Avec Truth API, Donald Trump ne se contente plus de faire bouger Wall Street : il veut désormais faire payer ceux qui souhaitent connaître ses annonces avant les autres. L’information premium pour les institutionnels, les secousses boursières pour les particuliers – et le délit d’initié, presque en formule VIP.
Dès les premières heures de son second mandat, Donald Trump n’a jamais vraiment cherché à cacher son jeu. Certaines manipulations de marché, pour le moins troublantes, avaient déjà fait couler beaucoup d’encre.
Elles ont d’abord concerné le Bitcoin et, plus largement, l’univers des cryptomonnaies – j’y avais d’ailleurs consacré plusieurs articles l’an dernier (ici et là). Mais, dès la fin 2025, le même genre de manœuvres a commencé à contaminer la finance traditionnelle – que cela soit sur les contrats futures sur indices (en l’occurrence le S&P 500) ou encore sur le pétrole depuis le début du conflit avec l’Iran.
Autrement dit, ce qui ressemblait encore à une spécialité du Far West crypto est désormais devenu une méthode bien rodée avec, en toile de fond, une question de plus en plus difficile à esquiver : celle du délit d’initié.
Les paris gagnants de Gabriel Perez
Et si les exemples ne manquent pas, certains semblent tout de même finir par être rattrapés par la « patrouille ».
Ainsi, comme le révélait le Wall Street Journal à la fin de la semaine dernière, l’opérateur chargé des prompteurs de la Maison-Blanche, Gabriel Perez, serait désormais dans le collimateur du régulateur américain. En cause : des paris présumés passés au moment même où Donald Trump prononçait certains de ses discours.
Gabriel Perez est ainsi soupçonné d’avoir exploité son accès anticipé aux prises de parole du président américain pour miser avant tout le monde – et empocher, au passage, près de 100 000 $. Et le plus troublant, c’est que les opérations effectuées sur Kalshi, la plateforme américaine de marchés prédictifs, semblent loin de constituer des cas isolés.
Disposer d’informations privilégiées en Bourse constitue évidemment un avantage considérable. Mais pourquoi réserver ce privilège à quelques initiés, quand on peut tenter de le monétiser à grande échelle ?
Truth API : le délit d’initié en formule VIP
C’est, semble-t-il, la réflexion que Donald Trump et son entourage ont dû se faire avant d’annoncer, là encore en fin de semaine, le lancement de Truth API, une appellation qui fait directement écho à son réseau social, Truth Social.
Après avoir monétisé la parole politique, voici donc venu le temps de monétiser l’accès à l’information financière. L’idée derrière donc : monétiser les communications qu’il fait sur son réseau social par le biais de sa société Trump Media.
En effet, chacun le sait désormais : les publications et les déclarations du président américain suffisent à faire décaler les marchés.
Donald Trump n’attend d’ailleurs que rarement que les institutions officielles et les canaux « classiques » entrent en scène. Il préfère leur couper l’herbe sous le pied, en annonçant lui-même les décisions majeures de son administration – parfois à la surprise générale.
Les récentes tensions autour de l’Iran en ont offert une nouvelle démonstration : à Washington, l’information ne transite plus forcément par les communiqués officiels. Elle surgit directement sur les réseaux sociaux… et les marchés encaissent le choc.
Dès lors, pourquoi ne pas vendre cet avantage sous la forme d’un accès prioritaire – presque VIP – aux salles de marché, aux grands médias et aux groupes financiers désireux de prendre une longueur d’avance ?
Favoritisme et racket informationnel : Wall Street paie pour savoir avant les autres
Monétisation oblige, l’offre ne s’adressera évidemment pas aux investisseurs particuliers, mais aux seuls institutionnels. Les petits porteurs pourront toujours découvrir l’information après coup… une fois que les professionnels auront eu le temps de se positionner.
Eh bien, c’est précisément ce qui devrait être mis en place outre-Atlantique à compter du 1er août.
En tout cas, l’opération aurait au moins un mérite – et c’est sans doute sa finalité première : remettre un peu de carburant dans les comptes de Trump Media. Pour le reste, on flirte dangereusement avec un mélange de favoritisme, de racket informationnel et de délit d’initié industrialisé.
Nous sommes bien loin de la grande promesse des marchés financiers mondialisés : une information accessible à tous, au même moment et dans les mêmes conditions. Ici, certains paieraient pour savoir avant les autres. Les autres, eux, n’auraient plus qu’à regarder les cours bouger.

