Massacrée en Bourse depuis plusieurs années, l’action Alstom retrouve des couleurs. Cash-flow en amélioration, contrats géants et opportunités liées au développement du TGV en Europe : tous les signaux d’une recovery sont là !
Dire que le constructeur de matériel roulant Alstom revient de loin serait un euphémisme. Au sortir de la pandémie, pris en tenaille entre des commandes en berne, une explosion du prix des matières premières, et l’envolée des coûts salariaux, le groupe a connu une véritable traversée du désert.
Tout a commencé avec un avertissement sur résultats en octobre 2023, lorsque Alstom, considéré comme un dossier particulièrement sûr, a sidéré les marchés en divisant par deux ses prévisions. L’action a alors perdu 38 % en une séance, effaçant 3 Mds€ de capitalisation. A l’été 2024, le constructeur a été contraint de se recapitaliser en urgence, émettant pour un milliard d’euros d’actions nouvelles.
Depuis, les exercices se suivent et se ressemblent et le marché craint la matérialisation d’un scénario identique à celui connu en leur temps par EDF et Areva : une expertise indéniable, un marché sous-jacent porteur… mais, potentiellement, un trou d’air financier se prolongeant si longtemps qu’il mettrait en question la survie du groupe.
C’est donc avec un soulagement réel que les marchés ont pris connaissance des chiffres arrêtés au 30 septembre 2025. Sur les six premiers mois de son exercice décalé 2025-2026, la consommation de liquidités s’est établie à 740 M€. Le montant peut faire frémir sachant que la capitalisation boursière du groupe n’est plus que de 10,5 Mds€… mais il matérialise une évolution du cash-flow bien moins mauvaise que ce qu’anticipait le consensus de marché (-880 M€).
Mieux encore, le groupe prévoit un véritable renversement de situation dans les six prochains mois. Entre la fin septembre et le mois de mars 2026, la génération de trésorerie devrait devenir largement positive, de quoi combler sereinement la perte du premier semestre et permettre de terminer l’exercice dans le vert.
Entre début 2021 et 2024, Alstom a perdu jusqu’à 80 % de sa valeur en Bourse. Désormais recapitalisé, un retour à des jours meilleurs est en vue si la génération de trésorerie redevient positive.
Source : TradingView
Après des années de marasme boursier, le dossier Alstom pourrait être l’illustration parfaite d’une recovery boursière. Tous les ingrédients sont réunis : valorisation au tapis, dédain des investisseurs institutionnels comme particuliers qui ont perdu trop d’argent par le passé, revirement de la situation financière, et positionnement sur un marché structurellement porteur. La seule inconnue sera la capacité de la direction à tenir ses promesses, qui sont il est vrai particulièrement optimistes.
Alstom : les raisons d’espérer ne manquent pas
Outre la génération de cash-flow certes négative, mais menant à une perte moins importante que prévu, la direction d’Alstom a apporté d’autres éléments à même de rassurer les actionnaires lors de l’annonce des derniers résultats.
La marge d’exploitation devrait se maintenir cette année autour des 7 % malgré l’augmentation de la valeur de l’euro. De plus, grâce à une croissance attendue à 5 % (contre une fourchette précédente entre 3 % et 5%), la génération de cash-flow devrait repasser dans le vert. Elle devrait même atteindre les 200 M€ à 400 M€. Sur trois ans, Alstom prévoit de dégager pas moins de 1,5 Md€ de trésorerie – soit l’équivalent de 15 % de sa capitalisation boursière actuelle.
Il faut dire que les derniers mois ont été marqués par un net rebond de l’activité commerciale. Cet été, Alstom a signé un contrat record de 2,3 Mds$ (2 Mds€) avec l’Autorité métropolitaine des transports de New York. Portant dans sa première phase sur la livraison de pas moins de 316 voitures de trains périurbains, il pourra être étendu dans un second temps avec la fourniture de 242 voitures supplémentaires pour une valeur de 1,3 Md€.
Ces succès permettent à Alstom d’afficher, cet automne, un carnet de commandes représentant cinq ans de chiffre d’affaires. Un montant particulièrement confortable qui sécurise l’activité pour les exercices à venir – d’autant que de bonnes nouvelles supplémentaires pourraient arriver sur le Vieux Continent.
L’Europe prête à un nouvel âge d’or du train à grande vitesse ?
C’était une Arlésienne dans le milieu du transport ferroviaire, mais les choses pourraient bien finir par avancer : début novembre, la Commission européenne a dévoilé son plan de développement du réseau ferré à grande vitesse sur le Vieux Continent.
S’il n’a pas encore été voté par les Etats membres, il n’en est pas moins ambitieux puisqu’il prévoit de relier d’ici 2040 toutes les capitales européennes par des liaisons sur lesquelles les trains circuleront à plus de 200 km/h. A horizon 2050, le plan prévoit d’augmenter la vitesse plancher à 250 km/h.
Alors que la cohésion européenne est plus fragile que jamais, diminuer le temps de trajet entre les grandes villes du continent revêt une dimension non seulement sociale, mais aussi géopolitique. Cet enjeu explique certainement que la Commission n’ait pas hésité à retenir un plan dont le coût est estimé à 345 Mds€ pour son premier volet (et 200 Mds€ supplémentaires pour passer à la vitesse supérieure).
L’ampleur de l’investissement s’explique par la complexité d’une interconnexion entre réseaux ferrés ayant grandi séparément. De l’écartement des rails à la signalisation en passant par le sens de circulation, il existe presque un standard par pays. L’effort d’uniformisation, si nécessaire qu’il soit, sera donc long et coûteux.
Or, il se trouve qu’Alstom a une grande expérience dans le matériel roulant interopérable. Son train PBKA (Paris-Bruxelles-Köln/Amsterdam), créé à l’époque où une unification du réseau européen semblait impensable, est capable de circuler avec une alimentation à 15 000 V alternatifs (pour l’Allemagne), 25 000 V, mais aussi 1 500 V et 3 000 V continus. Une prouesse technique que peu de concurrents ont été capables d’imiter.
Le train PBKA (à droite) : un précurseur dans l’interopérabilité des réseaux ferrés européens.
Source : Alstom
Le constructeur a aujourd’hui dans son catalogue le train Avelia Horizon, plus récent. Il a reçu les faveurs d’Eurostar au mois d’octobre, lorsque l’opérateur a annoncé la commande de 30 trains pour un montant de 1,4 Md€.
Tout est donc prêt pour profiter du plan d’investissement proposé par la Commission européenne. Si les Etats membres décident de rapprocher les peuples par le rail, Alstom devrait voir son activité bondir dans les 10 prochaines années. En cas de normalisation de la situation financière et d’un retour à la génération de bénéfices stables, un retour de l’action vers les 40 € est tout à fait possible.



