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Le coup de colère de Trump qui profite aux banques françaises

By 19 janvier 2026No Comments

Après les droits de douane et les tensions autour de la Fed, Donald Trump cible désormais les taux d’intérêt sur les cartes de crédit. Une annonce inattendue qui a fait plier les grandes banques américaines en Bourse, mais qui pourrait renforcer la position des établissements européens…

 

S’il est bien une chose à laquelle les opérateurs de marché ont dû s’habituer depuis un an, c’est la capacité de Donald Trump à réaliser des annonces inattendues. Après avoir causé un véritable krach sur les actifs financiers au printemps dernier en dévoilant des taxes douanières d’un montant inédit, le président américain a encore frappé la semaine dernière en levant le tabou sur un rouage essentiel du système bancaire américain : le taux d’intérêt appliqué aux cartes de crédit.

Depuis la fin des années 1970 et la décision de la Cour suprême d’empêcher les Etats d’appliquer des limites locales aux taux d’intérêt sur les encours de carte de crédit, ce taux est défini par les modalités contractuelles convenues entre les établissements et les clients.

En ce début d’année, la surprise est totale : reprenant une problématique chère au Parti démocrate, Donald Trump s’est publiquement exprimé en faveur d’un plafonnement à 10 % du coût de l’argent.

La mesure, qui devra encore être validée par le Congrès, aurait un effet significatif sur la rentabilité des banques américaines qui perdraient une source d’argent facile. Les marchés ne s’y sont pas trompés et ont fait perdre, en quelques séances, entre 5 % et 7 % de capitalisation aux grands groupes bancaires, et fait essuyer des pertes à deux chiffres aux opérateurs spécialisés dans les cartes de crédit.

La sanction du marché est d’autant plus violente que les banques américaines publiaient, au même moment, des résultats annuels 2025 qui se sont avérés bons. JP Morgan et Citigroup ont en effet réalisé un chiffre d’affaires historique l’an passé (respectivement 19,4 Md$ et 86,4 Md$), tandis que Wells Fargo a encore augmenté son résultat net à 1,62 $ par action.

 

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Depuis l’annonce de Donald Trump, le cours des grandes banques (JPMorgan en bleu, Citigroup en rouge) et des opérateurs (Synchrony Financial en vert, Capital One en orange) s’est fortement contracté.
Infographie : TradingView

 Paradoxalement, le président américain qui se dit attaché à la protection des acteurs locaux pourrait faire les affaires des banques européennes.

En privant ses champions de leur manne historique, il offre un sursaut de compétitivité relative aux grands groupes européens, qui avaient depuis plusieurs années le plus grand mal à concurrencer les acteurs américains qui opèrent dans un cadre règlementaire bien moins contraignant.

Banques : la fin du laisser-faire sur les taux

Durant trente ans, la réglementation autour des frais appliqués aux soldes des cartes de crédit était pour le moins souple. Tranches de facturation, taux d’intérêt annualisé, délais de paiement, et modalités de révision étaient laissées à la libre appréciation des établissements – les clients pouvaient choisir de souscrire, ou non, aux offres proposées.

En 2009, le Credit CARD Act a été adopté pour « lutter contre les pratiques trompeuses et abusives ». Il a notamment rendu illégale la facturation de certains frais, et a obligé les établissements à prévenir les détenteurs de cartes des changements tarifaires à venir au moins 45 jours à l’avance.

Ces modestes restrictions n’ont pas empêché l’activité de prospérer, et le nombre de cartes de crédit en circulation a doublé entre 2010 et 2025 aux Etats-Unis. Si le recours galopant à la dette facile fait les affaires des banques et des entreprises qui vivent de la consommation des particuliers, il a un poids de plus en plus important sur la solvabilité des ménages et le législateur a décidé de se pencher sur la question.

En 2019, les démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez ont proposé, sans succès, la mise en place d’un plafond de 15 % sur les taux d’intérêt facturés aux particuliers présentant un solde débiteur. L’an passé, Bernie Sanders est revenu à l’attaque dans le cadre d’un projet bipartisan avec le républicain Josh Hawley, proposant cette fois-ci un plafond de 10 %.

Voir cette mesure très marquée à gauche reprise par le président républicain est donc un véritable coup de théâtre politique. A quelques mois des midterms, son effet ne sera pas seulement politique : si la mesure est votée et appliquée, elle privera le secteur bancaire américain d’énormes flux financiers.

Les banques américaines feront sans leur poule aux œufs d’or

La facturation d’intérêts aux comptes débiteurs est tout sauf une activité anecdotique pour les banques américaines.

Selon les données compilées par la Fed, le taux d’intérêt moyen appliqué aux encours des cartes bancaires s’établit à 20,9 %. Il était encore autour des 13 % au début des années 2010, et avait même passé plusieurs années sous les 12 % avant de remonter jusqu’à 15 % entre 2015 et 2020.

Le cycle de hausse des taux démarré en 2022 aura offert aux établissements une excuse toute trouvée pour faire bondir les taux d’intérêt. Il y a trois ans, ils se sont envolés à un plus-haut de trente ans, s’approchant même des 22 % en août 2024.

 

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Evolution du taux moyen appliqué par les banques commerciales aux soldes débiteurs sur les cartes de crédit.
Infographie : Fed of St. Louis

Avec un stock de dettes évalué à 1 200 Mds$, les groupes bancaires récoltent aujourd’hui plus de 240 Mds$ d’intérêts par an. JP Morgan, par exemple, facture plus de 19 Mds$ d’intérêts par an sur ses cartes de crédit alors qu’il facture à ses clients un taux moyen relativement clément de 9,7 %. Cette activité génère à elle seule les trois quarts des revenus bruts de son activité de cartes bancaires – même si la sinistralité des crédits vient consommer un tiers de la somme.

Si le Congrès, pour l’instant acquis à Donald Trump, venait à voter la mesure, les banques américaines perdraient au bas mot 130 Mds$ par an de marge.

Les banques européennes se frottent les mains

La disparition de cette manne financière pourrait faire les affaires des établissements européens. Depuis plus de dix ans, les groupes bancaires présents sur le Vieux Continent déplorent le cadre législatif plus contraignant adopté suite à la crise des subprimes.

L’exigence de fonds propres plus importants, les contraintes en termes de compliance, et le risque juridique toujours plus lourd pèsent sur leur compétitivité à l’international.

Ils doivent notamment faire face à la concurrence des enseignes américaines qui peuvent plus facilement déployer leurs capitaux, sont relativement épargnées par les autorités locales, et disposent de nombreux prés carrés ultra-rentables comme c’est le cas pour la facturation des intérêts sur les cartes de crédit.

Le tour de vis envisagé par Washington obligerait les établissements américains à augmenter leurs tarifs sur les autres activités, ce qui augmenterait la compétitivité relative des offres européennes.

Les actions des banques européennes ont de ce fait été recherchées après l’annonce de Donald Trump. Alors que les valeurs américaines perdaient du terrain, la Société Générale s’octroyait 1 %, le groupe espagnol Santander 3 %, et la BNP 6,5 % sur une semaine de cotation.

Une surperformance bien appréciable pour ces grands groupes après des années à courir derrière leurs homologues américains en termes de valorisation boursière.

 

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Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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