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Schneider Electric séduit SoftBank

By 8 juin 2026No Comments

Déjà dopé par des résultats trimestriels record, Schneider Electric voit sa trajectoire de croissance changer d’échelle avec l’arrivée de SoftBank. Le partenariat ouvre un marché colossal et pourrait prolonger une dynamique boursière parmi les plus impressionnantes du CAC 40.

 

Après les résultats record engrangés durant le premier trimestre, les actionnaires de Schneider Electric pouvaient anticiper un printemps et un été placés sous le signe d’une croissance modérée.

Il n’en sera visiblement rien, et les perspectives déjà excellentes ont encore changé de dimension la semaine dernière avec l’annonce d’un partenariat avec le géant de la tech SoftBank. La firme de Masayoshi Son a en effet annoncé son intention d’investir pas moins de 75 Mds€ pour construire de nouveaux centres de données.

La surprise ne vient pas du fait que ces data centers aient vocation à servir au déploiement de l’intelligence artificielle, mais plutôt dans leur localisation. Cette infrastructure ne sera pas construite aux Etats-Unis ou en Asie, près des sièges sociaux des grands acteurs de la tech, mais en France. Avec un montant représentant le coût d’une demi-douzaine de porte-avions nucléaires, le programme aura d’importantes retombées sur l’ensemble des fournisseurs.

Parmi les grands gagnants déjà identifiés, Schneider Electric (EPA:SU), qui va fournir les modules préfabriqués qui seront ensuite installés, comme des briques de Lego, dans les centres de données. Les volumes nécessaires aux data centers de SoftBank seront tels que l’électricien prévoit d’ouvrir une nouvelle usine dédiée à l’assemblage de ces produits. Installée à Dunkerque, elle sera occupée durant des années par la demande du groupe japonais, alimentant la croissance déjà inédite de l’activité de Schneider Electric.

 

Un projet d’ampleur historique

Avec la valse des milliards dédiés à l’intelligence artificielle, il est facile de perdre de vue la valeur réelle des montants en jeu.

Les 75 Mds€ que le Japonais SoftBank prévoit d’investir dans les centres de données français dans les prochaines années peuvent sembler minimes par rapport aux 80 Mds$ levés par Alphabet (la maison mère de Google) pour le même type de dépenses au cours de la seule semaine passée.

Ils doivent cependant être mis en comparaison avec la taille de l’économie hexagonale. Notre PIB annuel est de l’ordre de 3 000 Mds€, ce qui fait que l’enveloppe accordée par SoftBank représente près de 2,6 % de ce montant – soit plus du double de la croissance de l’ensemble du pays attendue cette année. Elle est également supérieure à la totalité de l’impôt sur les sociétés (IS) perçu l’an passé (62 Mds€).

La démesure n’est pas que d’ordre financier, elle l’est aussi sur le plan industriel. SoftBank prévoit que ses futurs data centers français engloutiront 5 GW d’électricité à pleine puissance – plus de 10 % de la puissance moyenne de notre parc électronucléaire, et plus de trois fois la puissance maximale du nouvel EPR de Flamanville.

Et même si ces 5 GW ne sont qu’un objectif de long terme, le Japonais a annoncé une feuille de route ambitieuse puisqu’il prévoit d’utiliser au moins 3,1 GW d’ici 2031. Autant d’électricité qu’il faudra acheminer, dont l’usage devra être piloté, et qui créera un besoin en climatisation à la hauteur de la puissance consommée par les puces d’IA.

Autant de métiers dans lesquels Schneider Electric excelle, et le groupe a facilement séduit SoftBank en mettant en avant son partenariat avec Compass Datacenters aux Etats-Unis. Dans le cadre d’une collaboration similaire (quoique d’ampleur bien moindre), le Français a déjà expérimenté avec succès la fabrication de modules préfabriqués pour l’approvisionnement énergétique.

Sa capacité à répondre à la demande de SoftBank pour les centres de données à proprement parler ne fait donc aucun doute, et Schneider Electric pourra en outre bénéficier des effets indirects de la construction d’une telle capacité de data centers.

Ajouter 5 GW de production d’électricité 24h/24 à l’échelle du pays n’a rien de trivial. Les futurs data centers ne devront donc pas simplement être construits et raccordés au réseau, il faudra également renforcer les capacités d’acheminement, de distribution, de stockage et de contrôle – autant de métiers où, là aussi, Schneider Electric dispose de solutions techniques éprouvées pour répondre à ces problématiques.

 

Schneider Electric : un contexte déjà porteur

L’annonce du partenariat, dévoilé à l’occasion du sommet Choose France, fait suite à la publication des résultats trimestriels qui étaient déjà excellents. Fin avril, le groupe a annoncé un chiffre d’affaires record de 9,8 Mds€, en hausse de 11 % sur un an en organique.

L’équipementier a fait état d’une croissance soutenue dans toutes les zones où les acteurs de l’IA multiplient les centres de données. L’Amérique du Nord a ainsi vu son activité bondir de 14,4 %, un chiffre équivalent à celui de la zone Chine/Asie de l’Est (+14,2 %). Dans ce segment, le groupe a pu augmenter simultanément ses volumes et ses prix, prouvant sa capacité à protéger sa rentabilité dans un contexte de reprise de l’inflation.

Malgré des effets de change toujours pesants (la variation des taux de change a eu un effet négatif sur les comptes de -623 M€ au premier trimestre), la direction prévoit toujours une croissance organique du chiffre d’affaires entre +7 % et +10 % cette année. Avec une marge d’EBITA ajusté attendue aux alentours de 19,3 %, le résultat net pourrait atteindre, voire dépasser, les 9,5 € par action.

La capitalisation boursière du groupe, qui dépasse les 164 Mds€, ne représenterait alors qu’une trentaine de fois les bénéfices annuels. Un multiple certes important, mais justifiable si la croissance actuellement constatée se maintient dans les cinq prochaines années. Le partenariat signé avec SoftBank vient apporter un nouveau souffle à cette séquence de hausse déjà impressionnante.

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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