Alors que l’IPO de SpaceX est présentée comme l’événement immanquable de l’année, un examen attentif des flux vendeurs, des précédents historiques et du contexte de marché invite plutôt à la prudence. Car souvent, lorsque tout le monde se précipite, il est déjà trop tard…
Demain, SpaceX fera son entrée en Bourse. Et la demande explose littéralement à mesure que la date du 12 juin approche (cf. screenshot ci‑dessous).
Source : X / Walter Bloomberg
Faut‑il y aller ? Pour être très direct, ma réponse – qui n’engage que moi – est non. Et ce, pour plusieurs raisons.
D’abord, je suis mal à l’aise avec le battage médiatique (surtout du côté des courtiers) autour de cette IPO présentée comme historique. Vu le nombre de messages et d’invitations envoyés par toutes les plateformes pour y participer, on croirait que c’est l’événement à ne pas manquer cette année. Ce genre d’insistance produit plutôt l’effet inverse sur moi. Cela me rappelle même certains écueils de mes débuts, avec des promesses façon EDF ou Eurotunnel (espérons que SpaceX ne connaîtra pas le même sort).
Ensuite, je suis plutôt court-termiste dans mes interventions. Tout dépend donc de votre horizon d’investissement. Si vous êtes dans une optique de long terme (plusieurs mois ou plusieurs années) et que vous pensez que SpaceX va transformer le monde, pourquoi pas. Mais ce n’est pas mon profil. Et statistiquement, les semaines qui suivent une IPO sont rarement très haussières. Gardez en tête que si vous investissez ici, vous fournissez de la liquidité à la contrepartie – des institutionnels entrés très tôt – pour leur permettre de sortir à bon compte. On n’est pas dans l’émission Qui veut être mon associé : si vous entrez, eux sortent. Et cela va continuer dans les semaines à venir. Le prospectus indique clairement que des ventes par tranches suivront dès la prochaine publication trimestrielle, puis progressivement dans les cent jours suivant l’IPO. Autant d’afflux de papier que le marché devra absorber, avec le risque d’une pression baissière sur le cours.
Plus largement, si l’on regarde l’historique des IPO récentes, sans remonter trop loin, l’évolution de Circle l’an dernier (cf. graphique hebdomadaire ci‑dessous)…
Évolution du cours de Circle depuis juin 2025
Source : ProRealTime
… et celle de Cerebras Systems cette année montrent que ce n’est pas vraiment Byzance.
Évolution du cours de Cerebras depuis mai 2026
Source : ProRealTime
Quand l’euphorie des courtiers masque les signes avant-coureurs
Par ailleurs, en 2026, outre SpaceX, OpenAI et Anthropic vont également entrer en Bourse sur des montants record. Or, statistiquement, lorsqu’une année concentre un nombre ou un volume record d’IPO, les rendements du marché qui suivent ne sont généralement pas brillants. Ils peuvent même être négatifs. Ce fut le cas en 2021 (avant que la guerre en Ukraine et la flambée des taux ne plombent 2022), en 2007 avec Blackstone (quelques mois avant la crise des subprimes), ou encore en 2000, quand il suffisait d’ajouter « dotcom » à son nom pour voir sa valorisation s’envoler… avant l’éclatement de la bulle Internet.
Le parallèle avec SpaceX n’est donc pas dénué de sens. Si vous pensez que SpaceX suivra la trajectoire d’Apple ou d’Amazon dans la décennie à venir, très bien. Mais rappelons que ces deux titres avaient été divisés par plus de deux entre 2001 et 2003. Je ne dis pas que SpaceX perdra 50 % après son IPO (même si une telle correction collerait avec la valorisation moitié moindre évoquée par Morningstar), mais certains parallèles avec des sommets de marché passés sont difficiles à ignorer.
C’est d’ailleurs ce que j’évoquais dans mes débriefs hebdomadaires de la semaine dernière (cf. screenshots ci‑dessous).
Alerte Agora Bourse Pro du 5 juin 2026
Source : Publications Agora
Je faisais notamment référence à l’envolée récente de Valeo après qu’une conférence de brokers (JP Morgan et Jefferies) a agité la perspective IA. Ou encore à ces sociétés qui changent d’activité – et surtout de nom – du jour au lendemain pour surfer sur la hype, que ce soit autour du minage ou de la détention de Bitcoin (cf. Capital B), ou plus récemment avec Allbirds. Un article récent soulignait d’ailleurs des parallèles troublants entre les relations clients‑fournisseurs‑actionnaires dans l’IA aujourd’hui et celles du secteur des télécoms à la fin des années 1990 – ce qui me parle beaucoup.
Concernant l’engouement autour de SpaceX, on note aussi l’arrivée d’une multitude d’ETF dédiés au spatial, comme ceux de WisdomTree ou, plus récemment, de BlackRock. Là encore, le timing rappelle fortement les nombreux lancements d’ETF sur la défense et l’armement l’an dernier – avant que, comme pour Thales ou Rheinmetall, il ne se passe plus grand‑chose… voire que les cours reculent légèrement.
Last but not least, on voit de plus en plus de géants de la tech lever des fonds. Quand il s’agit d’Alphabet ou de Meta, pourquoi pas. Mais quand des acteurs moins solides comme SuperMicro Computer s’y mettent, cela ressemble davantage à une opération opportuniste. D’autant que, quand même SoftBank commence à rencontrer des difficultés de financement…
Source : X / JustDario
… cela met surtout en lumière des valorisations devenues plus qu’excessives. D’où ma conclusion, en écho au constat de BofA Merrill Lynch ci‑dessous, et un « sell in May and go away » qui me convient très bien.
Source : X / zerohedge







