Chargeurs revient sur le devant de la scène avec une OPRA à 14 €, qui redonne de la visibilité à un titre longtemps pénalisé par une décote de holding et une liquidité famélique. Si l’opération offre une sortie honorable, plusieurs arguments plaident en faveur de la conservation de la valeur…
Dans mon « dossier spécial » de début d’année destiné aux abonnés d’Agora Bourse Pro, je mettais en avant plusieurs valeurs portées par trois catalyseurs majeurs :
- un rendement attractif,
- un volet capitalistique ouvert,
- et une valorisation clairement bradée.
Vallourec : un catalyseur qui n’a peut‑être pas dit son dernier mot
Si certaines valeurs ont d’abord bien réagi – FDJ en tête – l’élan s’est rapidement essoufflé après le détachement du coupon. D’autres, comme Vallourec, ont en revanche offert de véritables home run avant de reperdre un peu de terrain depuis.
Évolution du cours de l’action Vallourec depuis novembre 2025
Source : ProRealTime
Sur la parapétrolière, l’angle capitalistique s’est affaibli depuis la sortie d’ArcelorMittal au printemps. Mais tout n’est peut‑être pas perdu : la remontée des cours du pétrole depuis 48h pourrait redonner du souffle au dossier, alors qu’un coupon exceptionnel est attendu le mois prochain.
Pour d’autres valeurs – que je préfère ne pas nommer ici – la thématique reste pleinement ouverte, notamment en raison de valorisations toujours déprimées, malgré (parfois) un changement de nom.
Chargeurs : un rappel à l’ordre… et une question qui revient en boucle
La dernière valeur de ma sélection, elle, a vu son actualité récente raviver les interrogations. Plusieurs abonnés m’ont d’ailleurs sollicité depuis hier, alors autant répondre ici, pour que tout le monde puisse en profiter. Je fais référence à Chargeurs.
Rebaptisée Compagnie Chargeurs Invest au printemps 2025, l’action a bondi de près de 30 % hier (rectangle bleuté), tout en restant sous mon PRU de février (ellipse orange).
Évolution du cours de l’action Chargeurs depuis octobre 2025
Source : ProRealTime
Pourquoi j’avais recommandé Chargeurs ?
À l’époque de ma recommandation, le dossier présentait trois atouts majeurs.
D’abord, le rendement était particulièrement attractif : la société avait annoncé son intention de reverser une partie du produit de cession sous la forme d’un dividende exceptionnel de 1,50 € par action. Au moment de mon conseil, cela représentait un rendement proche de 15 %, qui dépassait même les 20 % lorsque le titre est brièvement retombé vers 7 € en début de semaine.
Ensuite, l’aspect capitalistique demeurait intéressant. Malgré un actionnariat familial détenant plus de 60 % du capital, c’est surtout la perspective d’un retour de cash lié à la cession de Novacel qui constituait le principal moteur du dossier.
Enfin, la valorisation restait extrêmement déprimée : avec un actif net réévalué supérieur à 24 € par action, la décote demeurait profonde et inchangée.
OPRA à 14 € : une redistribution… mais pas celle attendue
Finalement, il n’y aura pas de dividende exceptionnel : uniquement une OPRA à 14 € par action. Les 36,25 M€ issus de la cession de Novacel serviront à racheter un peu plus de 10 % du capital. Une opération qui, soit dit en passant, devient de plus en plus fréquente dans les valeurs que je surveille.
D’où la question : faut‑il apporter ou non ?
Apporter ses titres à l’OPRA présente plusieurs avantages. Le prix proposé, fixé à 14 €, est supérieur à celui de la précédente OPA réalisée à 12 €, ce qui constitue déjà un progrès notable. L’offre donne également accès à une porte de sortie convenable au regard des niveaux observés au printemps, souvent deux fois plus bas. Sur un titre aussi peu liquide, cette possibilité de sortie n’est pas négligeable. Enfin, Chargeurs souffre d’une décote structurelle typique des holdings, ce qui rend l’OPRA d’autant plus intéressante pour ceux qui souhaitent se désengager.
À l’inverse, conserver ses titres peut également avoir du sens. Une fois les 10 % d’actions rachetés puis annulés, le flottant – autour de 30 % – bénéficiera mécaniquement d’un effet relutif sur le bénéfice par action. Le relèvement du prix offert, passé de 12 € à 14 €, constitue par ailleurs un signal de confiance envoyé par le management. Le principal inconvénient réside dans le calendrier : l’horizon du premier trimestre 2027 impose de la patience.
En résumé, si vous avez besoin de liquidités à court terme, c’est‑à‑dire d’ici la fin de l’année, l’OPRA constitue une porte de sortie pertinente. En revanche, si votre horizon est plus long, conserver vos titres peut s’avérer judicieux, compte tenu de la décote persistante et de l’effet relutif à venir.
Pour ceux qui souhaitent concilier les deux approches, une stratégie intermédiaire consiste à « couper la poire en deux » en apportant seulement une partie (la moitié par exemple) de la position. Cela permet de sécuriser une sortie à un prix correct tout en conservant un solde pour profiter du potentiel de revalorisation à moyen ou long terme.



