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Des vaccins pour sauver Sanofi

By 5 janvier 2026One Comment

Confronté à l’érosion programmée de son médicament phare et à une série d’échecs réglementaires, Sanofi accélère dans les vaccins pour sécuriser son chiffre d’affaires. Le rachat de Dynavax sonne comme un pari assumé : celui d’une croissance externe massive pour garantir le niveau d’activité du groupe…

 

Alors que les fêtes de fin d’année étaient, pour beaucoup, l’occasion de lever le pied et de prendre quelques jours de repos bien mérité, elles furent placées sous le signe des annonces fracassantes pour Sanofi.

Le groupe pharmaceutique a annoncé, en pleine trêve des confiseurs, le rachat imminent de l’américain Dynavax Technologies. Mettant sur la table 2,2 Mds$ (1,87 Md€), le Français se renforce dans les vaccins malgré le désamour croissant d’une partie de la population et le scepticisme affiché de l’administration Trump.

Pour Sanofi, la période est critique. Sa spécialité phare, le Dupixent, tombera dans le domaine public dans cinq ans. A cette échéance, plus de 4 Mds€ seront menacés et le groupe pourrait perdre jusqu’à un tiers de son chiffre d’affaires. Pour briser cette concentration de l’activité, Sanofi multiplie les projets et les demandes de mise sur le marché de nouvelles spécialités. Mais il encaisse, depuis plusieurs mois, des revers à répétition.

Avec le rachat de Dynavax, Sanofi sort le chéquier pour s’assurer une hausse du chiffre d’affaires se comptant immédiatement en centaines de millions de dollars par an grâce à son vaccin contre l’hépatite B, déjà commercialisé aux Etats-Unis et en Europe. Il peut en outre espérer un relais de croissance supplémentaire avec le candidat-vaccin contre la varicelle et le zona, encore dans les cartons de la start-up. Une stratégie coûteuse, mais moins risquée que de mener de grands projets de recherche et développement en interne – d’autant qu’elle sera intégralement financée en mobilisant les liquidités disponibles, sans émission d’actions nouvelles.

Le groupe semble faire le pari de la croissance externe pour maintenir son niveau d’activité une fois que la manne du Dupixent se sera tarie. Une perspective certes peu enthousiasmante du fait de l’importance des capitaux qui devront être mobilisés pour financer les acquisitions, mais qui a le mérite de confirmer que le groupe ne compte pas se contenter d’optimiser ses rentes en rendant progressivement leur argent aux actionnaires.

Si les marchés sont restés de glace face à l’annonce, un rebond du titre est tout à fait possible dans les prochaines semaines une fois que la nouvelle aura été digérée. Avec une baisse de 12 % en 2025, et même de 24 % entre début mars et fin décembre, le titre est en effet valorisé moins de 12 fois ses bénéfices en ce début d’année. Les grosses mains évaluent le dossier « à la casse », comme si l’activité était vouée à se réduire inéluctablement dans les prochaines années. Alors que son concurrent Novartis s’échange sur la base de 19 fois les bénéfices annuels (le ratio est même de 30 fois pour AstraZeneca), pérenniser le chiffre d’affaires en étoffant le catalogue de vaccins pourrait faire revenir la confiance des investisseurs.

 

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Evolution du cours de l’action Sanofi en 2025 : tout changement de psychologie du marché pourrait conduire à un important rebond. Infographie : TradingView

 

Sanofi : des revers à faire oublier

L’an dernier, Sanofi a essuyé un échec de taille lorsque son vaccin contre la bactérie E. Coli, très répandue, a échoué dans la dernière ligne droite. Alors qu’il était dans sa dernière phase d’études cliniques, ce vaccin qui aurait été une première mondiale n’a finalement pas fait preuve d’une efficacité suffisante en conditions réelles.

Quelques minutes avant d’officialiser le rachat de Dynavax, Sanofi a également dû annoncer un nouveau refus d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Aux Etats-Unis, la Food and Drugs Administration (FDA) a rejeté la demande de commercialisation du tolebruinib, une spécialité conçue pour lutter contre la sclérose en plaques progressive secondaire. Si l’autorité sanitaire n’a pas totalement fermé la porte à une autorisation ultérieure, elle exigera cependant de nouvelles données de terrain plus favorables avant de réévaluer sa décision – ce qui renvoie le médicament au stade de la R&D. Et même si la demande d’autorisation de mise sur le marché reste en cours d’évaluation sur le Vieux Continent, la probabilité que les autorités européennes se montrent plus souples reste faible.

Ce refus d’AMM vient ternir les perspectives de la molécule, dont l’usage dans le cadre de la sclérose en plaques primaire (15 % des cas) avait déjà été refusé mi-décembre. Le marché avait alors violemment sanctionné le titre Sanofi, qui avait cédé 7 % en une séance de cotation.

 

Les vaccins pour garantir un niveau d’activité minimal

En se renforçant dans les vaccins, et plus particulièrement pour les pathologies communes, Sanofi tire un trait sur ses ambitions de traitements innovants.

L’activité de Dynavax est en effet concentrée sur la vaccination contre l’hépatite B, pour laquelle de nombreuses spécialités existent. La seule différence notable de son vaccin est qu’il ne nécessite que deux doses sur un mois, et protège donc plus rapidement que les alternatives qui nécessitent trois injections sur six mois. Même son futur produit contre la varicelle et le zona ne sera pas une révolution : il existe déjà des formulations concurrentes comme le Shingrix de GSK, qui a remplacé le Zostavax de Merck contre le zona.

Mais Sanofi sait tirer profit des sérums peu innovants destinés au grand public. Ses vaccins contre la grippe saisonnière forment un socle d’activité représentant plusieurs milliards d’euros par an. Et son nouveau vaccin Beyfortus, contre le VRS responsable de la bronchiolite, donne d’excellents résultats.

Une étude de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), publiée le 22 décembre, a confirmé que le Beyfortus réalisé en collaboration avec AstraZeneca immunise mieux les nourrissons que l’Abrysvo de Pfizer.

S’appuyant sur une cohorte de 42 000 nourrissons suivis durant l’hiver 2024-2025, l’ANSM indique que le vaccin de Sanofi permet une diminution supplémentaire de 42 % des admissions en réanimation, et de 44 % du recours à l’oxygénothérapie. Les pouvoirs publics pourraient ainsi demander au corps médical de privilégier le vaccin de Sanofi, qui a en outre l’avantage de ne pas nécessiter de vacciner la femme enceinte pour déclencher un transfert d’anticorps.

Brique après brique, Sanofi se construit un catalogue vaccinal pouvant concerner la quasi-totalité de la population, des nouveau-nés aux personnes âgées. Un positionnement ennuyeux, certes, mais potentiellement très rentable.

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d'un diplôme d'Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l'industrie pétrolière, puis l'électronique grand public. Aujourd'hui dirigeant d'entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l'intérieur les opportunités d'investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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