Les investisseurs espéraient une accalmie durable sur les taux américains. Mais en rappelant que la priorité absolue de la Fed demeure le retour de l’inflation à 2 %, Kevin Warsh a provoqué un brusque retournement du marché obligataire et ravivé les interrogations sur la trajectoire des prix outre-Atlantique.
Il y a dix jours, Scott Bessent (le Secrétaire au Trésor américain) prononçait une allocution particulièrement remarquée en pleine trêve estivale. Il a notamment annoncé un renforcement du programme de rachats de dette de long terme de l’État fédéral. Vendredi dernier, le président de la Fed, Kevin Warsh, lui a répondu, en indiquant que les bons chiffres observés récemment ne prouvaient pas une amélioration durable de la tendance inflationniste et que la priorité de la Fed restait le retour à son objectif de 2 %.
Et les implications, comme les réactions du marché obligataire, ont été diamétralement opposées.
Alors que le 19 août, les propos de Scott Bessent avaient favorisé une détente des taux et un rebond des contrats obligataires (cf. flèche verte sur le graphique du T-Note ci-dessous)…
Évolution de l’obligation d’État américaine à 10 ans depuis mai 2026
Source : ProRealTime
… l’intervention de Kevin Warsh, vendredi après-midi, a produit l’effet inverse. Les contrats obligataires ont nettement reculé (cf. flèche rouge ci-dessus), traduisant une remontée des rendements. Le taux à dix ans américain est ainsi repassé au-dessus de 4,70 % en début de soirée vendredi (cf. encadré jaune ci-dessous).
Évolution du rendement de l’obligation d’État américaine depuis avril 2026
Source : Investing
Concernant le discours de Kevin Warsh, il faut dire qu’après les dernières statistiques publiées mercredi sur le front de l’inflation, notamment un indice PCE ressorti légèrement au-dessus des attentes dans sa mesure globale…
Source : X/ zerohedge
… il était difficile d’imaginer le président de la Fed renier la position qu’il avait adoptée fin juillet en se montrant soudainement très accommodant. Son intervention a été marquée par une tonalité résolument hawkish pour les mois à venir.
Une posture qui ne fait évidemment pas les affaires de Donald Trump, lequel plaide depuis des mois en faveur d’une baisse des taux d’intérêt.
Inflation : que peut-on attendre de la suite ?
Pour que la Fed finisse par se rapprocher des souhaits de l’administration américaine, et plus particulièrement de ceux de Scott Bessent, il faudra constater un reflux de l’inflation ou, au moins, une détente des anticipations inflationnistes.
Or, les signaux récents ne vont pas nécessairement dans ce sens. Hier encore, le pétrole reprenait sa marche haussière après la première attaque physique depuis la fin juillet entre l’Iran et les États-Unis. Dans le même temps, plusieurs matières premières agricoles ont également commencé à intégrer ces nouvelles perspectives inflationnistes.
Du côté des matières premières dites « soft », le mouvement est déjà perceptible sur des marchés comme celui du blé ou du cacao, comme l’illustrent les captures d’écran ci-dessous.
Évolution des contrats à terme sur le blé depuis juillet 2022
Source : ProRealTime
Évolution des contrats à terme sur le cacao depuis août 2024
Source : ProRealTime
Source : Les Echos du 27 août 2026 (article d’Etienne Goetz) via Linkedin / Pierre Court
À cela s’ajoutent, comme le soulignait récemment l’économiste Christophe Barraud, plusieurs facteurs météorologiques susceptibles d’entretenir les tensions sur certains marchés agricoles.
Source : LinkedIn / Christophe Barraud
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Dans ces conditions, l’ensemble de ces éléments ne plaide pas vraiment en faveur d’une détente rapide des anticipations d’inflation à court terme.








