Face à la pression chinoise sur les terres rares, l’Europe passe à l’offensive. Solvay, le groupe de chimie belge coté à Bruxelles, va désormais prendre une place centrale dans la stratégie de souveraineté industrielle du continent. Il vient de conclure deux partenariats clés et s’engage à fournir aux industriels occidentaux l’ensemble des 17 terres rares jugées stratégiques. Pour ne rien gâcher, elles seront raffinées directement en France !
La Chine a stupéfié l’industrie mondiale lorsqu’elle a décidé d’employer les terres rares comme arme diplomatique. Ces éléments chimiques sont en effet indispensables à toutes les industries de pointe et, même si leur rareté n’a rien de géologique (ils sont particulièrement bien répartis sur la planète), le fait est que l’Empire du Milieu est devenu un maillon essentiel de leur chaîne de valeur.
En agitant la menace d’une réduction des volumes d’exportation, voire de leur suspension, la Chine a mis les clients occidentaux face à leur vulnérabilité. Une rupture d’approvisionnement mettrait en effet notre industrie manufacturière à l’arrêt, alors que le coût réel des terres rares reste anecdotique dans le prix total des produits finis.
Pour éviter que notre économie toute entière ne s’effondre par manque de disponibilité de ces éléments basiques, (comme lorsque le manque de puces électroniques à 2 $ a interrompu les chaînes de production automobile pendant des semaines durant la pandémie), l’Europe et les Etats-Unis redoublent d’efforts pour sécuriser leurs approvisionnements.
C’est désormais officiel : le groupe chimiste belge Solvay (EBR: SOLB) va servir de cheval de bataille dans notre course à la souveraineté industrielle. Il a annoncé la semaine dernière avoir sécurisé deux contrats majeurs avec des producteurs d’aimants permanents, qui offriront de la visibilité à son usine de séparation de terres rares de La Rochelle.
Alors qu’elle raffinait encore la moitié des terres rares de la planète dans les années 1990, la France va ainsi redevenir le centre de gravité de la production occidentale de samarium, de néodyme, de praséodyme et de terbium. Pour Solvay, le grand retour de cette activité que l’on pensait définitivement partie à l’Est représente un relais de croissance bienvenu. Il permet d’espérer un retour à la croissance, après une année 2024 marquée par une contraction de 4 % du chiffre d’affaires et une baisse significative de la rentabilité (-8 % pour l’EBITDA).
Devenir un acteur incontournable du marché des terres rares en Europe ne pourra que faire du bien à l’activité de Solvay (EBR: SOLB). Son cours de Bourse, en baisse de 13 % sur un an, en aurait bien besoin.
Infographie : TradingView
Solvay, l’acteur occidental qui rassure l’industrie
En avril dernier, la Chine a annoncé la suspension des exportations de six terres rares vitales pour l’automobile, les télécommunications, la transition énergétique, et la défense. Même si elle a suspendu, le 9 novembre, l’interdiction d’exportation de gallium, de germanium, et d’antimoine, le mal est fait : les industriels occidentaux ne peuvent plus considérer comme acquise la disponibilité de toute cette famille d’éléments.
La fabrication de radars, missiles, puces électroniques, panneaux solaires, éoliennes, smartphones ou encore de moteurs de voitures électriques se retrouve ainsi dépendante du bon vouloir de Pékin, qui peut utiliser les autorisations d’exportation tant comme une arme de discussion politique que comme manière de mettre à mal les industries occidentales concurrentes des acteurs locaux. Et avec plus de 90 % du raffinage assuré en Chine, les industriels européens et américains n’ont que peu d’options de substitution.
Cette dépendance à l’Empire du Milieu est d’autant plus inacceptable pour notre économie que le marché des terres rares reste d’une taille anecdotique : le marché mondial des principaux métaux rares est évalué à 15 Mds$ par an.
Solvay a donc décidé de relancer une ligne de raffinage qui produira, à partir de matériaux recyclés, des terres rares utilisées dans les aimants. Alors que les premiers kilogrammes ne devraient pas être produits avant l’année prochaine, le chimiste a déjà signé des partenariats avec les américains Permag et Noveon, ainsi qu’avec le britannique Less Common Metals qui participera à leur transformation.
Mieux encore, Solvay indique que sa nouvelle ligne de La Rochelle sera en mesure de raffiner les 17 terres rares considérées comme stratégiques. Elle pourra procéder à leur extraction à partir de matières premières issues soit de mines, soit de produits recyclés.
Dès l’année prochaine, le site de La Rochelle devrait débuter le raffinage de terres rares.
Image : Solvay.
Selon les estimations de Solvay, le site pourrait couvrir à lui seul près du tiers des besoins de l’industrie européenne pour un investissement de l’ordre de la centaine de millions d’euros seulement – s’assurer de notre souveraineté n’aura jamais été aussi bon marché !
Solvay bientôt irremplaçable ?
Au vu de l’importance, mais aussi de l’étroitesse du marché des terres rares, Solvay est en passe de s’assurer une rente de situation confortable. Les volumes, somme toute réduits, rendent peu probable l’arrivée de nombreux acteurs qui pourrait déclencher une guerre des prix.
Les pouvoirs publics se montrent également très favorables à l’émergence d’un écosystème européen. La Commission européenne travaille à un grand plan de constitution de stock stratégique, et prévoit de créer une centrale d’achats pour procéder à des commandes groupées. De quoi, là encore, sécuriser un peu plus les investissements dans le site de La Rochelle.
Le fait que des industriels américains choisissent de s’approvisionner sur le Vieux Continent est également de très bon augure. Alors que les Etats-Unis cherchent, eux-aussi, à produire sur place de quoi répondre à la plus grande partie de leurs besoins, la réalité est que le site de raffinage texan de Lynas, pourtant financé par le Pentagone, sera dans l’incapacité d’assurer une montée en charge suffisamment rapide. Même dans un contexte de fermeture des frontières, de barrières douanières, et de volonté de toujours privilégier le Made in America, Washington fait preuve de pragmatisme et préfère dépendre de l’Europe que de la Chine.
Le potentiel de retour sur investissement semble donc très favorable pour Solvay, d’autant que la somme mobilisée pour devenir le numéro un européen des terres rares représente moins de 3,5 % de la capitalisation boursière du groupe.
Après des années difficiles suite à l’explosion des prix de l’énergie en Europe, l’horizon se dégage pour le chimiste qui ne vaut, à la Bourse de Bruxelles, que dix fois le cash-flow attendu cette année.




Bonjour
Merci pour votre analyse.
Vous conseillez d’acheter maintenant ? Avec quelle ambition de hausse ?
Bonjour Jacques,
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L’objectif de cet article était de mettre en lumière la réponse de l’Europe face à la domination chinoise dans le secteur des terres rares, et de rappeler qu’il existe, sur notre continent, des acteurs capables de répondre à ce type de besoin.
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Nous vous remercions pour l’attention que vous portez à nos publications,
La rédaction
VA T ON RELANCER L EXPLOITATION MINIERE EN FRANCE ? NOS ECOLOS SONT CONTRE LA RECHERCHE ET LA PRODUCTION D HYDROCARBURES QUE NOUS AVONS SUR NOTRE TERRITOIRE,ILS NE VONT SANS DOUTE PAS ACEPTER LES GRANDS TROUS DES MINES…
Doit-on acheter maintenant,et à quel prix????
Bonjour Jean,
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Cet article visait à mettre en lumière la réponse européenne face à la domination chinoise dans les terres rares, et à rappeler qu’il existe des acteurs solides sur notre continent.
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Merci à vous,
La rédaction
Merci pour cet intéressant article, maintenant que conseillez vous comme stratégie pour profiter de cette valeur?
Bonjour Serge,
Cet article avait avant tout une vocation informative. Alors que de nombreux médias soulignent la domination chinoise dans le secteur des terres rares, Étienne a souhaité montrer que l’Europe s’organise pour préserver une certaine souveraineté industrielle.
Cependant, il ne s’agit pas ici de proposer des recommandations d’achat ou des stratégies précises : ce n’est pas l’objectif.
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Merci Serge, et à très bientôt !
La rédaction
Lannic29 de DOUARNENEZ,
Nous devons attendre je suppose la dégringolade des 20% pour acheter, c’est à dire vers 21€ ?
Dans l’attente bien cordialement
Bonjour Monsieur,
Attention, ne vous y trompez pas : cet article ne comporte pas de recommandation d’investissement. Il s’agissait simplement de faire savoir à nos lecteurs que même si la Chine est en position de force dans le secteur des terres rares, certains acteurs européens sont capables de répondre à la demande sur notre continent.
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A très bientôt !
La rédaction
J’espère que l’on ne replonge pas comme dans l’histoire de « NEL » ?
Même si je conserve ma ligne. Merci.
Quand acheter solvay.
Merci de m,en informer…
Par avance merci. Jack DUMAS DUMAS