Entre acquisitions ciblées, envolée du digital et boom de l’automatisation, Rexel aligne les signaux positifs outre‑Atlantique. Dans un contexte macro chahuté, le groupe parvient à maintenir sa trajectoire de croissance et à rassurer les marchés. Reste à savoir si cette expansion américaine permettra au titre de briser la résistance des 40 €.
L’économie est à la peine en zone euro, avec une croissance de 0,1 % seulement au premier trimestre 2026 ? L’Hexagone fait encore pire, avec une croissance du PIB nulle durant les trois premiers mois de l’année et une possible récession à partir de l’été ?
Peu importe pour Rexel, le spécialiste de la distribution de produits électriques et de services associés. Malgré l’atonie de son marché domestique, le Français se renforce aux Etats-Unis, où la croissance de l’économie est bien plus importante que sur le Vieux Continent.
La semaine dernière, le groupe a annoncé l’acquisition de Revere Electric Supply, une société basée dans l’Illinois. Le groupe va ainsi augmenter sa présence dans des zones géographiques jusqu’ici peu couvertes, notamment la région de Chicago. Il va également se renforcer sur un segment de marché particulièrement prometteur : celui de l’automatisation industrielle.
L’Amérique du Nord est un réservoir de croissance face à une Europe frileuse et une Asie volatile.
Infographie : Rexel
Rexel : le pari de la modernisation de l’économie
L’activité traditionnelle de Rexel repose principalement sur l’équipement électrique des constructions résidentielles et tertiaires, et fait la part belle à la distribution d’énergie et au génie climatique. L’habitat et le tertiaire apportent chacun 1,5 Md€ de chiffre d’affaires aux comptes annuels du groupe, laissant moins de 0,8 Md€ à l’activité industrielle (20 % du chiffre d’affaires).
Pourtant, c’est bien l’activité industrielle qui présente actuellement le meilleur potentiel de croissance. Alors que la construction de logements neufs est en crise permanente depuis trois ans, et que le secteur tertiaire cherche encore son équilibre depuis la fin de la pandémie, l’industrie est la branche qui connaît la croissance la plus soutenue.
Les automates industriels (50 % du chiffre d’affaires de la division) ont engrangé une croissance de 8 % au dernier trimestre 2025. Dans le même temps, l’Amérique du Nord fait également état d’un dynamisme bien plus important que l’Europe, avec une croissance de l’activité de 5,3 % entre 2024 et 2025 contre une baisse de 1,5 % sur le Vieux Continent.
Dès l’an passé, Rexel anticipait une tendance positive dans l’automatisation industrielle grâce aux efforts de relocalisation menés à marche forcée par l’Oncle Sam. Cette prévision a été confirmée, avec une croissance de 3 % de l’activité sur le premier trimestre 2026.
Au mois d’avril, le groupe a fait main basse sur Techno-Contact 360, une entreprise canadienne spécialiste de la distribution électrique, de l’automatisation industrielle, et des services aux data centers. Ce premier achat a permis d’augmenter l’activité du groupe de 85 millions de dollars canadiens (53 M€) par an.
Avec le rachat de Revere Electric Supply, Rexel va changer d’échelle puisque l’étasunien devrait apporter pas moins de 330 M$ (300 M$) supplémentaires dans les comptes en rythme annuel. En à peine un an, Rexel aura quasiment doublé l’envergure de sa division automatisation.
Vers une accélération des ventes
Au dernier trimestre, le distributeur a réussi à augmenter légèrement ses volumes (+0,6 %) ainsi que ses prix (+1,1 % sur les produits, et +1,7 % sur l’activité de câblage), ce qui a permis de compenser les pertes de change (-4,3 % du fait de la force de l’euro).
Le plus impressionnant reste sans doute l’augmentation du taux de pénétration du digital, qui a atteint 36 % des ventes au T1 2026. Les facturations ont progressé de 217 points de base sur un an, et jusqu’à 500 points de base en Amérique du Nord.
Outre-Atlantique, tous les segments sont en croissance. Si la clientèle la plus dynamique est sans surprise celle des data centers et de l’infrastructure de communications à haut débit, Rexel a également connu une hausse des ventes dans les équipements hospitaliers et autres installations non-résidentielles. Dans le même temps, le carnet de commandes a fortement progressé, la direction évoquant une « hausse à deux chiffres » sur un an.
Du fait de la difficulté de la clientèle à se passer de ses services, Rexel reste confiant quant à sa capacité à répercuter la hausse des coûts sur les prix. Dans un contexte d’augmentation des prix de l’énergie et d’une inflation qui approche les 4 % en rythme annuel en Amérique du Nord, ce pricing power sera crucial pour maintenir les marges d’ici la fin de l’année.
Il y a quelques jours, la direction a confirmé ses prévisions annuelles. Malgré la guerre en Iran et l’incertitude macro-économique, elle prévoit toujours une croissance des ventes entre 3 % et 5 % entre 2025 et 2026, et une marge d’EBITDA courant de l’ordre de 6,2 % (+20 points de base par rapport à 2025).
De quoi rassurer quelque peu les marchés qui commençaient à douter après une hausse de 50 % de la valeur de l’action sur un an. Des acquisitions ciblées, comme celle de Revere, pourraient permettre de franchir la résistance des 40 € qui coiffe les cours depuis cet hiver. Il sera en effet impératif d’augmenter l’envergure du groupe pour justifier une hausse de sa capitalisation boursière alors que celle-ci représente déjà près de vingt fois les bénéfices annuels.
Evolution du cours de l’action Rexel sur un an. Après avoir gagné 50 % en ligne droite, un changement significatif des fondamentaux sera nécessaire pour justifier une nouvelle séquence haussière.
Source : Google Finance



