaps » – et donc soumis à une réglementation bien plus lourde, héritée de la crise financière – plutôt que comme de simples contrats à terme.

La CFTC, elle, a répliqué début septembre en demandant au juge de rejeter purement et simplement la plainte, la qualifiant de « beaucoup de bruit pour rien ». Selon le régulateur, rien n’empêche le CME de lister lui-même ce type de contrats, et ses propres volumes sur le Bitcoin et l’Ether ont même progressé depuis mai.

L’audience sur cette demande de rejet est attendue en octobre.

Alors, deux questions se posent aujourd’hui : est-ce assez important pour donner un coup de pouce à certaines actions ? Et, si c’est le cas, qui va rafler la part du lion ?

J’ai mon idée sur le sujet.

Cette bataille est très importante

A eux seuls, les « perps » sur les cryptomonnaies peuvent rapporter plusieurs milliards de dollars par an aux plateformes qui les proposent.

Pour Robinhood, cela pourrait représenter environ 20 % de sa valorisation boursière. Une somme conséquente, certes, mais pas de quoi changer complètement la donne. Robinhood a d’ailleurs déjà mis un pied dans le sujet : depuis le 1er juillet, son portefeuille crypto route les « perps » via Lighter, une plateforme décentralisée, et le courtier a aussi étendu en Europe son offre de « perps » à effet de levier – jusqu’à 10 fois la mise – sur les matières premières, les ETF et les devises.

PAR CONTRE…

Les « perps » liés à des actions, c’est une tout autre histoire.

Le jour où un « perp » sur l’indice S&P 500 commencera à capter une partie des quelque 60 millions de contrats d’options sur lesquels les Américains réalisent des transactions chaque jour, ce ne sera plus un phénomène propre aux cryptomonnaies, mais le plus grand marché de trading à effet de levier pour particuliers.

C’est cette version qui rend fou le CME. Et c’est sur cette version que Coinbase et Robinhood sont en concurrence. Coinbase a d’ailleurs déjà dégainé : depuis le 17 août, sa filiale réglementée par la CFTC propose un « perp » baptisé US500, calqué sur le S&P 500, avec un effet de levier pouvant grimper jusqu’à 20 fois la mise – et ni date d’expiration, ni droit de vote, ni dividende à la clé pour celui qui le détient.

Quant à vous, c’est LA version à laquelle vous devez être attentif.

Coinbase : la cuisine

Sur le papier, c’est Coinbase qui a déjà gagné.

La société a passé deux ans à tout construire : une place de marché agréée, un courtier agréé pour l’alimenter et Deribit – la plus grande place de marché d’options sur cryptomonnaies au monde –, qu’elle a rachetée pour 2,9 Mds$ (700 M$ en cash, le solde en actions), lui donnant au passage une part de marché mondiale d’environ 87 % sur les options Bitcoin et 94 % sur les options Ether.

Et… ce n’est pas rien. Coinbase vend des « perps » aux Américains depuis l’été dernier : sur le Bitcoin et l’Ethereum, puis sur l’indice S&P 500 – avec un effet de levier de 20 – depuis ce mois-ci.

La société a même déposé, début septembre, une demande auprès de la SEC pour pouvoir proposer, à terme, des « perps » sur des actions individuelles directement aux investisseurs américains.

Et pourtant, observez ses chiffres trimestriels.

Le chiffre d’affaires de Coinbase a baissé de 19 %, à 1,22 Md$, tandis que la société enregistre une perte de 359 M$ – la troisième consécutive. Les utilisateurs mensuels ont diminué d’un million, passant de 8,7 à 7,6 millions, et la valeur des actifs détenus sur la plateforme a baissé de 42 %. La directrice financière, Alesia Haas, a évoqué un environnement difficile, avec des volumes d’échange au comptant en repli de plus de 20 % dans l’ensemble du secteur.

Coinbase a construit la meilleure cuisine du secteur. Mais son restaurant est en train de se vider.

La décision intelligente a consisté à cuisiner pour d’autres restaurants : un stablecoin qui rapporte des intérêts, une place de marché de dérivés qu’Interactive Brokers revend, et les rails sur lesquels fonctionne Hyperliquid. La part de son chiffre d’affaires issue des abonnements et services représente désormais 48 % du total, contre 29 % fin 2024 – une bascule qui en dit long sur la stratégie.

La moitié de son chiffre d’affaires vient de là. Et cette moitié a tenu bon. C’est une excellente cuisine. Avec moins de clients, pour le moment.

Chris Campbell

Chris Campbell est constamment à la recherche de moyens pour vous aider à vivre une vie plus libre, plus saine, plus riche et plus épanouissante. Ses recherches l'ont conduit dans plus de 30 pays. Il a été à la pointe du Bitcoin, du tourisme médical, de la décentralisation, des villes autonomes, de la biotechnologie et de bien d'autres choses encore. Chris est l’analyste principal du service Cryptos Incubator de James Altucher, dans lequel il aide les abonnés à naviguer dans l’univers des cryptomonnaies. Vous pourrez également retrouver ses analyses dans la lettre Les Investissements d’Altucher.

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