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Morningstar, le rachat de trop ?

By 20 octobre 2025No Comments

Alors que les ETF explosent et que les indices boursiers se multiplient, l’entreprise de gestion d’actifs Morningstar tente de consolider son offre en rachetant le CRSP. Une stratégie audacieuse dans un secteur en mutation, où la fidélité des clients n’est jamais acquise…

 

Le groupe Morningstar s’est fait un nom avec son activité de notation de fonds et d’actions pour guider les investissements, et la publication de livres blancs d’une qualité souvent remarquable.

Son modèle d’affaires complexe s’appuie sur la fourniture de données facturées fort chères à ses clients professionnels, tout en offrant également nombre de ses indicateurs en accès libre aux investisseurs particuliers. Il dispose également d’un département moins connu de calcul d’indices boursiers. Cette dernière activité, dans laquelle Morningstar est présent depuis 2001, a le vent en poupe et contribue déjà au chiffre d’affaires du groupe à hauteur de 85 M$ par an.

Pour étoffer son offre, Morningstar a décidé de racheter le Centre pour la Recherche des prix d’actifs (en anglais « Center for Research in Security Prices », ou CRSP). Pour mettre la main sur le CRSP, détenu par l’Université de Chicago, Morningstar a mis sur la table 375 M$.

En soi, le montant n’a rien de disproportionné. L’activité annuelle du CRSP se monte à 55 M$, soit près des deux tiers du chiffre d’affaires généré par le calcul d’indices de Morningstar. Et avec un chiffre d’affaires total de près de 600 M$ par an pour un résultat opérationnel de plus de 160 M$, l’emplette ne pèsera pas lourd dans les comptes de la maison mère.

Mais ce rachat intervient également dans un contexte de saturation du marché de la fourniture d’indices. Et la proie, qui va certes augmenter l’envergure du groupe, est ultra-dépendante d’un client : le fournisseur d’ETF Vanguard. Les marchés n’ont d’ailleurs pas applaudi la nouvelle, et le titre Morningstar continue sa glissade entamée cet hiver. Depuis le 24 décembre, le titre cède déjà plus de 36 %. Et à encore près de 25 fois ses bénéfices annuels attendus en 2025, le potentiel de baisse du titre est loin d’être épuisé.

 

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Evolution de la valeur de l’action Morningstar sur 12 mois : la tendance baissière ne s’interrompt pas malgré l’annonce du rachat de CRSP. Infographie : TradingView

 

 

Et si la manne des ETF s’épuisait ?

En sortant le chéquier pour faire main basse sur CRSP, Morningstar fait un pari risqué : celui de la poursuite de la croissance du marché des ETF. Certes, ces fonds cotés connaissent un succès retentissant depuis que l’investissement passif est plébiscité par les gérants comme par les particuliers.

Selon les derniers décomptes, il existe même désormais plus d’ETF que d’actions cotées – un véritable paradoxe qui s’explique par la quasi-infinité de combinaisons possibles dans la constitution des paniers passifs.

Avec des modèles d’affaires chahutés par la guerre des prix (de nombreux ETF facturent des frais inférieurs au demi-pourcent par an), les émetteurs ont trouvé un moyen idéal pour éviter les comparaisons directes : le suivi d’indices différents. C’est ainsi que nous avons vu se multiplier ces dernières années des indices boursiers similaires, mais pas tout à fait identiques.

Après la multiplication des ETF, ce sont les indices boursiers qui ont vu leur nombre s’envoler : à lui seul, Morningstar anime aujourd’hui pas moins de 25 000 indices. Les anciens leaders du secteur ont vu leurs indices phares de plus en plus concurrencés, au point que MSCI, S&P Dow Jones et FTSE Russell, autrefois quasi-hégémoniques, ne représentent désormais plus que 70 % du marché des indices boursiers.

 

 

A chaque action son ETF, et à chaque ETF son indice ?

Cette course à la diversité a pour conséquence d’inciter les émetteurs d’ETF à rechercher les fournisseurs les moins chers, au point parfois de casser des partenariats considérés comme immuables.

En 2012, Vanguard avait sidéré le monde de la finance en mettant fin à son partenariat historique avec MSCI, l’émetteur de l’indice bien connu MSCI World. L’opérateur d’ETF à bas coût avait alors abandonné la marque bien connue pour opter pour un certain… CRSP. Depuis, la firme aux 10 000 Mds$ d’actifs sous gestion (la moitié des encours mondiaux des ETF) est devenu le principal pourvoyeur d’affaires de CRSP.

Même si CRSP peut se prévaloir de fournir des indices représentant plus de 3 000 Mds$ d’actifs sous gestion, la fidélité de Vanguard ne peut être considérée comme acquise – surtout en tenant compte de la mission de l’entreprise qui est de chercher en permanence à réduire ses coûts pour diminuer les frais facturés à ses clients.

Le succès des ETF de Vanguard, dont les actifs sous gestion sont déjà en hausse de 17 % par rapport à 2024, pourrait donc être une joie éphémère si le groupe décidait de se passer des services de CRSP pour opter pour des fournisseurs tiers ou, pire encore pour cette industrie, d’animer ses propres indices.

 

Baisse de l’action Morningstar: un signal avancé de retournement de Wall Street ?

Au-delà du jeu à somme nulle entre les différents animateurs d’indices à mesure que les émetteurs d’ETF vont à la chasse aux prix bas, leur santé est directement liée à l’évolution des indices américains.

Parce que la plus grande part des facturations reste sous forme de commission sur les souscriptions et sur les encours, plus le S&P 500 et le Nasdaq 100 montent, plus Morningstar gagne de l’argent.

En ce sens, la baisse de plus d’un tiers de la valeur du titre sur un an ne peut qu’interpeller – d’autant que le résultat opérationnel du groupe a bondi de plus de 50 % l’an passé et que son résultat net par action s’est envolé de 160 %.

Avec des parts de marché stables, voire en croissance suite au rachat de CRSP, toute anticipation d’une baisse des bénéfices à venir ne peut donc signifier qu’une anticipation de baisse de la capitalisation boursière totale de Wall Street. Alors que les indices américains caracolent sur leurs plus-hauts historiques, la prudence est plus que jamais de mise outre-Atlantique.

 

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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