Alors que la disparition d’Alan Greenspan ravive le souvenir de son célèbre avertissement sur « l’exubérance irrationnelle », les marchés technologiques semblent rejouer, en 2026, un scénario étrangement familier. Entre flambée des semi-conducteurs, IPO survoltées et signaux techniques qui se dégradent, les parallèles avec la fin des années 1990 deviennent difficiles à ignorer.
Avant d’aborder le sujet principal de cet article, un bref retour sur mon dernier papier consacré à 2CRSi s’impose. Depuis 48 heures, les événements se sont enchaînés à grande vitesse. D’un côté, le P-DG a de nouveau acheté des titres mardi (cf. screenshot ci‑dessous)…
Compte rendu d’achat d’actions 2CRSi par Alain Wilmouth
Source : Euronext
… tandis que le fonds Grizzly Research n’a finalement pas tardé à se racheter dans la baisse observée en début de semaine.
Compte rendu de rachat de positions courtes sur 2CRSi par Grizzly Research
Source : Euronext
Une reprise est donc en cours. Espérons, pour le P-DG comme pour les actionnaires, que cet épisode n’aura pas (durablement ?) refroidi les investisseurs institutionnels.
Je referme ici cette parenthèse pour revenir à mon sujet du jour : Alan Greenspan.
Tous les ingrédients de l’exubérance irrationnelle sont réunis
L’ancien président de la Fed – institution qu’il a dirigée pendant près de 19 ans – est décédé en début de semaine à l’âge de 100 ans. Il a incontestablement marqué l’histoire des marchés en tant que figure centrale de la politique monétaire américaine au tournant du XXIᵉ siècle. Certaines de ses déclarations les plus célèbres ont profondément influencé une génération, dont la mienne ; comme celle reprise dans le screenshot ci‑dessous.
Source : X / Ryan Detrick
On se souvient également de son allocution de décembre 1996, il y a trente ans, lorsqu’il évoquait l’« exubérance irrationnelle » des marchés financiers. Une formule teintée de scepticisme critique, qui sonnait comme un avertissement à peine voilé face à une possible surévaluation des actifs mondiaux.
Avec le recul, alors que Wall Street avait poursuivi sa progression – non sans quelques secousses, notamment en 1998 avec la faillite de LTCM – l’Histoire montre qu’il avait eu raison… mais trop tôt. La bulle des dot‑com n’éclatera en effet qu’à partir de la fin de l’année 2000. Le mois dernier, j’avais déjà partagé ce graphique du S&P 500 (en base mensuelle) pour tenter d’établir un parallèle avec la situation des années 2000, la faillite de LTCM étant illustrée par mon rectangle bleuté.
Évolution du S&P 500 depuis 1997
Source : ProRealTime
Les parallèles avec l’époque actuelle ne manquent pas, notamment au regard des valorisations de certaines IPO – comme celle de SpaceX, sur laquelle je revenais plus tôt ce mois‑ci. Ou encore avec le cas de Cerebras Systems, autre acteur estampillé IA, qui était d’ailleurs sous pression hier (cf. rectangle jaune ci‑dessous) lors de sa première publication en tant que société cotée.
Évolution du cours de l’action Cerebras en juin 2026
Source : ProRealTime
Cette volatilité me semble caractéristique de certaines frénésies acheteuses, susceptibles – à mon sens – de retracer aussi brutalement qu’elles sont montées. On retrouve également le cas du SOXX, l’indice des semi‑conducteurs, dont la flambée parabolique depuis avril (cf. rectangle bleuté sur le graphique mensuel ci‑dessous) atteint des niveaux d’excès rarement observés par le passé.
Évolution du SOXX depuis 2023
Source : ProRealTime
On notera au passage la présence de divergences baissières sur les indicateurs techniques (visible en partie basse du graphique), ainsi que la possible formation d’une structure d’essoufflement de type avalement baissier. La confirmation dépendra toutefois de la clôture mensuelle, d’autant que depuis 24 heures, entre Samsung et son projet massif de rachat d’actions et les résultats exceptionnels de Micron Technology, le newsflow corporate reprend le dessus.
Pour autant, malgré les signaux de prudence récemment émis par Goldman Sachs (cf. screenshot ci‑dessous)…
Source : X / zerohedge
… des risques demeurent selon moi.
En voici trois :
– la trajectoire défavorable du Bitcoin, qui a accéléré hier sous les 60 000 $, pesant sur des acteurs comme Strategy ou Coinbase, d’autant que les annonces de Binance n’ont rien arrangé ;
Source : Binance
– la hausse du dollar, qui n’a pas aidé le Bitcoin et pourrait conduire Wall Street à sous‑performer. Elle a déjà provoqué une accélération de la baisse sur l’ensemble des matières premières : or, argent, cuivre, pétrole – alors même que les tensions entre l’Iran et les États‑Unis s’apaisent ;
– une saisonnalité statistiquement défavorable, fidèle au fameux adage : « sell in May and go away ».
En résumé, plus le temps passe, plus certains comportements de marché me rappellent l’exubérance irrationnelle de la fin des années 1990 – version 2026. Gardons ce fait en tête à l’approche de l’été.









